Avec le remarquable
Batman Begins, le réalisateur Christopher Nolan a fait renaître un mythe de ses cendres. Il a bien l’intention de mettre les bouchées doubles avec la suite
The Dark Knight. L’un des événements de l’année prochaine.
Que celui qui n’a pas été parcouru d’un frisson en voyant l’image du Joker à la fin de
Batman Begins quitte cet article ou se taise à jamais. On en a rêvé, Christopher Nolan, auteur précieux des divins
Following, Memento, Insomnia et
The Prestige l’a fait : réhabiliter une icône et lui redonner toute sa grandeur. Force est de constater que ce n’était pas chose aisée. Mais son
Batman Begins a été si concluant qu’une bonne partie de l’équipe reprend du service avec un entrain enthousiasmant. Il faut dire que Christian Bale, sans doute l’un des acteurs les sous-estimés de sa génération, s’est révélé un excellent choix dans le rôle du torturé Batman. La Warner n’a pas eu à revivre ce qu’elle a vécu dans les années 90 lorsque Burton choisit Michael Keaton pour incarner le héros chauve-souris. Lors des prémisses, Bale était conscient que Batman n’avait jamais reçu de traitement adéquat et avait même émis le souhait curieux de réaliser deux versions d’un film sur Batman dont l’une serait strictement réservé aux adultes. La bonne nouvelle, c’est qu’il a signé pour trois films avec les producteurs. Mais le réussite de
Batman Begins ne reposait pas que sur les épaules de son acteur principal. C’était une addition de bonnes idées et d’intuitions rusées. L’opus contenait suffisamment de substance pour effacer l’impression de vacuité laissée par les deux épisodes réalisés à la fin des années 90 par Joël Schumacher. Sur cette continuité, avec une équipe robuste qui ne change pas (sauf Katie Holmes qui a définitivement claqué la porte),
The Dark knight s’annonce comme l’un des plus excitants de cette saga en ce qui consolide au même titre que
Batman Begins les bases d’une mythologie.
Quitte à revenir aux sources, il faut se souvenir qu’à l’époque, dans les années 30, le monde de la bande dessinée était dominé par Superman. Dans le but de créer un concurrent de taille, Bob Kane, alors seulement âgé de 24 ans, s’est appuyé sur deux références pour dessiner sa personnalité:
The Bat, un film réalisé par Roland West en 1926 dans lequel un criminel déguisé en chauve-souris terrorise les habitants d’une ville; et le légendaire
Zorro, héros masqué dont on ne connaît pas l’identité. En s’inspirant des machines volantes de Leonard De Vinci, Kane a construit un héros qui selon ses termes tient à la fois de The Shadow, Doc Savage, Douglas Fairbanks et Sherlock Holmes. Batman affronte ses adversaires sans superpouvoirs mais il possède une force physique démesurée et une parfaite maîtrise des techniques de combat. Dans
Batman Begins, Nolan témoigne d’une vraie puissance dramatique qui détermine les actions et les motivations. Il a plaqué par-dessus une ambiance sombre et urbaine inspirée des polars des années 70 et respecté au plus juste l’ambivalence morale du héros Bruce Wayne, à la fois milliardaire et justicier nocturne, dont le nom fut inspiré par l’écossais Robert Bruce et l’aristocrate Mad Anthony Wayne. A l’origine, le tout premier Batman selon Kane ressemble à un pantin ridicule avec des collants rouges, une paire d’ailes et un revolver à la ceinture. Des puristes de la saga ont d’ailleurs cherché à réhabiliter les versions de Joel Schumacher, proches de délires carnavalesques, en les assimilant à cette première description. La complexité, dont se revendiquent Burton et Nolan, fut apportée par le scénariste Bill Fringer qui a fourni une consistance en modifiant certains détails comme ledit revolver, remplacé par des gadgets sophistiqués, et en greffant un passé traumatisant que l’on voit dans
Batman Begins et le premier
Batman.
Si Batman œuvre contre la criminalité et cherche à défendre la veuve et l’orphelin, c’est uniquement parce qu’un voleur de rue a abattu son père et provoqué l’arrêt cardiaque de la mère à la sortie d’un film emblématique:
La Marque de Zorro (Fred Niblo, 1920). A la manière de bon nombre de super-héros, Batman est un névrosé trop brillant pour ressembler à monsieur et madame tout le monde, soutenu par son majordome Alfred Pennyworth (excellent Michael Caine). Pendant dix longues années, il a parcouru le monde pour apprendre les techniques de combat et d’investigation. Lorsqu’il revient à Gotham City, sorte de simili-New York, il voit une chauve-souris s’envoler devant sa fenêtre et construira un personnage suite à cette vision. Toute cette partie fut brillamment traitée par Nolan.