Avec 14 millions de spectateurs au compteur de son nouveau long-métrage, Bong Joon-Ho aurait pu perdre les pédales. C’est tout le contraire. Aussi simple et chaleureux que lors de notre première rencontre (pour
Memories of Murder), le nouveau chouchou des écrans coréens confirme un amour du cinéma, un militantisme et une finesse d’analyse qui boostent encore notre enthousiasme !
De même que Memories of Murder était en quelque sorte un faux thriller, The Host va beaucoup plus loin que le film de monstre, notamment dans son arrière-plan politique. Est-ce cela qui vous intéresse dans le film de genre : le transcender ? Il est vrai que c’est la deuxième fois que je m’attaque à un genre précis, mais voilà ce qui se passe : le choix du film de genre ne précède pas le projet en lui-même, je ne me dis pas "je vais choisir tel genre et broder autour de ses règles", simplement, c’est au travers du genre que j’arrive à m’exprimer le mieux. Cela me motive de casser les conventions et d’utiliser le film de genre pour raconter autre chose. C’est un peu comme si je conduisais un bus, que le spectateur montait dans ce bus et que je bloquais les portes pour l’emmener exactement où je le souhaite.
En parlant de casser les conventions, vous montrez beaucoup le monstre dans le film, et très tôt. Du coup, on imagine que vous avez apporté un soin tout particulier au design de la créature : quel était votre souhait quant à son apparence ? J’ai confié son design à un artiste travaillant pour une société de jeux vidéo informatiques. Je lui ai demandé que la créature soit la plus réaliste possible même si certaines parties de son corps étaient un peu étranges. Beaucoup de choses devraient être plausibles dans son apparence, et notamment sa taille. Je ne voulais pas d’un monstre de la taille de Godzilla, il fallait qu’il puisse se cacher dans un bus. Ensuite, comme j’avais beaucoup de mouvements et de déplacements en tête, j’ai demandé à ce que son « look » soit adapté à mes idées : j’avais déjà imaginé les vomissements de la créature mais aussi sa façon de se balancer sous les ponts, d’une poutre à l’autre.
Dessinez-vous les storyboards de vos films ? Oui, je les dessine moi-même, c’est une étape particulièrement importante pour moi : c’est comme si je réalisais déjà tout le film de façon imaginaire, j’y accorde beaucoup d’attention. Et puis quand je dessine un storyboard, j’ai un peu l’impression de faire de la BD, ce qui était mon rêve de petit garçon…