Une photo et une ligne de synopsis. C’est à peu de choses près ce que les médias nous ont annoncé de la sortie prochaine du nouveau film d’un des plus grands réalisateurs au monde :
Peter Jackson. Mais qu’on ne s’y trompe pas ; derrière ses annonces de film « plus intimiste », The Lovely Bones promet de sérieux challenges.
Peter Jackson aime à se comparer au personnage de la tortue d’une célèbre fable de Jean De La Fontaine. L’homme qui a construit, brique par brique, son petit empire néo-zélandais sur une période de vingt ans, est aujourd’hui à la tête d’une structure qui semble condenser entre ses murs l’essentiel des « fantasy makers » des prochains mois. Ce travailleur forcené et patient achève en ce moment la production du très attendu film de S.F.
District 9 de Neill Blokamp (avec lequel il devait monter une adaptation de Halo, aujourd’hui mise de côté); il gère la pré-production des deux volets de
Bilbo le Hobbit, dont il a co-écrit le script et qu’il confiera à Guillermo Del Toro ; il s’est engagé dans la production de
Tintin aux côtés de
Steven Spielberg ; enfin ses locaux de Weta ont été réquisitionnés par
James Cameron qui y a installé la complexe chaîne de production (paraît-il révolutionnaire) de son titanesque projet
Avatar. D’ailleurs, tout porte à croire que c’est l’installation de James Cameron qui a déterminé Spielberg et Jackson à collaborer ensemble sur
Tintin et à opter pour la performance capture. Et pour sceller cette nouvelle amitié, The Lovely Bones sera distribué sous l’égide spielbergienne de Dreamworks/Paramount.
Coincé entre ces grosses productions de SF/fantastique qui occupent l’essentiel des news cinéma de la toile, The Lovely Bones apparaît automatiquement comme un « petit film » de la part de Jackson, d’autant qu’il fait suite à sa gigantissime production de
King Kong. Ainsi, beaucoup n’ont pas hésité à placer cette nouvelle œuvre « intimiste » du cinéaste néo-zélandais sous le modèle de son
Créatures Célestes. Mais s’il est vrai que
Créatures Célestes était en son temps un film au budget dérisoire (environ le tiers d’une bonne grosse comédie française) cela n’avait pas empêché Jackson d’y faire preuve de la plus grande ambition (rappelons que c’est pour les séquences de rêve de ce « petit film » que fut fondé Weta Digital, plus tard responsable des effets du
Seigneur des anneaux). Aussi, les 65 millions de dollars du budget de The Lovely Bones ne doivent pas nous tromper sur le statut réel du film, dont il est peu probable qu’il demeure « intimiste » une fois sur les écrans.
Basé sur le roman d’Alice Sebold
La Nostalgie de l’Ange, The Lovely Bones suit le destin de l’adolescente Susie Salmon (interprété par l’irlandaise Saoirse Ronan, déjà vue dans
Reviens-moi) à l’heure où elle est violée, assassinée et enfin démembrée par le tueur en série George Harvey (
Stanley Tucci). D’abord inquiète lors de la disparition de la jeune fille, la famille de Susie est dévastée lorsque la police retrouve son bonnet et un morceau de son coude. Perdue dans des sortes de limbes qu’elle confond d’abord avec le Paradis, l’esprit de Susie parvient à voir ce qui se trame dans sa famille et elle assiste à la progressive décomposition de celle-ci. Son père Jack Salmon (Mark Wahlberg) est obsédé par la vengeance et il soupçonne le voisin Harvey. Il est rejoint dans ces soupçons par la sœur de Susie, Lindsey (Rose McIver). Le jeune frère, Buckley (Christian Thomas Ashdale) n’est pas en âge de comprendre les enjeux et tensions autour de lui. Enfin la mère de Susie, Abigail (Rachel Weisz) finit par entretenir une liaison avec l’officier de police chargé de l’enquête (Michael Imperioli, des
Sopranos). La famille en crise est bientôt rejointe par la grand-mère Lynn (
Susan Sarandon), alcoolique et fumeuse invétérée qui apporte un semblant de résilience au groupe.