Tom Cruise est l'une des plus grandes stars du cinéma mondial, mais aussi l'une des plus controversées. Le pilote téméraire de Top Gun, symbole d'une Amérique conquérante - et véritable outil de propagande pour l'armée de l'air US - ou le jeune éphèbe de Legend appartiennent définitivement au passé. Le sourire carnassier de l'acteur a laissé place à un visage quelque peu marqué par des dérapages incontrôlés. Si son addiction à la scientologie avait déjà détérioré son image de gendre parfait de l'Oncle Sam, son accumulation de maladresses depuis cinq ans l'a plongé dans une tourmente qui semble aujourd'hui toucher à sa fin : fort d'une stratégie en communication solide et d'une véritable intelligence dans ses choix artistiques, le comédien a su se reconstruire progressivement. Si les erreurs commises ces dernières années seront difficiles à oublier, on peut d'ores et déjà parler d'une certaine renaissance pour une star qui n'en finit pas de fasciner. Explications.

De Jumping the couch à l'indépendance artistique
La première grande frasque de l'histoire récente de Tom Cruise est son apparition hallucinante dans le talk-show d'Oprah Winfrey en 2005. L'acteur, surexcité, s'agenouillant et sautant comme un désaxé sur le canapé de la présentatrice, montra à un public médusé une image alliant le ridicule au tragique : celle d'un homme cherchant à prouver par l'excès qu'il demeure l'une des célébrités les plus puissantes de son époque et qu'en dehors de son image de scientologue, il reste un individu « normal », pouvant amuser la galerie avec humour et recul sur lui-même. C'est aussi son amour pour Katie Holmes (avec qui il débutait sa relation) qu'il exprimait avec maladresse, amour qui, pour beaucoup de commentateurs, fait partie d'une pure stratégie marketing. On pourrait parler également de fragilité. Le problème : lors de ce show, le sourire du comédien semblait bien crispé et les gestes très calculés, Tom Cruise étant en constante représentation au sein d'une vie à l'allure de simulacre.
Cet épisode maladroit n'est rien comparé à son addiction dérangeante à la scientologie depuis les années 1980. Soupçonné d'être le numéro deux de cette pseudo-église, son engagement pour la cause de Ron Hubbard a pris des proportions démesurées dans les décennies suivantes. Lors de la promotion de La Guerre des mondes en 2005 et 2006, il n'a guère parlé de l'œuvre qu'il devait défendre. Le film de Spielberg lui a essentiellement servi à promouvoir les vertus de sa secte. Cette attitude a amené La Paramount à rompre unilatéralement le contrat de la star (avec qui elle était engagée depuis 14 ans.) Un cataclysme dans le milieu hollywoodien. Mais l'acteur, très réactif, a su rebondir rapidement grâce à sa propre maison de production, Wagner/Cruise, fondée en 1993 avec Paula Wagner. Associé à la fameuse United Artists, dont il a pris progressivement le contrôle, il a continué à monter des projets prestigieux comme l'excellent Mission Impossible 3 ou Lions et agneaux, lui offrant des rôles en mesure de redorer son blason.

Walkyrie de Bryan Singer a pourtant rajouté de l'huile sur le feu : le tournage a connu son lot d'imprévus (des figurants blessés) et de divergences artistiques, provoquant une querelle entre Tom Cruise et la coproductrice Paula Wagner, qui a rapidement quitté un navire prenant l'eau de toute part. Le comédien a dû également affronter les réticences de l'église et des autorités allemandes. Ces dernières lui ont refusé de filmer dans certains lieux historiques, notamment dans l'ex-quartier général de l'armée nazie à Berlin : lui donner la permission de tourner dans des bâtiments officiels apparaissait comme un risque de reconnaissance de la scientologie par la classe politique. Dans l'un des états les plus répressifs du monde à l'égard de cette organisation, l'œuvre produite par Tom Cruise fut interprétée comme une véritable provocation.
Avec cet ensemble d'événements malheureux, on peut avancer l'idée que tout ce que le comédien réalise cinématographiquement relève désormais de la réflexivité : Walkyrie créant dans l'esprit de beaucoup un lien entre nazisme et scientologie ; le rapport au père dans La Guerre des Mondes, l'acteur ayant connu des relations conflictuelles avec son géniteur ; le jeu sur les masques de Mission Impossible 3, qui symbolise les différentes identités d'une célébrité vivant dans un univers irréel. Ce phénomène trouvait déjà une résonnance avant 2005, la vie privée de l'interprète empiétant souvent sur le message de ses films : Eyes Wide Shut et la relation ambiguë avec Nicole Kidman ; Né un 4 juillet et la volonté de la star d'être respectée par ses pairs. Cet aspect réflexif s'est accentué avec les maladresses précitées. L'individu captive davantage, chacun de ses actes et de ses choix filmiques étant commenté au regard de son existence et de sa personnalité.

