Misanthrope, misogyne, parfois raciste, quelquefois violent. Le cinéma regorge de personnages cyniques qui font du mal aux autres en se sachant supérieur, en se croyant meilleur ou parce que c'est le seul moyen d'être un tant soit peu heureux. A l'occasion de la sortie de
Whatever Works, le dernier film de
Woody Allen avec Larry Charles, la rédaction voulait revenir sur ces figures exécrables, heureuses du malheur des autres et enclines à ne tirer de la vie qu'une solitude misérable. C'est souvent pour le rire et parfois dans la terreur mais l'immoralité qui s'en dégage a souvent trouvé son public...
TOP 10 DE LA RÉDACTION : CES VILAINS QU'ON ADORE1 - Alex DeLarge (Malcolm McDowell) dans Orange Mécanique par Vivien Lejeune
Lorsqu’on aime à ce point la musique de Beethoven, on ne peut pas être foncièrement mauvais… Après tout, les méfaits d’Alex se limitent seulement à quelques viols, cambriolages, passages à tabac, bastons avec des bandes locales, et - il est vrai - également quelques meurtres un peu gratuits. Mais que voulez-vous ? Il faut bien que jeunesse se fasse ! La preuve : il a presque toujours cet incroyable sourire aux lèvres et boit encore du lait « vitaminé » sur des tables éducatives permettant de mieux comprendre l’anatomie humaine… Comment rester de marbre face à ce regard sombre, à ce look si soigneusement étudié, à ce second degré permanent et au jeu si convainquant de son interprète ? Quand
Stanley Kubrick est à la barre : inutile d’y résister… Depuis 1971, il nous a tous contaminé. Jeunes droogs, vous reprendrez bien un peu de Moloko, non ?!
2 - Charlie Baileygates / Hank Evans (Jim Carrey) dans Fous d'Irène par Nicolas Schiavi
On le sait,
Jim Carrey est un adepte de la déformation faciale, un grand manitou de la grimace. Quand il met son talent (pas le seul d'ailleurs) au service des frères Farelly, ça donne
Dumb and Dumber mais surtout
Fous d'Irène, monument d'irrévérence schizophrénique où l'acteur s'amuse à changer de visage en l'espace d'un plan, histoire de faire surgir Hank Evans, le pendant vulgaire, trash et sans inhibition du gentil Charlie Baileygates. En résulte une variation autour du Docteur Jekyll et Mister Hyde auquel
Jerry Lewis, grand mentor de
Jim Carrey, avec déjà prêté ses traits dans
Docteur Jerry et Mister Love en 1963. Qu'il tente de noyer une gamine récalcitrante ou lorgne en bavant sur la poitrine d'une demoiselle, Hank Evans est un méchant pervers, toujours prêt à faire du mal aux enfants et à tripoter du nichon. Régressif et fendard.
3 - Tatie Danielle (Tsilla Chelton) dans Tatie Danielle par Jean-Patrick Desportes
Le personnage exécrable par excellence que nous autres Français avons adoré détester dans les nineties.
Tsilla Chelton a accepté d’interpréter cette salope d’envergure en lui donnant ses traits et tout son talent. Dès le teaser, que Chatiliez réalisait comme un petit film, sans image véritable du long-métrage, on pouvait voir une vieille femme lisant un bouquin de Barbara Cartland avec en voix off « Tatie Danielle. Vous ne la connaissez pas mais elle vous déteste déjà. En salles le 4 avril. » Et à
Tsilla Chelton de répondre face caméra un « si je veux » magistral. On a tous eu une Tatie Danielle dans nos familles. Moi c’était mamie Marie. La même. Bon réflexion faite, la mienne ne chiait pas sur les murs et ne mangeait pas du Canigou pour emmerder l’infirmière. Mais pas loin.
4 - Le Capitaine Vidal (Sergi Lopez) dans Le Labyrinthe de Pan par Vivien Lejeune
L’aussi magnifique que maléfique conte élaboré par Guillermo del Toro en 2006 aura su nous glacer le sang et nous retourner le cœur autant que nous émerveiller de ses concepts visuels comme de l’envoûtante originalité de son intrigue. Aux sources du monde magique exploré par la jeune Ofelia : les conséquences de la guerre d’Espagne et le remariage de sa mère avec le capitaine de l’armée franquiste, qui - à force de frustrations et de défiguration - devient progressivement le seul véritable monstre de ce décidément si sombre labyrinthe. A travers son approche exemplaire du personnage, Sergi Lopez impose le plus grand respect et bien qu’il s’avère tout simplement impossible « d’aimer » ce méchant là, on ne peut toutefois que s’incliner face à sa justesse et à son intensité d’interprétation.