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Top 10 : Kidnapping [Page 1 ]

Par - publié le 16 novembre 2009 à 14h07 ,
MAJ le 19 novembre 2009 à 05h33 - 0 commentaire(s)

Un être cher qui disparaît, l'absence d'un enfant qui détruit une mère, un traumatisme du passé qui ressurgit... Le septième art s'est souvent nourri de l'enlèvement d'un personnage, d'une enquête mouvementée et du pardon impossible qui en découle. A l'occasion de la sortie de Rapt de Lucas Belvaux, la rédaction d'Excessif vous offre son Top 10 : Kidnapping.

 

 

1 - Old Boy par Romain Le Vern

A l'origine, il y a une bande-dessinée. Park Chan Wook s'est rendu compte au moment d'en écrire l'adaptation qu'il reprenait le même motif de la vengeance que dans Sympathy for Mr. Vengeance. Il a conservé l'argument de base (un homme ordinaire, kidnappé et détenu dans un lieu ordinaire sans en connaître la raison, est libéré des années plus tard), greffé une relation incestueuse - qui n'existait pas - et accentué un coup de théâtre tragique, avec une gestion magistrale du suspense et du temps, héritée de Sueurs froides (Alfred Hitchcock, 1958). C'est d'ailleurs le sujet de la première partie qui, en montrant les effets de la captivité sur le personnage principal, fait ressentir presque physiquement la relativité du temps qui s'écoule. Une fois libéré, Oh Dae-Soo est motivé par le désir de comprendre, puis de se venger. Lorsque le point de vue bascule du côté du manipulateur, les rôles se brouillent : qui se venge de qui ? Qui est la victime ? Que restera-t-il une fois la vengeance assouvie ? Dès lors, le film prend une dimension Shakespearienne qui dépasse la simple vengeance. Ce second volet d'une trilogie achevée avec Lady Vengeance est devenu culte, plébiscité partout. Grand prix du jury au festival de Cannes en 2004.

2 - Keane par Romain Le Vern

Remarqué avec Clean, Shaven (1994) et Claire Dolan (1999), Lodge Kerrigan est revenu après des années de silence avec un sujet très fort : un homme flingué par la vie part à la recherche de sa petite fille kidnappée dans des conditions mystérieuses. Le sujet pourrait évoquer Hardcore, de Paul Schrader (1979) ; mais, là où le scénariste de Taxi Driver préférait mélanger des univers antagonistes (la bigoterie et le porno), Kerrigan ne lâche pas sa proie, en vidant les situations de pathos, sans explication ni psychologisme, en montrant juste un homme sorti de nulle part agresser des anonymes dans la rue («avez-vous vu ma fille?») et trainer sa déraison dans des coins interlopes pour se détruire. Dans la seconde partie, le père se lie d'amitié avec une petite fille abandonnée par ses parents. Il va lui murmurer tout ce qu'il n'a jamais pu dire à son enfant et revenir avec elle sur le lieu de la disparition, à l'heure exacte où il a perdu pour toujours un visage. Pour exorciser son traumatisme et s'excuser une dernière fois. A ce moment-là, le visage du spectateur est aussi dévasté que celui du personnage principal.  

3 - L'Homme qui en savait trop par Nicolas Houguet

Hitchcock aime mettre des êtres tout à fait ordinaires dans des situations inextricables et impénétrables pour eux. Cela sera le cas de Cary Grant dans la Mort aux trousses, ça l'est déjà en 1956 dans l'Homme qui en savait trop pour James Stewart. Ce dernier est un touriste américain heureusement marié à sa femme (Doris Day), père d'un charmant bambin, s'offrant un séjour au Maroc. Mais à peine arrivés, ils se lient à un français énigmatique, tué sous les yeux du héros, docteur de son état. Il recueille les dernières paroles du mourant. Dès lors, tout s'enchaine. Son fils est enlevé et il part à sa recherche, découvrant peu à peu qu'il doit déjouer l'assassinat d'une personnalité d'importance. Comme souvent, l'enlèvement sert de prétexte à bouleverser l'ordre du monde et incite ce bon père de famille à se transcender, sortir de sa fonction première pour dénouer l'écheveau d'une intrigue machiavélique où tout est fait pour le piéger. On ne peut qu'être admiratif de la maitrise narrative redoutable de Hitchcock qui, à partir d'une situation simple, pousse son héros à bout, au bord de la folie, dans un univers qu'il n'aurait jamais dû connaître.

 

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4 - Fargo pour Damien Duvot

"Tiré d'une histoire vraie." C'est par ces mots que débute le chef d'œuvre des frères Coen, se légitimant aux yeux du spectateur. Et pourtant, dans ce vrai-faux kidnapping mis en place par un vendeur de voitures (extraordinaire William H. Macy), en plein cœur du Minnesota, pas grand-chose n'est véritable, de la bouche même des créateurs. Ni l'instigateur du plan (formidable William H. Macy) complètement à la masse dès qu'il se voit dépassé par les évènements, ni la flic enceinte jusqu'à la nuque (Frances McDormand touchant l'oscar), ni les kidnappeurs. Mention spéciale aux interprètes des deux branques : l'un parle trop et l'autre pas assez, voici Buscemi et Stormare. Le premier cache la rançon au milieu de nulle part et s'en contente, le second déchaîne ses passions dans un broyeur et se fait gronder comme un enfant. Oui, ça aurait pu être vrai, une histoire de tous les jours ; un fait d'hiver banal dans ce blanc immaculé trop vite souillé.


5 - Un monde parfait par Nicolas Houguet

Clint Eastwood confie ici l'un de ses rares contre-emplois à Kevin Costner. Bandit en cavale, il enlève un gamin pour assurer son évasion. Mais le garçon est issu d'une famille à la religion très stricte qui exclut toute forme d'amusement. Peu à peu, le rapt change de nature et devient un voyage initiatique pour l'enfant, jusqu'alors tenu un peu à l'écart du monde. Comme souvent chez le metteur en scène, on dépasse le premier abord superficiel: ce n'est pas l'histoire d'un malfaiteur poursuivi par les flics. Le grand Clint conte une aventure humaine où l'on connaitra toutes les facettes des personnages (y compris les plus sombres, puisque Costner ne supporte pas que l'on fasse du mal aux enfants, ce qui le pousse à certaines extrémités). L'enlèvement devient un étrange récit d'apprentissage et le théâtre d'une complicité improbable et profonde qui se joue des préjugés (le jeune captif devrait être terrorisé et son ravisseur implacable). On est loin des conventions, de la facilité et de l'évidence. C'est eastwoodien en somme.


6 - La Valse des pantins par Nicolas Schiavi

Robert Pupkin (Robert de Niro), comique inconnu et rêvant de faire son show, kidnappe Jerry Langford (Jerry Lewis), un célèbre présentateur, pour le contraindre à lui donner sa chance lors de son émission télévisée. Martyrisée par une mère castratrice, déstabilisé par les névroses de sa petite amie, Robert Punkin est un fan qui vire fanatique, phantasmant sa célébrité à travers la petite lucarne. Martin Scorsese signe un grand film méconnu, bouleverse les emplois habituels de deux acteurs géniaux et parle du rêve américain comme un broyeur d'humanité. Ce comique qui se rêve grand, en vient à enlever ce qu'il admire pour devenir un rigolo médiatique, une entité qui ne peut exister qu'à travers la télévision. Le twist final, à la lisière d'une réalité alternative, déclenche des rires jaunes tâchetés de noirceur.

 

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7 - Gone Baby Gone par Geoffrey Crété

L'histoire est très simple. Une petite fille est enlevée à Boston, et un jeune couple de détectives du coin commence à mener l'enquête lorsque la police se retrouve à court de pistes. Mais ce qui fait de Gone Baby Gone un film marquant, c'est la sobriété avec laquelle les questions sont posées. Une mère est-elle la meilleure personne pour s'occuper de son enfant? Vaut-il mieux écouter la Loi ou son cœur? Un choix inacceptable et un climax déchirant dans lequel Casey Affleck et Michelle Monaghan se sépareront hors-champ. Et un happy-end horriblement tragique. Ben Affleck, lui, semble avoir une place honorable derrière une caméra. Simple et sans esbroufes, il dresse le portrait d'un quartier - le sien - au bord du crépuscule.


8 - Une vie moins ordinaire par Gilles Botineau

Cinéaste hétéroclite, Danny Boyle ne cesse de surprendre à chacun de ses longs-métrages. Avec Une vie moins ordinaire, il propose un mélange de genres simplement fabuleux. Son film s'oriente autant vers la farce que vers la romance, en passant par le fantastique, le musical ou bien même l'action. Alors qu'il vient d'être licencié, Robert, technicien de surface, enlève, sous le coup de l'émotion, Céline, la fille de son propre patron... Jeune femme au caractère bien trempé, celle-ci profite de cette aubaine pour devenir maîtresse du jeu et récupérer une partie de la rançon au nez et à la barbe d'un père qu'elle méprise. Dans Une vie moins ordinaire, le kidnapping se présente donc comme un prétexte au délire et à la folie, tant dans l'écriture (une succession de mésaventures toutes aussi rocambolesques les unes que les autres), la mise en scène et le jeu des différents comédiens. On retiendra notamment la séquence où la victime appelle elle-même son père, en larmes (car jouant parfaitement la comédie), et ce, afin de faire suivre les différentes instructions de son soi-disant ravisseur, devenant quant à lui le souffre-douleur de cette triste situation. Un retournement plutôt malin.

9 - Buffalo 66 par Romain Le Vern

Acteur doué pour Claire Denis, Abel Ferrara et Emir Kusturica, Vincent Gallo a beaucoup marqué en passant à la réalisation et en signant son premier long métrage, Buffalo 66, dans lequel il construisait une variation sur le Syndrome de Stockholm : une kidnappée (Christina Ricci) s'entichait du kidnappeur (Vincent Gallo). A l'époque, il révélait une capacité exceptionnelle, voire précieuse, à capter avec des artifices formels le spleen chez de grands enfants fâchés avec l'existence. Attendu au tournant, il a réitéré l'expérience en signant The Brown Bunny, en abandonnant les artifices pour épurer la narration et mettre en évidence le vide, le manque, le trou noir. Avec ce film-suicide, Gallo laisse le spleen à de sublimes chansons folks pour se donner le rôle d'un homme en panne de lui-même qui réveille les fleurs fanées sur les aires d'autoroutes et vit avec un fantôme d'amour. C'est son âme qui a été kidnappée. Démoli par l'accueil effroyable de ce second film au festival de Cannes, Gallo a abandonné toute envie de faire du cinéma depuis. Tout juste le voit-on encore comme acteur (prochainement dans Tetro, de Francis Ford Coppola). Il s'est produit exactement le même phénomène dans les années 70 avec Dennis Hopper, ovationné avec son coup d'essai (Easy Rider) et déstabilisé par l'échec - commercial et artistique - de son deuxième long (The Last Movie).

 

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10 - Mystic River par Nicolas Lemale

L'adaptation par Clint Eastwood du roman bostonien de Dennis Lehane conserve la force de son modèle littéraire. Soit la lente descente aux enfers de trois amis d'enfance, dont la vie bascule par deux fois : lors de l'enlèvement de Dave, en pleine rue, alors qu'ils jouent au hockey ; puis celui de la fille de Jimmy, vingt ans plus tard, que Sean, devenu policier, découvre morte dans un parc. De ces deux drames vont découler un troisième, encore plus irréparable, devant lequel chacun restera impuissant. Eastwood signe un thriller lyrique et tendu, qui démonte un engrenage de la violence d'autant plus impressionnant qu'il repose sur des injustices flagrantes. Victime traumatisée, Tim Robbins est à la hauteur de la performance de Sean Penn, magistral en caïd brisé par la perte de sa fille.


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