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Top 10 : Les grands imposteurs [Page 1]

Par - publié le 10 novembre 2009 à 11h22 ,
MAJ le 13 novembre 2009 à 09h21 - 0 commentaire(s)

"DEVIENS CE QUE TU N'ES PAS", par Xavier Giannoli  
 
"Je n'aime pas les imposteurs ni les escrocs. Ils ne me fascinent pas. Tout simplement parce que je n'ai aucune fascination pour le mal en général. Si le fait-divers dont A l'Origine est inspiré m'a intéressé, c'est parce que le mensonge n'était ici qu'un point de départ et que l'aventure de mon personnage allait emmener loin des clichés habituels la figure de l'imposteur.
S'il fallait citer un film, qui n'est pas dans votre liste, c'est L'Homme qui voulut être roi de John Huston, d'après l'œuvre de Kipling, avec Sean Connery et Michael Caine. L'histoire de deux aventuriers sans foi ni loi qui partent pour une contrée asiatique lointaine avec pour le personnage de Connery le projet de se faire passer pour un roi réincarné, attendu depuis des siècles, dans le but de rafler toutes les richesses possibles. Mais leur mensonge va leur échapper et de signes en signes, Connery va finir par croire qu'il a en fait été guidé jusque-là car il est vraiment le roi réincarné. Bref, il va croire à son mensonge, l'habiter, l'incarner. Comme disait Napoléon : « Une carrière se construit, un destin se découvre ».
Autre imposteur qui a été une influence : Peter Sellers en Mister Chance, dans le film de Hal Ashby Being There. Ici, un simple jardinier va devenir conseiller du président des Etats-Unis en se laissant porter par des malentendus alors qu'il n'aspire à rien, ni gloire ni pouvoir. Il se laisse emmener dans cette aventure par tous ceux qui ont besoin de rencontrer un homme providentiel qui pourrait les aider, trouver un sens au chaos de leur vie, de leur politique, de leurs amours. Sa passivité devient sa force, ses silences ses arguments. Et le dernier plan du film est simplement sublime, quand celui qu'on croyait être une sorte d'ombre, d'imposture, marche sur l'eau d'un lac comme un Christ sauveur en chapeau melon.
C'est d'ailleurs un peu le père du Forrest Gump de Zemeckis. Cet homme à l'intelligence et à l'ambition limitées que les événements emportent vers un destin qu'il découvre exemplaire, héroïque. Mais Forrest n'est pas vraiment un imposteur...
Ce qui réunit ces trois films, c'est la figure d'un héros à priori plutôt passif qui va devenir ce que les autres espèrent qu'il soit. Cela devient d'ailleurs une étrange méditation sur l'identité, sur l'existence et notre dépendance du regard des autres pour nous incarner. Ce qui me fascine dans ces films, c'est que ces personnages, par leur passivité, deviennent les révélateurs de ce que les autres espèrent, de ce qui leur manque. Et comme ils se laissent faire, soit par cynisme, soit par nature, ils vont incarner la somme de tous les espoirs et déployer le mensonge de leur imposture dans la réalité de la vie.
Dans mon film A l'Origine, cette idée d'un homme qui au début ne s'impose pas parce qu'il est un escroc talentueux mais d'abord parce qu'il a affaire à des victimes ne fait qu'embrayer l'histoire. Plus tard, Cluzet va vouloir incarner sa promesse mensongère, devenir actif et conquérant, et cette volonté va lui donner une dimension tragique car en lui vont s'affronter la vérité et le mensonge, le désir d'exister et de disparaître, un principe d'illusion et de réalité.
Plus qu'une question existentielle, l'imposture est aussi le problème du cinéma en ce qu'elle veut incarner une illusion, c'est peut-être pour cela qu'elle a fasciné autant de metteurs en scène.
 
Pour finir, je voudrais raconter une petit fable trouvée dans un extraordinaire essai de Clément Rosset sur L'identité : « Loin de Moi ».
 
A la mort de son père antiquaire, un fils hérite de la boutique du vieux collectionneur et trouve sur un bureau une enveloppe énigmatique sur laquelle est écrit « A ne pas ouvrir ». Reconnaissant l'écriture de son père, il comprend qu'il doit s'agir de ses dernières volontés et décide de respecter ce vœu posthume en n'ouvrant pas la mystérieuse enveloppe... La vie passe et le pli garde son secret jusqu'au jour où le fils décide de décacheter ce mystère de papier. A l'intérieur, il trouve des dizaines de petites étiquettes avec écrit dessus « A ne Pas ouvrir » que le père utilisait pour que les clients ne touchent pas certains objets de sa boutique.
 
Cette histoire me fascine car on peut y voir l'étrange image de ce qu'est peut-être l'identité : une simple enveloppe qui renferme un malentendu.
 "
 

 

Xavier Giannoli, co-rédacteur en chef de la semaine 

 

 

Arnaqueurs, escrocs, mythomanes, personnage à double identité... De Arrête-moi si tu peux à History of Violence en passant par Usual Suspects, Prête-moi ta main, L'Emploi du temps ou Un héros très discret, nombreuses sont les histoires où des imposteurs sont les principaux protagonistes. A l'occasion de la sortie de A l'origine dans les salles, la rédaction d'Excessif rend hommage à ces personnages en faux-semblant qui ont souvent inspiré le septième art.

 

 

1 - Arrête moi si tu peux par Nicolas Houguet
Brillant jeu de chat et de souris orchestré par Steven Spielberg, le film retrace avec allégresse la trajectoire du plus jeune escroc qu'aient connu les Etats-Unis. Le jeune Frank, virtuose en entourloupes, prend ici les traits de Leonardo DiCaprio, inventant des arnaques de haut-vol qui changent à chaque fois le ton du film (se faisant passer pour un pilote de la Pan-am ou un médecin avec le même aplomb). A ses trousses, il y a Tom Hanks, agent rodé du FBI à qui le jeune insolent échappe sans cesse de très peu. Entre eux se noue une complicité et une amitié inattendue qui  devient le coeur du film. Le héros n'est après tout qu'un gamin audacieux et attendrissant qui veut voir ses parents se remettre ensemble. Pas le temps de souffler dans cette poursuite haletante, qui rappelle dans son rythme effréné les comédies de l'âge d'or hollywoodien.

2 - Volte Face par Vivien Lejeune
Sans aucun doute le plus beau chassé/croisé d'imposteurs qu'ait engendré le cinéma « américain »... Le gentil devient le méchant et le méchant devient le gentil. L'idée est vieille comme le Monde mais lorsque c'est John Travolta et Nicolas Cage qui échangent leurs traits sous la direction aussi experte que soignée de John Woo, l'astuce scénaristique (et chirurgicale) fait des étincelles et nous offre ce qui reste l'un des meilleurs films d'action tournés à ce jour ; aussi bien par son impeccable sens du rythme que par son esthétisme juste ce qu'il faut de poussif, et où la violence devient délicieusement poétique. Les deux acteurs caméléons ont d'ailleurs rarement été aussi bons que dans leurs doubles personnifications du flic Sean Archer et du terroriste Castor Troy, tour à tour fragiles et cruels. A voir et à revoir... et pourquoi pas en « suçant un abricot pendant des heures ».

3 - History of Violence par Lucie Pedrola
En 2005, David Cronenberg présentait au festival de Cannes un film qui détonnait légèrement par rapport au reste de sa filmographie. A History of Violence est un projet débuté sans lui, adaptation d'un comic dont New Line  avait acquis les droits. Mais on comprend bien vite ce qui a plu au réalisateur de La Mouche dans cette histoire de transgression et de métamorphose d'un individu. Cronenberg s'intéresse de près à la vie de famille de Tom Stall, à son quotidien, sa femme et ses enfants, pour mieux donner à voir l'immensité de l'usurpation. Usurpation ou métamorphose, schizophrénie ou reconstruction, le personnage incarné par Viggo Mortensen est un être hybride, dont les bribes d'un passé pas tout à fait mort ressurgissent et bouleversent le présent. Un Cronenberg absolument maîtrisé et mémorable.

4 - Usual Suspects par Laurène Guillaume
Keyser Söze. Un illustre escroc. Manipulateur. Ambitieux. Sa discrétion en fait une légende. Bryan Singer nous mène en bateau pendant 1h48. Et puis vient l'apothéose. LA scène qui fera de Usual Suspects un film incontournable. Cultissime. En un instant, toutes nos certitudes s'envolent. Le coup de poker a fonctionné. L'escroc existe bel et bien. Après cette découverte, le spectateur n'a plus qu'à rester bouche bée, les yeux grands ouverts avec l'impression de s'être fait avoir. Sa seule compensation est de revoir le film pour comprendre. Comprendre et apprécier tout simplement ce chef d'oeuvre. 

 

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5 - L'Adversaire par Vivien lejeune
Quand l'imposture, bien réelle, tourne irrévocablement au drame... C'est le moins que l'on puisse dire à l'évocation du destin tragique de Jean-Claude Romand et de sa famille, qu'il assassinât en janvier 1993... Vingt ans de mensonges autour d'une identité inventée de toute pièce le poussent à commettre l'irréparable, magistralement reconstitué en 2002 par les approches respectives de Nicole Garcia et Daniel Auteuil. Tout en subtilité et en exploration d'une âme que l'on pensait pourtant insondable, L'Adversaire est de ces films chocs dont on ne sort pas indemne, notamment grâce à la très envoûtante musique d'Angelo Badalamenti, dont la tristesse et le désespoir hantent chaque note comme un déchirant écho à l'implacabilité du dénouement de cette vie sans issue, pourtant si dignement mise en images. Assurément l'un des plus beaux moments de sincérité du cinéma français.

6 - Certains l'aiment chaud par Jean-Patrick Desportes

 Dans la catégorie de l'imposture au cinéma, Certains l'aiment chaud s'impose définitivement comme la meilleure comédie sur le thème ainsi que sur celui du travestissement. Souvent imité (Victor/Victoria voire La Cage aux Folles II), jamais égalé, ce remake d'un film français (Fanfare d'amour, réalisé par Richard Pottier en 1935) est à hurler de rire. Pour ceux qui ne l'auraient pas encore vu (qui ?) : à l'époque de la prohibition et de la dépression, Joe et Jerry (Tony Curtis et Jack Lemmon) sont deux musiciens obligés de fuir Chicago après avoir assisté à une fusillade entre malfrats. Déguisés en femmes (Josephine et Daphné) ils vont intégrer un band uniquement composé de femmes dont Marilyn Monroe fait partie. Ici, l'imposture sert autant le message (découvrir la femme qui est en soi) qu'une intrigue parfaitement écrite. Les dialogues sont savoureux, les quiproquos d'une grande efficacité, permettant aux acteurs de faire des numéros anthologiques. Et si en plus cette imposture (peut-être la plus célèbre du cinéma) se termine sur un « personne n'est parfait » permettant une ouverture aux couples homosexuels (Joe/Josephine et Osgood) que demander de plus ?


7 - Psychose par Laurène Guillaume
Alfred Hitchcock nous plonge dans le monde de Norman Bates. Un homme gentil. A priori sain d'esprit et sans démence particulière. Mais nous sommes ici en 1960 et le noir et blanc de l'époque renforce un sentiment d'insécurité. Un sentiment qui viendra avec la rencontre de Marion Crane. A partir de là, tout s'enchaîne : la vérité et la folie rattrapent Norman. Il dit vivre avec sa mère dans une sorte de château. Oui, mais d'une manière assez particulière ! Lorsque dans une scène, une chaise se retourne : le spectateur comprend et découvre alors la folie du personnage. Plutôt sa schizophrénie. Un grand moment de cinéma ! A ne louper sous aucun prétexte.

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8 - Tootsie par David Auvray
Quels imposteurs les plus répandus sinon les acteurs ? Sydney Pollack explore la parabole du métier d'acteur pour plonger son personnage dans les affres de sa double personnalité. Michael Dorsey (Dustin Hoffmann) est un acteur sur le déclin mais son double, Dorothy Michaels, va exploser auprès du public d'un show télévisé. Suprême supplice de ce double finalement encombrant, Dorsey est amoureux de sa collègue actrice qui le prend pour une femme qu'il n'est pas. Traître malgré lui, l'acteur va finalement faire de son coming out l'acte final du soap télévisé. L'imposture pour mieux s'imposer.

9 - Fight Club par David Auvray
Plongée vertigineuse dans l'esprit nihiliste d'un narrateur zombie (Edward Norton), véritable looser de l'image du cadre moyen avant qu'il ne devienne quelqu'un lorsqu'il s'initie au fight club de Tylor Durden (Brad Pitt), gourou anarchiste vaguement philosophe. Ce personnage n'est autre que la solution trouvée par le narrateur pour fuir sa véritable nature de perdant. Le narrateur se bat contre Durden, contre lui-même, pour mieux affirmer son combat contre la société, une société froide, sans complaisance, qui prône la consommation des biens sans véritable réflexion sur un art de vivre. Pour le narrateur, la lutte est à elle seule un art de vivre.

10 - The Informant par Geoffrey Crété
Presque par ennui, un employé modèle d'une grande entreprise d'agro-alimentaire s'enfonce inexorablement dans un tissu de mensonges chaque fois un peu plus lourds. Du FBI, qu'il trompe sans vergogne, à sa femme, en passant par ses patrons crédules, Mark Whitacre va devenir le centre d'évènements incontrôlables, à la limite du complot et de l'absurde. Ce héros malgré lui prend un malin plaisir à assumer ce rôle d'espion à triple jeu, les micros et autres dispositifs devenant les jouets dont il a été privé dans sa petite vie bien rangée. Lorsqu'il est forcé à affronter ses actes, le masque tombe. L'atmosphère détendue et comique révèleront finalement un personnage bien tragique, reflet terre-à-terre du Monsieur Ripley que Matt Damon interprétait également. Car ce Mark Whitacre existe bel et bien, et son histoire, aussi étonnante soit-elle, est véridique.


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