Après un premier texte consacré à
Psychose, Henri Philibert-Caillat nous propose un "Top séquence" concernant le film de Paul Thomas Anderson,
Punch-Drunk love. Pour voir vous aussi votre
Top Séquence publié sur le site, il vous suffit de l'envoyer à
laurent.tity@dvdrama.com.
Pourquoi Punch-drunk love (Ivre d’amour) (2002)?Après les très appréciés
Boogie nights (1997) et
Magnolia (1999), c’est peu dire que l’on attendait avec curiosité le film suivant de Paul Thomas Anderson. Si l’histoire choisie est plutôt convenue, le réalisateur signe un film particulièrement insolite, voire singulier pour deux raisons essentielles.

D’une part, par le choix d’un personnage principal, Barry Egan, montré comme un être si peu adapté à la « normalité » des autres et de leur vie qu’il multiplie les maladresses et les troubles obsessionnels de comportement pour conserver, tant bien que mal, un équilibre psychologique constamment menacé et éviter ainsi un naufrage total de sa personnalité. Le réalisateur donne ainsi à son œuvre une tonalité tragi-comique passant du pathétique le plus émouvant à la farce la plus grossière, voire en mélangeant les tons (Cf. la scène des pleurs). Le dilemme classique – l’environnement familial et social est-il seul responsable de nos névroses ou, tapies en nous, se révèlent-elles au cours du rapport aux autres ?– semble trouver ici sa résolution humoristique : il suffit d’amour pour s’épanouir… L’idée de normalité est, par ailleurs, volontiers moquée par le film à travers la présence de sept (!!!) sœurs toutes si pleines de bonnes intentions, si promptes à juger leur frère, si soucieuses de le conseiller et de le pousser à se conformer, qu’elles ajoutent à ses difficultés personnelles en lui proposant des modèles inadaptés à ce qu’il est et en lui témoignant une sollicitude, pour le moins déplacée, qui l’infantilise. Par ailleurs, les ravages que provoque le sentiment amoureux sont finement observés dans leurs contradictions : sentiments opposés d’incertitude et d’assurance, émoi physique et communion spirituelle, intérêt pour l’autre et égoïsme narcissique, méfiance et confiance, etc.

D’autre part, par le biais d’une réalisation constamment innovante (Prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 2002) qui va jusqu’à transfigurer le scénario. Anderson utilise, en effet, les mouvements de caméra, les cadrages, les sons et les images de sorte que la technique sert le sens même du film comme le montre l’analyse de la séquence suivante.