À la fin des années 1980, Suzuki a offert à la japanimation un magazine digne de ce nom (
Animage), posé les fondations de Ghibli, permis à Miyazaki de réaliser
Mon voisin Totoro et à Takahata d’adapter
Le Tombeau des lucioles. Il est donc difficile de penser que pour ce producteur, le meilleur de sa carrière reste à venir. Et pourtant…
L’âge de l’indépendanceAprès le travail harassant qu’a constitué la conception en parallèle de
Mon voisin Totoro et
Le Tombeau des lucioles, Toshio Suzuki et Miyazaki se ressourcent lors d’un voyage en Europe. Un plaisir qui devient une tradition puisque, dès lors, à chaque fin de film, le duo s’accorde ces virées à l’autre bout du monde. Cette fois, lors de leur retour au Japon, Miyazaki s’est enfin décidé à adapter au grand écran
Kiki la petite sorcière. Et lors de la préproduction, Suzuki découvre halluciné que Miyazaki a, de mémoire, retranscrit dans le film certains des paysages qui les ont le plus marqués durant leur voyage. Bien qu’ayant coûté le double de
Mon voisin Totoro,
Kiki la petite sorcière est un investissement très rentable : lors de sa sortie, le film est plus important succès de Ghibli et se classe en tête du box-office japonais en 1989. Le studio peut dès lors commencer à revendiquer son indépendance financière vis-à-vis de Tokuma, et Suzuki en devient le président. Et surtout, échaudés par la production particulièrement éprouvante de
Kiki la petite sorcière, Suzuki et Miyazaki décident de mettre en place un cadre de travail plus humain : les plus importants collaborateurs du studio sont salariés à temps pleins (ils étaient payés au dessin jusqu’alors). Ce sera le cas notamment de l’immense Oga Kazuo, peintre d’arrière-plans et directeur artistique à qui
Mon voisin Totoro doit énormément, mais aussi du character designer Katsuya Kondō, en grande partie responsable de la création du style « Ghibli ». Toshio Suzuki insiste également pour qu’une succursale destinée à former de jeunes animateurs soit créée au sein du studio. Mais ce projet, qui doit assurer la pérennité de Ghibli en le transformant en pépinière de talents, est un échec : « J’ai essayé par deux reprises d’initier ces master class animées par Takahata et Miyazaki. Mais c’était épouvantable, j’ai très vite compris qu’un metteur en scène de génie n’est pas forcément un bon enseignant. » Cette initiative de Suzuki provient d’une préoccupation quasi insoluble : trouver de dignes successeurs aux deux réalisateurs stars du studio, une quête qui va dès lors hanter le producteur. Enfin, en 1992, le jour même de la sortie de
Porco Rosso, les nouveaux locaux de Ghibli, situés dans la banlieue ouest de Tokyo, sont inaugurés.