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Tout Ce Que Vous Avez Toujours Voulu Savoir Sur Le Reve De Cassandre... [page 1]

Par RLV - publié le 29 octobre 2007 à 03h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h04 - 0 commentaire(s)
«Quiconque a lu les romans de Dostoïevski ne peut qu'en subir l'influence. C'est impossible d'y échapper» Woody Allen a l’honnêteté de le dire et il aurait pu affirmer la même chose pour le cinéma de Bergman. Dès qu’il s’agit de construire des tragédies, l’un est son maître en littérature; le second au cinéma. Dans Le rêve de Cassandre, nouvelle partie de ping-pong moral, le septuagénaire rend hommage à ses deux maîtres à penser et met un terme à sa trilogie Londonnienne après la fulgurante réussite de Match Point et sa majesté mineure Scoop. Plus proche du premier que du second, ce nouvel opus explore le thème Balzacien des illusions perdues. Souligne la mort de Dieu. Et surtout, rappelle la vitalité du cinéaste septuagénaire. On connaît des nouvelles plus déprimantes.


Dire que Woody Allen broie du noir, met en scène des vaudevilles mortifères et cite Dostoïevski depuis seulement deux trois films revient à dire que Romy Schneider n’a été au cinéma qu’une figure populaire de Sissi, l’impératrice. Soit une ignoble bévue. Il suffit de revenir près de trente ans en arrière, dans les années 70, et de revoir par exemple une œuvre comme Love and death qui se déroulait au début du dix-neuvième siècle en Russie, pour s’en convaincre. Un homme (Woody, bien sûr) est amoureux de sa cousine (Diane Keaton, dans sa meilleure période) qui, elle, préfère son frère Ivan. Bien que pacifiste, le brave gars est enrôlé de force dans l’armée du tsar et devient malgré lui un véritable héros. La demoiselle s’entiche de lui et abandonne l’autre. A l’époque, on avait pris cet exercice pour de la parodie littéraire où Allen étalait sa culture slave (Tolstoï, Dostoïevski, Tourgueniev) et ses références cinématographiques (Bergman, Eisenstein, nouvelle vague). Une lecture superficielle l’apparentait à un ton léger, drôle, farfelu. Or, une revoyure amène à penser qu’il s’agit d’une tragédie, terreau certes de nombreuses comédies, et qu’accessoirement le potentiel «tragique» allait déjà annoncer Annie Hall, l’un de ses premiers films désabusés. On peut dire de la même chose de ses opus suivants qui au fil des diffusions révèlent les traits singuliers et paradoxaux du créateur Allen. Finalement, est-ce que son cinéma n’aurait pas été que fausse désinvolture et vrai drame? Est-ce que l’ironie persistante dans son cinéma ne serait pas au bout du compte qu’un apparat, une couche de vernis, une politesse du désespoir?


Dans Le rêve de Cassandre, où l’humour est oublié; l’humeur, à la tristesse morbide, on ne se pose plus la question: le récit est tragique à étouffer avec des pics de tensions réguliers et des personnages confrontés à des situations moralement brutales. Lui-même l’affirme: «Le meurtre et la culpabilité sont de classiques ingrédients du drame et l'un des outils dont auteurs de pièces et réalisateurs se servent depuis des siècles. La vie même est un évènement éminemment tragique, un vrai bordel, mais elle a ses moments comiques». La face «sombre» de Woody Allen que l’on pourrait qualifier de Bergmanienne a contaminé plusieurs de ses films auparavant (les excellents Intérieurs et Sonate d’Automne). Le premier film Allenien 100% noir reste certainement Crimes et délits, réalisé dans les années 80.


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