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Tribute To Heath Ledger [page 3]

Par - publié le 09 août 2008 à 23h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 17h10 - 0 commentaire(s)
A partir de là, Heath commence à être pris au sérieux et stimule des cinéastes prestigieux allant de Terry Gilliam – qui lui donne le rôle d’un des deux frères Grimm avec Matt Damon – à Catherine Hardwicke. Respectivement, ça donne Les frères Grimm, petite production de Gilliam partiellement sauvée par l’inventivité et l’enthousiasme de son auteur, et Les seigneurs de Dogtown, où Heath joue les Jim Morrison du skate-board. Ceux qui, jusque là le trouvaient insipide, commencent à s’intéresser à son cas. Le choc qui met tout le monde d’accord, c’est le bouleversant Secret de Brokeback Mountain, d’Ang Lee, sorti quelques mois après Les seigneurs de Dogtown. L'histoire sublime de deux hommes, un homme de main d'un ranch et un cowboy de rodéo, qui se rencontrent lors de l'été 1961 au Wyoming. Les deux hommes développeront une longue amitié qui se transformera en amour entrecoupée d'embrouilles, d'événements heureux et de tragédies. Une relation qui durera vingt ans dans une Amérique rurale et intolérante. Une histoire qui ne vieillira jamais et perdurera, au-delà de la vie et de la mort, de l’absence et des mots. Au bout de ces bobines, on est impressionné. Impressionné par l’élégance suprême de cet empire des sens qui en dit long par le simple pouvoir de la suggestion. Impressionné par cet aboutissement dans la carrière de Lee mais aussi cette confirmation des talents de Gyllenhaal et Ledger (qui murmure l’un des plus beaux I love you de l’histoire). Pour cela, il est nommé aux Oscar mais il est trop tôt encore pour célébrer sa prouesse. Les rôles deviennent plus en plus torturés, à son image. Toxicomane dans le film Candy, de Neil Armfield (toujours inédit dans les salles), il revient dans I’m not there, le bordel kaléidoscopique et si stimulant de Todd Haynes, où il incarne l’une des facettes les moins évidentes de Dylan. Peu étonnant d’ailleurs que la musique soit un domaine qui le passionne. Parallèlement à ses activités d’acteur, Ledger avait fondé une maison de disques avec Ben Harper et a réalisé des clips pour des artistes.





Maintenant, Heath est avec les anges. Pour toujours. Pour toujours et à jamais. Lors de son enterrement, c’est Cate Blanchett (remarquable dans I’m not there) qui a lu un texte poignant et c’est Ben Harper (son ami) qui a dédié un morceau à la fille qu’il a eu avec Michelle Williams. Avant de partir, Heath tournait The Imaginarium of Dr Parnassus, une seconde collaboration avec le maudit Terry Gilliam. Un rôle singulier qui appelait une nouvelle fois une performance surprenante. Au sommet de sa carrière? Oui, il l’était; et c’est ce qui rend sa disparition définitivement tragique. Allez le voir dans The Dark Knight pour mesurer l’étendue de son talent (que vous soupçonnez depuis longtemps). Une fois qu’il surgit à l’écran, on ne peut pas le quitter des yeux. Transcendé et transcendant, il irradie, fascine, comme si le diable en personne surgissait dans un désert anonyme. Ici, il lâche la bête qu’il a si longtemps contenue. La fureur même qu’il rentrait dans Le secret de Brokeback Mountain parce que le monde et le regard des autres ne le permettaient pas. C’est sûr, on n’oubliera pas cet été là. Et on ne l’oubliera pas, lui, avec la promesse fermement tenue de ne plus sous-estimer les acteurs faussement minets, névrosés à s’auto-détruire. Cowboy ou joker, rockeur skateur ou rockeur chevalier, il restera à tout jamais dans l’inconscient cinéphile. Heath Ledger repose désormais dans le cimetière de Karrakatta à Perth, sa ville natale, en Australie. Paix à son âme.
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