Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 11 septembre 2008 à 05h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 18h16 - 0 commentaire(s)
Nous arrivant à la suite d’Exodus, film remarquable découvert à Deauville en mai dernier, Trivial Matters étonne et manifeste la vitalité d’un cinéaste qui réaffirme à chaque sortie tout le bien que l’on pense de lui. Porteur d’un nom bien étrange, le dernier des films de Pang Ho-Cheung augure en effet de quelque chose de très spécial. Pour le meilleur et comme un signe à nouveau fort d’un cinéma asiatique et hongkongais qui se distingue par sa vigueur renouvelée et sa capacité à surprendre sans cesse…

TRIVIAL MATTERS
Un film de Pang Ho-Cheung
Avec Jan Lam Hoi-Fung, Chan Fai-Hung, Crystal Tin Yui-Lei, Edison Chen, Stephanie Cheng Yung, Kenny Kwan Chi-Bun, Patrick Tam Yiu-Man, Eason Chan Yik-Shun, Chapman To Man-Chat, Isabel Chan
Durée : 1h28
Date de sortie en Asie, à Hong-Kong le 20 décembre / Pas de sortie prévue en France



Film à sketchs s’unissant autour d’une trivialité très sexuellement marquée, Trivial Matters porte tel un programme, son nom et cela de manière remarquable. Et pourtant, loin de n’être qu’anecdotes alignées sous couvert de grivoiseries, ce mixte de sept petites histoires contées à minima donne l’occasion de parcourir toute l’étendue imaginative d’un réalisateur qui promet chaque jour davantage. Dans Force majeure, le premier segment, avec tout le voyeurisme complice qu’impose le dispositif particulier d’un récit face caméra, on assiste lors d’une visite chez un sexologue à la confession psychanalytique d’un professeur psychiatre à au médecin qui l’a choisi et qui fut l’un de ses étudiants plus qu’obséquieux. Ainsi, entre regards caméra, mise en images des paroles à titre illustratif et recomposition de ces dernières par les fantasmes personnels de son élève, ce segment de Trivial Matters oscille entre érotisme et expérimentation à l’instar de la Saveur de la Pastèque tout en dispensant sur fond de comédie, une explicitation typique des fantasmes d’autrui. Mais la tonalité se veut plus légère et moins transgressive. Comme si se croisaient dans un même film les délires sensuels de Basic Instinct, le rapport dévoyé à l’éthique de Petites confidences à ma psy, les frasques conjuguées de Mafia Blues et la lourde parenthèse analytique d’Infernal Affairs 2. Le tout reposant sur un choix de filmage le plus souvent en plan fixe et qui cherche à rester proche dans ses signes d’une captation vidéo imparfaite et « embedded » façon Cloverfield ou , l’horreur en moins. Complice à souhait avec le spectateur, amusant et plus poussé qu’il y parait, on savoure ce premier ensemble.



A sa suite, Civisme pour sa part explore en trois minutes à peine et en Anglais les difficultés psychologiques d’un jeune homme à draguer en boîte, sa compagne de bar…Lui qui confond séduire et raconter son obsession de nettoyage dans les toilettes publiques. Intermède plus « chinois » que le précédent, on reste médusé par la relation thématique et la variabilité absolue du format et du traitement. Il y a une fête aujourd’hui qui s’enchaîne, ose davantage de mouvements de caméra pour sa part et échappe davantage à l’humour pour aborder un autre registre, plus axé sur la naissance du désir et sa « légitimité » dans un jeune couple à la distance pesante… Ainsi, regarde-t-il la solitude de l’homme insatisfait et son envie que ne partage pas sa compagne avec un œil tantôt drôle, tantôt scrutateur à la façon des nouvelles comédies romantiques à la fois sociologiques, à peine réalistes et surtout très générationnelles.



On aimera dans ce segment la scène où la confession incongrue, aussi hilarante que touchante, faite à un policier – l’absence de sexe à domicile – entraîne une attitude plus que compréhensive du fonctionnaire face au personnage principal.
L’insistance de ce dernier fait d’ailleurs peine à voir et mérite dans les situations les plus quotidiennes, la palme de l’acharnement. Jusqu’au moment où la veille de Noël, sous l’effet d’une pression constante, la femme de ce dernier succombe à ses envies de préliminaires et lui ne peut se retenir... Sans réelle vulgarité mais empêchant de raconter par le menu, les situations qui s’y déroulent, Il y a une fête aujourd’hui nous fait assister à la naissance d’une obsession sexuelle qui se nourrit des festivités et autres célébrations…à l’excès. Et jusqu’à l’absurde surtout de son aboutissement : être harcelée par le fantôme de sa compagne, disparue par excès d’enthousiasme dans sa pratique.


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