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Trombinoscope : Romy Schneider [page 1]

Par Nicolas HOUGUET - publié le 09 novembre 2009 à 18h41 ,
MAJ le 10 novembre 2009 à 00h46 - 0 commentaire(s)

« Les hommes ne suffisent pas. Voilà ce que je ressens quand je regarde aujourd'hui les films de Claude Sautet avec Romy Schneider. Elle est une actrice extraordinaire qui a irradié de sa beauté et de son intensité beaucoup de films, mais c'est de ceux de Sautet que je voudrais parler. Je voudrais parler de Rosalie que ni César (Yves Montand) ni David (Samy Frey) ne pourront combler. Pas plus la virilité triomphante de l'un que la féminité séductrice de l'autre ne seront suffisantes pour répondre à son besoin des hommes, à son besoin d'amour. D'ailleurs chez Sautet comme dans la vie, les histoires d'amour sont toujours inachevées et pourtant indépassables. Pas l'amour impossible mais ce qu'il y a d'impossible dans l'amour. Et cet absolu qui lui échappe m'a toujours bouleversé dans les personnages de Romy Schneider chez le réalisateur des Choses de la vie.
Plus qu'une vérité humaine sur l'amour, c'est aussi le besoin d'un absolu du cinéma, de l'incarnation d'un personnage, d'une incandescence qui repousserait les limites de la banale performance d'actrice. Comme la recherche dans chaque plan d'un absolu qui vous échappe comme l'amour dans un regard. Une obscénité, même, dans cette incroyable scène de Mado où elle apparaît en femme déchue, alcoolique, pour seulement une scène en face de Piccoli. L'amour et le cinéma, donc, comme deux histoires toujours inachevées et pourtant indépassables. Un désir obscène de s'incarner dans le regard de l'autre, l'homme qu'on aime ou qui a payé sa place. Oui, celui qui paye. Comme on paye une pute dans le sublime Max et les ferrailleurs. Encore une fois chez Sautet cette idée d'un contrat entre un homme et une femme, comme dans Nelly et Monsieur Arnaud (contrat entre une secrétaire et un vieux monsieur pour écrire ses mémoires) ou dans Mado (entre une pute et un bourgeois). Toujours le contrat comme un prétexte à se voir, se chercher, se filmer. Un contrat aussi comme entre une actrice et un metteur en scène. Un prétexte pour travailler, tout risquer, essayer de dépasser le rôle et incarner la grâce d'un personnage, d'un désir de cinéma et d'un besoin d'amour.
Où sont-elles aujourd'hui les jeunes actrices qui déchirent le contrat ? Les actrices qui risquent quelque chose de leur vie et de leur corps en face de la caméra ? Où est-elle cette obscénité sublime d'une comédienne qui jusqu'à la folie a besoin qu'on la regarde, qu'on la filme ? Aujourd'hui beaucoup veulent aussi enregistrer leur album de musique électro, faire leur « long », prendre des Mercedes pour la « promo » (si elles trouvent le temps d'aller défendre le film entre deux voyages aux States) et sniffer de la coke en boîte pour se sentir insoumise et rebelle, « artiste totale » (sic) en se disant que de toute façon il y aura toujours un magazine pour leur demander leur crème de jour favorite et les comparer à Bardot pour fabriquer l'événement et fourguer de la pub. Alors je repense à Romy Schneider et je me dis qu'il y a celles qui sont habitées par le cinéma et celles qui habitent le cinéma. Je pense à elle comme à une star de rock, sensuelle jusqu'à la folie et l'autodestruction et je me dis que le cinéma français a plus que jamais besoin d'elle. Parce que ni les hommes, ni les contrats, ni les caméras ne pourront éclaircir son mystère et combler son besoin d'amour. C'est une artiste, vous vous souvenez ? Une vraie artiste. La vie et les hommes ne lui suffisent pas. »
Xavier Giannoli

 

 

Le 11 novembre sort un documentaire consacré à L'Enfer de Henri-Georges Clouzot, où sont exposées des scènes du film qu'il envisageait et où l'on raconte l'histoire de cette oeuvre maudite et inachevée. Revenons en images sur l'un des visages les plus importants du cinéma français, celui de Romy Schneider. Elle s'est imposée comme une incontournable star sous les traits de Sissi, dès son plus jeune âge et sous la houlette de sa mère. Mais au début des années 60, elle veut s'émanciper de cette image qui a longtemps été pesante pour elle, l'actrice collabore alors avec les plus grands (Luchino Visconti, Otto Preminger et Orson Welles). Auprès de Claude Sautet, elle se révèle, sensuelle et intense. Elle est passionnée et déchirante dans ses rôles (dans L'Important c'est d'aimer notamment). Frappée par de multiples tragédies, elle disparaît en 1982, laissant une empreinte indélébile par son exigence et ce qu'elle mettait d'elle-même dans chacun de ses rôles. Retour sur une légende.
 
   
 Romy Schneider

 Romy Schneider      

  

Les jeunes années d'une reine

 

Romy voit le jour à Vienne en Autriche le 23 septembre 1938. Répondant à l'Etat civil au nom de Rosemarie Magdalena Albach, elle est issue d'une lignée d'acteurs. La famille fuit la guerre et quitte Vienne, se retrouvant en Bavière, non loin du nid d'aigle d'Adolf Hitler (sa mère Magda est amie des proches du führer et fréquente le lieu). Toujours sous l'influence maternelle, la jeune fille est remarquée et tourne à ses côtés dans Lilas Blanc après des essais brillants. A quinze ans, elle connaît donc son premier succès et abandonne sa vocation de dessinatrice. Mais c'est deux ans plus tard, en 1957, qu'elle connaît un retentissant triomphe, avec le premier volet de Sissi. Le succès est phénoménal. Toutes les aspérités et les tourments d'Elizabeth d'Autriche sont pourtant ici gommés, on en fait une princesse de conte de fée typique, dans une histoire d'amour belle comme une bluette et pleine de guimauve. Mais l'innocence de la jeune Romy illumine le film. Longtemps, pour son plus grand agacement, on l'appellera Sissi. Elle étouffe littéralement dans ce rôle, se laisse entraîner dans quelques suites, mais malgré une offre mirobolante, elle refuse d'en tourner un quatrième volet. Elle passera une bonne partie de sa carrière à vouloir échapper au carcan de ce personnage qu'elle doit assumer à contre-coeur. Elle subit le double tranchant de ce succès qu'elle doit à un rôle qu'elle n'aime pas. Elle se libère donc de l'emprise maternelle et se tiendra éloignée de ce registre, avec une intransigeance têtue, presque cassante, qui fait d'elle une artiste au caractère bien trempé.
 
Romy Schneider
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 Romy Schneider

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Romy SchneiderRomy Schneider


Romy se réfugie en France, véritable pays d'adoption cinématographique pour elle. Elle y tourne encore un film à costumes, Christine en 1958. Elle peut choisir son partenaire, jouissant ainsi des privilèges que sa célébrité lui octroie. Elle remarque un jeune homme encore inconnu nommé Alain Delon. Ils vont bientôt former un couple de légende. Les deux jeunes gens rencontrent celui qui demeurera pour elle un incontournable mentor, Luchino Visconti. Il la pousse à révéler sa nature avec une affectueuse exigence. Il lui permet d'abord de jouer dans une pièce de théâtre aux côtés de Delon, Dommage qu'elle soit une putain. Le duo est solaire, éblouissant de beauté. Mais bientôt ils se séparent, à cause de la carrière de Delon qui prend son envol et celle de Romy qui l'entraîne sous d'autres latitudes. Elle tente l'aventure américaine, signant un contrat de sept films pour un grand studio. 
 
Paradoxalement, c'est à ce moment qu'elle va comprendre l'histoire de son pays d'origine (et le nazisme en particulier), conversant avec Otto Preminger pour qui elle tourne Le Cardinal en 1963. L'année précédente, elle a pu apparaître devant la caméra de l'immense Orson Welles dans Le Procès. Elle participe à L'Enfer de Clouzot, inachevé et légendaire. Le cinéaste fait de l'actrice un objet de fantasme et de paranoïa colorée (lorsque son mari incarné par Serge Reggiani imagine son infidélité). Romy grandit et évolue, sa beauté devient objet de désir et de fureur. On la remarque également dans Quoi de neuf Pussycat ? en 1966 sur un scénario de Woody Allen. Mais un autre film est un événement et marque en 1968 les retrouvailles d'un couple mythique: Alain Delon et Romy Schneider, sublimes, au bord de la Piscine de Jacques Deray. L'acteur a pu la convaincre de revenir sur les plateaux, alors qu'elle ne voulait plus subir la pression médiatique et se consacrer à sa famille. Voilà encore un film où le désir bouleverse tout, même l'amour le plus solide. Romy se détache du charme juvénile qui la caractérisait à ses débuts d'abord. Elle est d'une féminité et d'une beauté à couper le souffle.
 
Romy Schneider

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