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Two Lovers : Interview James Gray [page 3]

Par - publié le 17 novembre 2008 à 05h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 19h37 - 0 commentaire(s)
Est-ce vrai que Two Lovers est votre dernier film à New York ?
C’est exact. Dans un futur proche, dans dix ou vingt ans, il se peut que je revienne pour réaliser. Mais j’ai besoin d’ouvrir de nouveaux horizons. Arrivé à un moment donné dans une carrière, c’est une nécessité. Je ne sais pas encore de quoi sera fait mon prochain long métrage. J’ai un projet sur le feu qui est génial mais je me suis juré de ne pas en tomber amoureux au cas où il ne se ferait pas. Faire un film est quelque chose de presque insurmontable : rassembler, diriger toute une équipe… On n’est jamais à l’abri qu’un film ne se fasse pas. Two Lovers a été très facile à monter. Je l’ai commencé juste après avoir fini La nuit nous appartient, le script était déjà prêt et le casting aussi. Je sais juste que mon prochain long métrage aura une dimension moins intimiste, plus héroïque. Pas dans le sens d’un Superman mais dans le sens littéral du mythe.



Sans en dire trop, comment avez-vous obtenu de Joaquin Phoenix ce qu’il réussit à faire lors des scènes se déroulant sur le toit de l’immeuble?
C’est l’une des scènes les plus intenses du film mais ce fut la plus difficile à tourner. Etant donné que c’est un plan-séquence de presque cinq minutes et il n’y avait pas le droit à l’erreur, les mouvements de caméra devaient être minimes. Les scènes où l’émotion arrive de manière frontale mettent généralement le spectateur dans une position très inconfortable. Comme s’il n’y avait aucune distance entre ce que le personnage vit et ce que le spectateur peut avoir (ou a) vécu. Nous avons fait plusieurs prises et je me souviens que cela a été très difficile pour Joaquin. Mais la difficulté avec laquelle il tournait la scène était celle de son personnage à dire ce qu’il avait à dire. Je me suis rendu compte qu'il est parfois plus difficile de filmer des émotions ou des mots qui ne viennent pas que des scènes qui en apparence nécessitent plus de moyens et de concentration.

L’une des qualités du film, c’est aussi le travail sur la photographie avec le chef-opérateur Joaquin Baca-Asay. Pour faire simple, lorsque le personnage de Gwyneth Paltrow arrive pour la première fois chez Leonard, elle dit que ça sent la naphtaline. Et c’est exactement ce que l'on ressent en tant que spectateur.
Carrément, et on avait envie de créer cette sensation juste par la photographie. Tout d’abord, il y a le travail sur la lumière, la manière dont elle met en valeur ou non un personnage (l’ombre d’un rideau a servi pour Gwyneth alors que Joaquin devait être dans une lumière crue). Ensuite les éléments présents dans la pièce devaient provoquer un jeu sur les couleurs. C’est une combinaison d’éléments, parfois matériels, mais nécessaires, pour que l’on sente cette odeur. Et on a travaillé toutes les scènes de cette manière-là. Joaquin avait déjà travaillé avec moi sur La nuit nous appartient donc on savait vers quelle direction on voulait évoluer.



Récemment, Joaquin Phoenix a annoncé sa volonté d’arrêter le métier d’acteur. Qu'en pensez-vous?
J’ai lu ça comme tout le monde dans les journaux. Il ne m’en avait jamais parlé (long silence). Je l’ai vu à une soirée samedi dernier. Je lui ai demandé si c’était vrai et il m’a répondu qu’il était crevé, qu’il connaissait ce métier depuis maintenant 30 ans (normal, vu qu’il a commencé à faire acteur très jeune) et qu’il n’avait plus rien à donner. Peut-être que dans quelques années, j’essayerai de le convaincre de revenir mais il a l’air très sérieux et n’a visiblement pas envie de changer sa décision pour le moment. J’ai tellement envie de continuer à travailler avec lui, c’est un acteur monstrueusement doué. Tout ce que je peux lui souhaiter, c'est bonne chance pour la suite, mais pour une raison purement égoïste, j’ai été très déçu...

Propos recueillis par Romain Le Vern
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