Enfant éclectique du Cinéclub, de Starfix et des Cahiers du cinéma, Frédéric Balekdjian avait déjà surpris son monde il y a quelques années en signant le très intéressant polar de genre
Les Mauvais Joueurs, premier film narrant les déboires d’un homme au présent incertain végétant dans le sentier, et récompensé par le prix Sang Neuf au festival du polar de Cognac en 2005. La sortie de son nouveau film, sorte de polar psychologique avec un Edouard Baer bien plus sombre qu’à l’accoutumée, état pour nous l’occasion de rencontrer un réalisateur éclectique et motivé, qui nous revient donc aujourd’hui avec un nouveau long métrage, une nouvelle ambiance à la fois très différents, mais également poussée par la peinture de personnages forts, fouillés, et mus par une écriture dense. Au départ imaginée par le scénariste de bande dessinée
Fabien Velhmann (Le géant Pétrifié de Spirou et Fantasio avec
Yoann (
Toto L’Ornithorynque et
la Voleuse du père Fauteuil) ou encore
Seuls avec le
Bruno Gazzotti de
Soda),
Un Monde à Nous était initialement supervisée par Alain Chabat (qui lui aussi rêvait de faire de la BD et signa d’ailleurs le tome 3 des aventures de
Ranx Xerox avec
Liberatore), qui se tourna alors vers Fréderic Balekdjian pour la réalisation : « ils aimaient bien mon premier film et les idées que j’avais pour celui-ci leurs plaisaient, donc… ». Une nouvelle aventure était donc lancée, d’autant que Frédéric Balekdjian était également un temps un passionné par le neuvième art puisqu’il faisait à une époque de fréquentes descentes du coté d’Album dans le 5ème arrondissement de Paris.

Cependant, bien que l’idée de départ ne soit pas de lui, le scénariste et réalisateur y voit le potentiel et l’occasion d’y insérer des préoccupations plus personnelles: "Au départ, le scénario était plus simple. Il y avait des méchants qui arrivaient à la fin, le père se bastonnait et il retrouvait son fils a la fin. Moi ce qui m’intéressait c’était cette ambigüité. Cette incertitude tout du long. On ne savait pas de quel coté ça allait pencher. D’ailleurs, on n’a pas vraiment besoin d’avoir tant d’éléments pour savoir d’où venait la menace et ce n’était pas l’ambition du film. J’avais plus l’envie d’explorer le rapport père/fils. Ce que ça peut avoir de compliqué, de trouble. Et d’aller vers quelque chose d’un peu plus barré». Une idée de la psychologie, sorte de huis clos mental que l’on retrouvait déjà dans son premier long métrage. «
Les Mauvais Joueurs dépeignait un univers beaucoup plus réaliste, avec d’autres éléments. On avait bien sur des bagarres et des poursuites, un côté film de rue, mais on retrouvait cette idée de film mental, qui se passe quasiment dans la tête d’un personnage, ce même parcours d’un adulte qui devenait un père par procuration d’un gamin orphelin, et était au final sauvé par l’énergie du gamin".