Devant la succession de superhéroïnes et surtout la puissance cinématographique de
Kill Bill, on croit les femmes bien installées dans le paysage du cinéma d'action américain. Mais il ne faut jamais croire que tout est acquis, comme le prouve aussitôt l'infâme
Catwoman, objet non identifié réalisé par Pitof (Vidocq). Annoncé depuis des années suite au succès de Catwoman dans
Batman Le Défi le projet se voit constamment repoussé et ne débarque finalement sur les écrans que douze ans plus tard. Et c'est le drame ! Chaque plan semble conçu pour ridiculiser la superhéroïne, interprétée ici par une Halle Berry tout sauf convaincue. Il faut dire que cette absurde bouillie visuelle et sonore tourne autour des méfaits d'une crème de beauté, comme si les scénaristes avaient voulu ramener Catwoman aux enjeux les plus superficiels possibles. Jeunesse et beauté sont d'ailleurs les principales préoccupations de l'adversaire pathétique interprétée par Sharon Stone. Autre insulte au concept de la superhéroïne : le personnage interprété par Jessica Alba dans
Les Quatre Fantastiques (Tim Story). Si l'héroïne de
Dark Angel s'acquitte de sa tâche du mieux qu'elle peut, la malheureuse qu'elle incarne se voit réduite à jouer la femelle – Docteur en Génétique, tout de même – que se disputent les mâles du film.
Halle Berry dans CATWOMANHeureusement, le parcours des héroïnes d'action et des superhéroïnes ne s'arrête pas là et l'année 2006 s'avère particulièrement riche en événements. C'est la sulfureuse Aeon Flux qui ouvre le bal, et si le film
Aeon Flux de Karyn Kusama se fait méchamment démolir par la critique en général, il n'en est pas moins fort divertissant à suivre. On lui reprochera néanmoins d'avoir écarté le côté déviant du dessin-animé de Peter Chung. Trop sérieuse dans le film, le personnage d'Aeon perd de sa saveur malgré le charisme et la grâce de Charlize Theron. Le cinéma américain n'est peut-être pas encore prêt à accepter une telle héroïne.
UNDERWORLD : EVOLUTIONLe 8 mars sort enfin
Underworld : Evolution, second opus d'
Underworld. Le film débute là où s'arrêtait le précédent et on retrouve l'héroïne Selene, son amoureux Michael, ainsi que quelques-uns des personnages secondaires qui ont marqué le volet précédent. Le film bénéficie bien entendu d'un budget plus important qu'il emploie à élargir son univers visuel et à faire exploser l'action – un peu trop parfois. Que l'on préfère le premier ou le second, il est évident que Kate Beckinsale a bel et bien entrée dans la peau de son personnage et n'a plus besoin de prendre des poses. Entre Selene et Michael, qui mènent une vie romantique de couple pourchassé, les rôles sont plus que jamais inversés par rapport aux traditions du genre et le jeune homme apparaît plus en retrait. Ainsi, lorsque Selene part en vadrouille, Michael doit rester à la maison, ce qu'il ne pige visiblement pas du premier coup – comme c'était souvent le cas des partenaires féminines des héros – d'où quelques déboires qui auraient pu être évités en début de film. Certains seront déçus par le look moins urbain et moins gothique du film par rapport au précédent.
Underworld : Evolution développe en revanche davantage l'histoire de Selene et la Vampire se montre plus "humaine" que dans le premier opus, sans pour autant baisser d'un ton dans les scènes d'action. Si l'ensemble est inégal,
Underworld : Evolution s'achève par une belle fin qui laisse présager d'un troisième volet, créant habilement l'attente auprès de ceux qui apprécient les personnages.
ULTRAVIOLETD'autres productions sont attendues prochainement, à commencer par
Ultraviolet de Kurt Wimmer, à qui l'on doit l'excellent
Equilibrium. Enfin, une adaptation cinématographique de
Wonderwoman par Joss Whedon est prévue en 2007 – la boucle sera alors bouclée.
Le succès actuel des héroïnes d'action et des superhéroïnes pourrait laisser penser qu'il s'agit d'une tendance passagère. Mais l'histoire des femmes dans le cinéma d'action avait commencé il y a bien longtemps. Elle s'est forgée à petits pas sur le long terme, lentement mais sûrement, ce qui tend à prouver que leur récente arrivée en force dans le paysage cinématographique ne relève pas d'une simple mode mais annonce un changement définitif. Il reste à affiner certains concepts de personnages, notamment les superhéroïnes de
comic-book, et surtout à laisser ces personnages féminins prendre leur envol et se détacher progressivement de tout formatage, comme ce fut le cas de l'héroïne de
Kill Bill. Il n'y aura pas de raison, alors, qu'elles ne soient pas acceptées le plus naturellement du monde dans quelques années.