Par Vijay Ravindirin - publié le 14 avril 2006 à 09h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h52 - 0 commentaire(s)
*Les mise en abîmes de certains récits (la lettre en prison amorce un flash-back, le carnet de Delia fait de même, ainsi que le souvenir d’enfance d’Evey) à l’intérieur d’une grande histoire permettent souvent à Moore d’adopter une multitude de points de vue et de rendre l’histoire globale plus « vivante » en liant les divers personnages et intrigues. Cet aspect organique de l’univers permet au scénariste d’avoir souvent des moments d’introspection spectaculaire (des personnages se découvrent, renaissent, d’autres sont conscients de la toile du destin qui les emprisonne,…).
Le film a gardé ces divers points de vue et cette qualité organique. Une séquence particulière vient à l’esprit : Finch a une vision étrange, où V déclenche une réaction en chaîne d’événements, qui résultera éventuellement en catastrophe. La scène est un montage très rapide, qui reprend les événements survenus depuis le début du film et présente pendant de très courts instants des événements à venir.
Dans la BD, plusieurs scènes courtes concernant divers personnages secondaires se terminent par un plan, montrant la main de V placer un domino sur le sol. Voir les personnages chercher des réponses, courir, planifier des attaques, pendant que V prépare sa réaction en chaîne de dominos, rend le mythe de V grandiose et opératique. Cette séquence atteint son apothéose lorsque l’un des personnages comprend comment V a mis en œuvre certaines de ses opérations.
Ces deux versions sont aussi intéressantes l’une que l’autre. Chacune rend visuellement la notion de manipulation des événements par V.



*La redécouverte de soi, la renaissance d’Evey, après son emprisonnement, est un moment-clé de la BD. Nue sous la pluie, la jeune fille est enfin « libérée ». Dans le film, nous noterons que sa renaissance, cette fois-ci vêtue, est mise en parallèle avec la naissance de V. L’élément eau, associé à Evey, contraste avec l’élément feu lié à la renaissance de V. Le film rend ces associations de manière explicite, tandis que la BD choisit de ne pas faire un rapprochement direct.

*Ecarté dans la version cinématographique, Finch bénéficie aussi, à l’origine, d’une étonnante scène de « vérité ». Pour comprendre le fonctionnement d’un esprit aussi dérangé et torturé que V, Finch décide de prendre du LSD et visite les ruines de Larkhill. Assailli d’hallucinations cauchemardesques, il revit une partie de l’emprisonnement de V. Enlevant ses habits et se levant de la terre et des ruines de Larkhill, Finch ressort, changé et comprend V…



V… pour Verdict

La force du film vient du respect du matériau original, auquel les créateurs sont restés (la plupart du temps) fidèles et leur sincérité est évidente. Malgré ce qu’on aurait pu penser après le déshéritement du film par Alan Moore, les frères Wachowski ont écrit un très bon scénario qui a su exploiter les meilleurs moments clés de la BD tout en éliminant certains personnages secondaires, en simplifiant certaines des sous-intrigues complexes (sacrifiant malheureusement un grand nombre de scènes chocs) et en rajoutant quelques éléments intéressants. Laissant de côté l’action et les effets visuels gratuits post-Matrix, McTeigue concentre le film sur V, personnage tourmenté mais profondément humain qui arbore plus de similitudes avec le fantôme de l’opéra de Gaston Leroux qu’au anti-héros fou et mythique d’Alan Moore. Brillamment exploitée, l’histoire d’amour discrète entre V et Evey (ajoutée dans le film) donne une dimension tragique et poétique bienvenue. Bien que n’étant pas à la hauteur du comics, ce thriller politique et poétique reste un très beau moment de cinéma en même temps que la plus fidèle adaptation d’une BD d’Alan Moore pour l’instant...
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