Trois films qui redéfinissent le monde :
Les nains aussi ont commencé petits, de Werner Herzog;
J'irai comme un cheval fou, de Fernando Arrabal; et
The Baby of Macon, de Peter Greenaway.
LES NAINS AUSSI ONT COMMENCE PETITS, de Werner Herzog.
Réalisé en 1970, Les nains aussi ont commencé petits rappelle que, contrairement à ce que laisse sous-entendre le documentaire Ennemies Intimes (disponible en DVD chez Potemkine), Werner Herzog n’était pas rien sans Klaus Kinski. Avec ce film, il inaugurait une série de films où s'exprime une inédite "poésie du sous-homme", alternant avec quelques portraits d'aventuriers utopiques et mégalomanes comme Aguirre le conquistador espagnol ou Fitzcarraldo le compositeur fou. L'action se déroule dans une maison de redressement où les pensionnaires nains se révoltent. Le directeur se barricade dans son bureau et tente de calmer ceux qui saccagent le lieu. Conscients que la haine et la violence gouvernent le monde, les rebelles multiplient les incendies, les meurtres d'animaux, les beuveries.Vous aimerez "Les nains aussi ont commencé petits" si vous aimez... Gummo (Harmony Korine)
Einsvierzig (Ulrich Seidl)
What is it? (Crispin Glover)
Ce film en noir et blanc reste une référence majeure pour des artistes aussi différents que Ulrich Seidl, Jan Svankmajer, Crispin Glover ou même le duo Kervern & Delepine. Les raisons sont indépendantes: Seidl a certainement été sensible à la frontière ténue entre la réalité et la fiction (voir Dog Days), Crispin Glover à la manière de filmer la monstruosité humaine à la fois physique et morale (What is it?) et Kervern & Delepine à la dimension sociale sur l'écrin surréaliste (Avida). Ceux qui connaissent le travail de Herzog ne seront pas surpris du résultat "autre". Dans Stroszek, on voyait des poules, des lapins et des canards dans des cages vitrées qui animaient un étrange théâtre de l’absurde. Dans Fitzcarraldo, un cheval buvait du champagne et un capitaine de bateau à vapeur identifiait l'embranchement d'une rivière en goûtant l'eau. Cette fois-ci, les personnages sont tous des nains et ils sont au centre d'une violente allégorie sur la dialectique du maître et de l'esclave.
En regardant Les nains aussi ont commencé petits, on peut penser à un versant sombre de Freaks, de Tod Browning, d'autant que la fable ne prêche pas la tolérance. Elle se déroule dans un no man’s land sinistré où l'individu se noie dans une collectivité bruyante et aveugle. Le fait que ce soit des nains ajoute une dimension politiquement incorrecte et effroyablement insolite jusque dans la violence des actes (ils font tourner une voiture en cercle, crucifient un singe, ridiculisent un chameau). Comme plus tard chez Iosseliani, les animaux ont une valeur symbolique. La plupart du temps, ils justifient les derniers plans des films d’Herzog (Aguirre, la colère de dieu) comme s'ils étaient les derniers vestiges du monde. Insolent, Herzog fit scandale en son temps: la censure allemande a mis un an avant d'autoriser la distribution du film. Auparavant, le cinéaste a dû louer des salles de cinéma pour le montrer au public. Cela ne l'a pas empêché de recevoir des menaces de mort, ni même de créer des malentendus. C'est de l'abstrait avec tous les risques que cela comporte. Des réalisateurs disciples et cultistes comme Harmony Korine (Gummo) ont été tenté de l'imiter. Ils n'ont pas réussi à faire aussi âpre et viscéral.
Trois bonnes raisons de le voir L'audace de Herzog, envers et contre tous
La voiture qui tourne en cercle jusqu'à l'épuisement Une référence pour ceux qui aiment la frontière ténue entre documentaire et fiction.