Par Romain Le Vern - publié le 16 octobre 2009 à 00h00 , MAJ le 16 octobre 2009 à 18h44 - 0 commentaire(s)
PIG, de Rozz Williams & Nico B.
Coréalisé en 1998 par Rozz Williams, chanteur du groupe gothique Christian Death et figure éminente du death rock, et son collègue Hollandais Nico Bruinsima, Pig est une œuvre énigmatique qui se revendique dans le sillage de Un chien andalou de Luis Buñuel et de Right Side of My Brain, de Richard Kern. Réfugié dans le désert, un tueur en série trucide un innocent pendant 20 minutes, en live. Il faut le voir pour le croire.
S’ils s’autorisent quelques digressions surréalistes (le style est très travaillé comme le témoignent certaines envolées oniriques et fantasmagoriques où le tueur et la victime sont tous deux pansées), Rozz Williams et Nico B. plongent dans l’esprit d’un tueur en série (Rozz Williams lui-même mais on ne verra pas son visage) torturant de façon méthodique en suivant les pratiques indiquées par un livre Why God permits Evil? et filment l’agonie d’un corps mutilé (seringue dans l’urètre, tétons percés, sexe attaché, scarifications en tous genres…). L’action se déroule dans le désert de La Vallée de la mort, loin de toute civilisation, comme un retour au primitivisme, à l’esprit minéral des survival des années 70 et à l’ésotérisme des premiers David Lynch (l’influence de Eraserhead dans l’image et le son). Les scènes de torture sont émaillées par les extraits d’un testament écrit par Rozz Williams dans lequel on peut voir des croix gammées ainsi que des photos d’Hitler et de Charles Manson (le bourreau écrit "Pig" sur le corps de sa proie). Tout ce que l’on entendra, ce sera une bande-son dark noise / ambiant très travaillée proche de ce que l’artiste faisait avec Premature Ejaculation. Aussi discutables soient-elles, ces images ont le mérite de faire froid dans le dos. Beaucoup apparentent Pig à un snuff movie, d’autant que Rozz Williams s’est suicidé quelques mois après la réalisation de ce projet. En réalité, c’est plus complexe : le spectateur devient le témoin passif d’un exercice d’exorcisme où l’artiste vomit sur pellicule les visions qui le hantent et l’empêchent d’être dans les normes. On peut voir Pig comme un premier suicide (Williams incarne le tueur en série et le corps qu’il mutile est sans doute le sien) voire un testament. C’est ce qui s’appelle le recours à la prolepse. Le corps de la victime est celui du performer James Hollan qui subit toutes les tortures mais seule sa mort est simulée. Par manque de substance, le film ne dure que 20 minutes. Au fil des années, il a écopé d’une réputation "culte underground". Pour le cinéma, l’intérêt est certain : Pig donne à voir les limites de la fiction et jusqu’où on peut aller dans la représentation de l’abjection. Si elle ne peut prétendre à faire l’unanimité, sa démarche mérite d’être considérée.