Sheitan et Saw, la violence des genresRestent à explorer un genre de violence propre à un cinéma qui n'a jamais tant fait recette : le cinéma de genre. En effet, transgressif et volontairement à la marge, le cinéma bis en se refusant mainstream et le cinéma de genre en explorant ses codes est volontiers et pudiquement « différent ». De fait, il recourt avec allégresse à tout ce que répugne à employer et montrer le cinéma traditionnel, exception faite du drame, du film noir et du polar. C'est justement dans ce dialogue avec la norme et la frontière de ce que l'on admet comme représentation que souvent le cinéma de genre au sens le plus large accouche des images de demain et travaille ces dernières dans ses antichambres que sont le gore, le film d'horreur, le survival et autres joyeusetés bis où s'étalent nanars et autres ovnis filmiques (
Requiem pour un Massacre). En clair, souvent, le cinéma confidentiel et plus souvent d'expérimentation, donc le plus souvent, le cinéma de genre avec son économie si particulière prépare ce qui nous choquera ou nous exaltera demain et par voie de conséquence, ce que sera sur nos écrans, la violence et ce qu'elle représentera.
Ici, il est commun d'amalgamer cinéma confidentiel et cinéma de genre même si dernièrement,
Saw et
Sheitan nous ont montré avec des fortunes diverses que le genre pouvait exister au-delà du public des seuls spécialistes et générer des retombées plus que rémunératrices. Avec ce versant anglosaxon et l'un de ses pendants à la Française, on se retrouve face à une violence codifiée, résultante d'une tradition et destinée à un public pour sa majorité, ultra-informé des spécificités et références du genre. De fait, la violence qui y est dispensée et bien spécifique et c'est par cette dimension particulière et décomplexée qu'elle va notamment éberluer le curieux de passage, tout autant qu'elle irriguera un cinéma plus normatif par ailleurs. D'
I am a Legend à
28 semaines plus Tard en passant par les remakes Américains des films Japonais d'angoisse que sont
Ring ou
Water, on sent bien que l'influence commune est notable et que le public évolue avec cela. Et la violence qu'on lui montre va de paire jusqu'à devoir aller toujours plus loin pour étonner ou impressionner. Au risque de décevoir l'amateur de sensations toujours plus fortes, qui se sera remis des dinosaures, du King Kong revival et du retour de l'armée des morts.
Ainsi, la violence quelque soit l'angle par lequel on décide de l'étudier nous offre des abîmes de complexité et s'avère toute aussi porteuse si ce n'est plus que n'importe quel autre thème cinématographique. En effet, à l'aune du cinéma des trente dernières années, la violence ne se sera jamais autant imposée, qu'elle frappe par le biais de l'épouvante, du fracas policier ou qu'elle emploie comme chez les meilleurs, des voies jusqu'alors inexplorées. Tous, nous nous rappelons des premiers visionnages du torturant
Orange Mécanique de Stanley Kubrick ou de son apeurant
Shining; de même, est-il difficile d'oublier le terrorisant
Funny Games d'Hanecke, sa
Pianiste obscure ou son dernier film
Caché, là où le fait de trancher une carotide ne peut qu'impressionner. Et que dire de la trilogie de la vengeance chère à Park Chan Wok, des excentricités de Miike, des spectres de Kiyoshi Kurosawa ou encore des excès de sadisme des Tarantino et Rodriguez réunis (
Une nuit en enfer,
Reservoir Dogs,
Pulp Fiction et
Desperado) ou des films de Chang Che.
En somme, penser la violence au cinéma, c'est autant penser l'Histoire du Cinéma que regarder par le médium, la société et plus sûrement l'homme en face. Et donc, c'est également concevoir toute l'étendue des possibilités que nous offrent les cinéastes par l'intelligence et la complexité des représentations qu'ils créent. De fait, réfléchir à la manière au cinéma dont s'exprime la violence, c'est penser l'impact du médium, sa faculté ou non à nous changer et à penser le monde qu'il représente. En cela donc, le plus propre des drames, le moindre coup de poing, le plus petit des impacts et le plus grand des carnages n'ont rien d'anodin. Et c'est justement en pensant cela que l'on peut affirmer que contrairement à ce que l'on croit, tout cela n'est tout simplement pas que du « cinéma ».