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Vision de l'humoriste au cinéma [page 1]

Par Gilles Botineau - publié le 28 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 28 octobre 2009 à 10h53 - 0 commentaire(s)
A l'heure où de nombreux humoristes passent allègrement de la scène au grand écran, le Septième Art n'a eu de cesse d'étudier ce personnage clownesque, et ce, sous différentes approches. Généralement entourés de mystères, ces hommes et ces femmes dont le métier est de monter sur scène (ou tout simplement à la télévision) pour tenter de divertir les masses implique non seulement le respect, mais aussi le questionnement. Que se cache-t-il derrière ? Quelles sont leurs motivations ? D'où provient cette incroyable énergie qui les anime ? A l'occasion de la sortie en salles cette semaine du nouveau long-métrage écrit et réalisé par Judd Appatow, Funny People, où une star de comédies décide de faire une dernière tournée de stand-up et donc, ses adieux au public, revenons sur les quelques représentations de ces êtres mystérieux proposées jusqu'ici par le cinéma.



DU RIRE AUX LARMES

Aujourd'hui, le thème du « clown triste » peut paraître quelque peu éculé aux yeux de certains. Valérie Lemercier elle-même ne croit pas en cette idée. Il s'agit pourtant d'une réalité irréfutable. On a tous à l'esprit l'image de Louis de Funès ou bien encore de Peter Sellers, deux génies de l'humour néanmoins porteurs d'une souffrance morale hélas incurable. Un fait d'autant plus terrible qu'il s'agit là d'une des principales sources d'où est issue la force de leur talent. A croire qu'il faut être malheureux pour devenir un génie... Peu de gens en tiennent compte. Les intellectuels et les journalistes n'y voient souvent que de simples pitres. L'âme de ces artistes est cependant bien plus riche et profonde encore que quiconque en ce monde. Le réalisateur Claude Zidi, grand spécialiste de la comédie en France, et de ce fait, directement concerné par le sujet, décida, au milieu des années 80, d'évoquer ce phénomène à travers l'une de ses plus grandes réussites, Les rois du gag. Dans ce film, Michel Serrault interprète Gaëtan, un humoriste proche de Benny Hill, travaillant pour la télévision et faisant brusquement appel à deux jeunes auteurs de théâtre, dans le but de renouveler son répertoire. Mais souffrant du rejet de sa propre femme, il accepte d'interpréter le rôle principal d'un film prétentieux, sorte de masturbation intellectuelle entre Jean-Luc Godard et Orson Welles, au point de laisser tomber sa carrière de comique. Pour ce faire, il ose même prendre la parole en direct à la télévision au milieu d'un sketch afin de s'adresser à son public.
« Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, cela fait des années qu'on rigole bien ensemble, mais les meilleures choses ont une fin. Rire, il n'y a pas que ça dans la vie. Je suis peut-être à un tournant, peut-être même est-ce le dernier virage, mais je n'ai plus envie de faire rire. Pour moi, fini les grimaces et les pouêts-pouêts ».



Cette séquence se révèle extraordinaire et joue sur deux tableaux. Le texte est certes assez négatif mais le jeu de Michel Serrault, tout en émotion, contrebalance l'ensemble et montre à quel point le personnage aime son métier d'« amuseur public ». Contraint de l'abandonner pour retrouver l'amour de sa femme, il démontre ainsi l'étendue de sa sensibilité et de sa générosité propres aux vrais artistes. Ces derniers ont besoin d'amour, d'un regard et d'un soutien. C'est ce qui les anime. S'ils le perdent, à quoi bon continuer. Certains en font abstraction. Mais pour d'autres, cela se révèle mission impossible. Gaëtan semble alors faire partie de ceux-ci. Mais lorsqu'à la fin du film, son épouse choisit tout de même de le quitter, le comédien, enfin libéré, retourne à sa véritable passion, l'humour. L'occasion pour lui de continuer à distraire les autres, mais aussi à se distraire lui-même, lui faisant oublier ses propres malheurs. Ainsi, alors qu'il menace de se suicider, ses anciens complices, Jugnot et Lhermitte, commencent à lui raconter un sketch. D'abord impassible, Gaëtan finit par s'imaginer l'interpréter, et le goût de la vie revient à lui. Claude Zidi rend au final un brillant hommage à ces artistes, mais aussi à lui-même, ces gens-là dont le métier est de nous amuser pour oublier nos soucis, tout en occultant les leurs. Le rire efface les larmes, mais les larmes n'effaceront jamais le rire.

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