Par Nicolas Houguet - publié le 07 juillet 2008 à 05h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 16h07 - 0 commentaire(s)
Alors certes, on revoit Will Smith dans des blockbusters. I, Robot est une adaptation bancale et décevante de l'oeuvre d'Asimov. Les effets spéciaux -excellents, surtout dans l'expression du robot Sonny- ne sont pas en cause. La carence vient plutôt du manque d'épaisseur du personnage principal. Ce héros d'action musclé se sent obligé d'envoyer une réplique ironique toutes les dix secondes (pas mal de vannes foireuses en vérité) qui désamorcent systématiquement l'enjeu dramatique du film pour le faire correspondre à un pop-corn movie. Pourtant quelque chose de l'ambition initiale subsiste. Cela donne à cette grosse production un caractère un peu plus profond et métaphysique qu'à l'accoutumée (comme c'est également le cas de The Island de Michael Bay qui oscille entre lourdeur et profondeur).



C'est dans A la recherche du bonheur que l'on retrouve cette humanité touchante, cette gravité, cette pudeur que Will Smith sait exprimer de fort belle manière. Il y incarne un père désargenté qui veut oeuvrer pour s'élever dans la vie et offrir une existence décente à son enfant. On est dans le mythe américain typique, celui du self-made man, à grands coups de « ne lâche jamais tes rêves, tu finiras par y arriver » (ce qui est en soit un assez bon conseil mais surtout un beau lieu commun). Ce conte à la gloire de l'idéal capitaliste touche pourtant au coeur grâce à Will Smith qui porte véritablement le film. Il donne à cet homme une grande fébrilité et l'anime d'une inquiétude permanente. Dans l'affection profonde qu'il éprouve pour son fils, il puise sa motivation. Le petit garçon est celui qui l'empêche de sombrer. Le fait qu'il s'agisse du vrai rejeton de l'acteur ajoute une dimension à son jeu, il a les gestes, la voix et les mots d'un père. Et c'est là qu'il transcende son personnage. Le coeur du film n'est plus la réussite exemplaire de cet homme (tirée d'une histoire vraie), mais son amour pour son fils.

C'est cette humanité -ou ce qu'il en reste-, qui est le sujet de Je suis une légende, adaptation lointaine d'un roman de science fiction majeur de Richard Matheson. De grandes libertés ont été prises avec le livre (ce qui en fit hurler plus d'un): L'époque n'est pas la même, l'action est transplantée à New York, les monstres ne sont plus des vampires...le huis clos littéraire est beaucoup plus âpre et moins numériquement correct. Mais le film demeure pourtant assez réussi, de son ouverture dans la métropole désertée et reconquise par la vie sauvage, à ces scènes de tension très efficaces lorsque Will Smith se confronte à l'obscurité où se terrent les humains contaminés par le virus, devenus des zombies carnassiers. Le héros, immunisé contre le mal et accompagné de son chien veut trouver un vaccin. Il mène une vie étrange, arpentant les rues désolées au volant de sa voiture, en quête de gibier, de nourriture. Will Smith fait preuve d'une belle densité que ça soit dans sa crise de fureur lorsqu'il découvre que l'un des mannequins qu'il fréquentait quotidiennement a changé de place, dans la tristesse de sa solitude, dans son égarement, dans le manque de sociabilité qu'il a lorsqu'au bout de trois ans il rencontre enfin des âmes qui vivent. Les effets spéciaux sont parfois approximatifs, en particulier le lion du début (image de synthèse dont on voit l'aspect factice). L'image est plus lisse qu'on aurait pu le souhaiter. Mais Will Smith porte le film avec un charisme certain et compose l'un de ses plus beaux rôles. Il est seul à l'écran pendant un long moment, avec peu de répliques, il mène pourtant les scènes avec autorité et maitrise.



On a pu voir des gens dubitatifs lorsque Will Smith fut honoré d'un César d'honneur en 2005. Parce qu'il est encore associé à son image d'acteur des blockbusters, au rappeur à succès qu'il fut dans sa jeunesse, enchainant les tubes. Mais il a indubitablement gagné en épaisseur et apparaît à présent dans des films, certes grand public (ce qui est loin d'être déshonorant), dans des rôles de plus en plus intéressants et contrastés. Il a développé son talent sous nos yeux, avec un grand engagement et une belle intégrité. Son parcours est exemplaire. C'est pourquoi on découvrira Hancock avec une grande curiosité car il y compose une figure d' « anti super-héros », alcoolique et cynique. Ce qui est inattendu et assez salutaire. On reverra surtout avec plaisir cet acteur qui peu à peu, a pris de l'étoffe et de l'envergure.
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