Par David A. - publié le 12 septembre 2008 à 08h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 18h18 - 0 commentaire(s)
La même année que la récompense de au Festival de Berlin en 1997 pour son film Hana-bi, Wong Kar-Wai éclate aux yeux des festivaliers de la croisette pour Happy together, film qui lui vaut le prix du meilleur réalisateur marquant ainsi le grand renouveau du cinéma asiatique d’auteur, un renouveau dont la profession observait déjà les prémisses avec les films de son confrère Hou Hsiao Hsien. Pourtant Wong Kar-Wai commence sa carrière au début des années quatre-vingt, une carrière entamée en suivant un cours de production à la télévision hong-kongaise, la TVB. Un an et demi plus tard il devient scénariste free-lance pour le cinéma où il enchaîne les films de genre, les films de kung-fu comme les soft-porn mais surtout les comédies romantiques (Once upon a rainbow, Just for fun, Silent Romance ou encore Goodbye my love, ces trois derniers films étant réalisés par Frankie Chan). A cette période Wong Kar-Wai avait formé sa propre compagnie avec son mentor Wong Ping-yan, Always Good, compagnie qui sous-traitait pour des studios prestigieux tels que Golden Harvest ou Cinema City. Une grande majorité des scénarios écrits ne sont signés Barry Wong, le nom anglais de Wong Ping-yan mais au bout de quelques années Wong Kar-Wai prend confiance et travaille directement avec les cinéastes. En 1987 il signe notamment le polar romantique The final victory de Patrick Tam, ce dernier étant considéré par Wong Kar-Wai comme l’un des cinéastes les plus talentueux de la nouvelle vague hong-kongaise de cette époque. L’année suivante, porté par la confiance de son producteur Alan Tang, ancien acteur des années soixante, il réalise son premier long-métrage, As tears go by (Wong gok ka moon), avec Andy Lau et Maggie Cheung, deux jeunes premiers dont les carrières, malgré la trentaine de films pour Andy Lau et les rôles de potiches de Maggie Cheung, n’avaient pas encore véritablement décollé.



Le film s’inspire de Mean Streets pour sa trame narrative mais emprunte quelques figures de style du cinéma romantique de John Woo, tel Le syndicat du crime réalisé deux ans plus tôt et qui avait pulvérisé les scores d’entrées au box-office local entamant dans l’industrie cinématographique toute une resucée de films du même genre. Pourtant As tears go by échappe à ces remontrances en situant le cadre de son histoire dans un univers plus réaliste, celui des petits voyous des rues qui courent constamment après l’argent et les menues escroqueries sans pour autant satisfaire leur désir de puissance. Des loosers qui se veulent à la hauteur des malfrats qu’ils admirent, c'est-à-dire les malfrats de cinéma, mais qui se frottent à la dure réalité du terrain. Même la séquence finale où le personnage principal du film préfère se sacrifier en tuant des policiers pour venger son frère d’arme tué dans la cour d’un commissariat, semble absurde au regard de l’option que la vie lui offrait, celle de vivre tranquillement avec une jeune femme loin du chaos de la ville. Un romantisme distillé par petites doses sans jamais tomber dans des séquences lyriques et chevaleresques d’un John Woo. As tears go by ne fait pas un carton à Hong-Kong mais il connu un triomphe en Corée et à Taiwan, deux marchés essentiels pour l’industrie cinématographique hong-kongaise. De même les neuf nominations au Festival de l’ancienne colonie anglaise pour ce film valent à Wong Kar-Wai un ticket d’entrée pour la réalisation de son second long-métrage, Nos années sauvages (A fei zheng chuan) en 1990.



Si pour son premier long-métrage Wong Kar-Wai témoigne déjà d’une volonté de s’écarter de la norme par certaines séquences plus axées sur les personnages eux-mêmes que sur l’action proprement dite, il ne réussi véritablement à installer sa vision propre de la mis en scène que sur Nos années sauvages. Son désir de filmer au plus près les corps féminins et d’exploiter les espaces intérieurs exiguës au maximum éclate dans cette histoire d’un jeune bourgeois excédé par la vie désirant connaître l’identité de sa véritable mère. L’intégralité du film flotte dans une instabilité constante, une instabilité tout autant identitaire que sentimentale, le héros séduisant les femmes les unes après les autres sans vouloir se fixer. Dans ce film également se joue déjà la contradiction entre les espaces de vie (chambre, cuisine, couloir, etc.) et les espaces de passage (rue, train, le décor de la ville). Un film concentré sur la performance des interprètes, leurs regards, leurs respirations, leurs gestuelles. Retrouvant ces précédents acteurs Andy Lau et Maggie Cheung, Leslie Cheung et Carina Lau se joignent au duo pour former un quatuor au diapason. La sensibilité et la fragilité des personnages irradient l’écran et ces faiblesses, traitées sur le mode de la subtilité, en sont d’autant plus touchantes que le flux du temps semblent les emportées jusqu’au plan ultime du film.


Vos réactions


logAudience