Belle gueule de canaille que celle de Woody Harrelson, de retour à l'affiche de Bienvenue à Zombieland (sortie le 25 novembre). Chacun se souvient de ses sulfureuses compositions dans Tueurs-nés d'Oliver Stone. Il a également prêté ses traits au scandaleux Larry Flynt. Mais il est aussi d'oeuvres exploitant un peu moins cet aspect extravagant (The Hi lo Country). Sa carrière se poursuit, un peu moins en avant, mais toujours auprès des plus grands (Spike Lee, Robert Altman pour son dernier film, les Frères Coen). Portrait d'un acteur résolument inclassable.
L'ascendance de Harrelson est détonante. Né en juillet 1961 au Texas, son père fut condamné pour meurtres et mêlé à de sombres histoires. Le garçon a donc été élevé par sa mère. Sa jeunesse est marquée par sa ferveur religieuse et ses participations nombreuses aux pièces scolaires. Woody étudie la littérature anglaise et les arts dramatiques à l'université. Le jeune homme mène également une vie assez turbulente, faite de soirées arrosées et de bagarres auxquelles il s'adonne avec ardeur. Ce côté mauvais garçon illuminera ses grands rôles.

De petits boulots en auditions infructueuses, l'aspirant acteur attend son heure à New York. Il décroche ses premiers rôles à Broadway mais sa chance viendra véritablement de la télévision dans la série Cheers. Dans la peau d'un sympathique simplet, il s'attire les faveurs du public pendant huit ans, recevant un Emmy Award en 1989. Il s'est fait une place singulière et peut s'aventurer sur le grand écran d'abord dans des seconds rôles ou des films à petit budget. C'est véritablement en 1992 qu'il se révèle, opposé à Michael J. Fox dans la comédie romantique Doc Hollywood. La même année, il est l'un des héros de Les Blancs ne savent pas sauter de Ron Shelton, associé à Wesley Snipes, voulant se faire une place sur les terrains de basket de Los Angeles. Il est ensuite l'infortuné époux de Demi Moore, à laquelle le milliardaire Robert Redford fait sa Proposition indécente.
A ce moment Harrelson est une valeur montante. Après Deux cow-boys à New York, comédie mineure où il ne force pas sa nature, il crève l'écran dans Tueurs-nés d'Oliver Stone en 1994. Formant un couple sauvage avec Juliette Lewis dans une sorte de Roméo et Juliette sous acide, avec des héros dont la folie est contée comme une ballade sauvage détraquée par les codes de la télévision. Woody étincelle de charisme et de folie furieuse, tel un incontrôlable fauve dont le chaos intérieur trouve son écho dans la forme même du film. Sa performance participe à la cohésion ce tourbillon virtuose et criard d'images et de plans outranciers.
Après l'accueil pour le moins houleux réservé au film de Stone (reposant l'éternelle question toujours aussi bête de la violence au cinéma), Woody retrouve Wesley Snipes dans Money Train, film sans beaucoup d'imagination où ils tentent d'empêcher un braquage dans le métro. Il rencontre Michael Cimino pour The Sunchaser en 1996. Il tourne également pour les frères Farrelly dans Kingpin.


