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Yogi l'ours - Quand le cartoon devient live : l'ère du solide

Par Benjamin MURIOT - publié le 09 février 2011 à 08h00 ,
MAJ le 09 février 2011 à 09h08 - 0 commentaire(s)

Nous y avons tous pensé au moins une fois. Tous, nous nous sommes déjà demandés à quoi ressembleraient nos séries animées favorites si elles venaient à être adaptées en films live, pour en arriver bien souvent à la même pessimiste conclusion : "impossible". Puis le temps a passé, les effets spéciaux ont évolué et le marché s'est développé, faisant qu'il n'y a désormais plus grand chose nous apparaissant comme inadaptable. Tandis alors que Yogi l'ours sort sur nos écrans, nouvelle preuve que nous manquions décidément de clairvoyance dans nos jeunes années, nous vous proposons de revenir sur l'évolution esthétique et technique de ce genre où - nous l'avons bien compris - absolument rien n'est impossible. Car après tout, telle est la définition même d'un cartoon.
 

Yogi l'ours de Eric Brevig

 

Plus concret qu'il n'y paraît

Durant des décennies, tout s'opposait pourtant à ce que les toons s'aventurent dans le cinéma en prises de vues réelles. Nous ne parlons pas de rencontres entre humains et personnages animés, organisées depuis les premiers pas du cinématographe, mais bien du portage de cartoons en films live, une approche dépassant de très loin le batifolage de Mary Poppins avec ses pingouins danseurs. Si la chose tardait donc à se produire c'est qu'en plus de considérations techniques difficilement surmontables pour l'époque, beaucoup considéraient les dessins animés comme uniquement réservés aux enfants. Un marché des plus réduits en comparaison des investissements à produire.

Ce n'est alors pas par hasard que l'un des premiers à s'y frotter pour de bon fut le courageux Popeye, au tout début des années 80 : avec sa cinquantaine d'années de carrière et une popularité peu ébranlée, il était l'un des personnages les plus à-même de fédérer les spectateurs avec sa nouvelle incarnation. Autre avantage et non des moindres, le cartoon des frères Fleischer (comme souvent plus populaire que le comic strip original) ne comportait quasiment que des protagonistes humains, évoluant dans un décor à peu près réaliste. Pour faire un long-métrage live, ça facilite considérablement les choses. En théorie tout du moins.


Image Popeye de Robert Altman

 

Parce que même en se débarrassant de Eugène (le curieux animal de compagnie du marin, trop compliqué à créer) et en dénichant des acteurs correspondant aux personnages (Shelley Duvall avoua par exemple porter le surnom de Olive Oyl à l'école), réaliser un cartoon de chair et de sang allait réclamer encore quelques efforts. Connu surtout pour le mépris que lui voue son interprète principal, le Popeye de Robert Altman est aussi resté dans la légende pour l'impressionnante logistique qu'il réclama avec la construction d'un décor pharaonique sur l'île de Malte, complété par une digue pour prévenir le plateau de toute inondation. Le fruit d'un labeur de sept mois que les touristes peuvent aujourd'hui encore visiter, preuve qu'on ne passe pas du cartoon au live en s'épargnant le solide, le concret. Et pour ça, en ces temps limités aux effets physiques, il faut investir (il n'y a guère qu'un Denis la malice pour s'en tirer à moindre frais sur ce point).

Ce n'est pas l'aventure ciné de Musclor qui dira le contraire, Les Maîtres de l'univers ayant tout de même contribué - avec ses dépassements de budget et un box office pas spécialement tonitruant - à couler la compagnie Cannon. Pourtant, le réalisateur Gary Goddard et les autres décideurs avaient sérieusement taillé dans le vif afin d'économiser : prévu au départ pour se dérouler entièrement dans le royaume magique de Eternia, le long-métrage déplace en fin de compte pour beaucoup son action dans une ville de Californie, supprime un grand nombre de personnages secondaires, en modifie quelques autres...


Image Les Maîtres de l'univers de Gary Goddard

 

Le producteur Edward R. Pressman avait beau arguer qu'il s'agissait plus d'une adaptation de la ligne de jouets Mattel que de la série animée, difficile de trouver une quelconque fidélité au matériau d'origine dans cette version. Et ça n'aurait été rien en comparaison du deuxième volet que devait mettre en images Albert Pyun (Cyborg), où Musclor aurait joué les stars de football américain tandis que Skeletor se serait fait passer pour un industriel... C'est le genre de désagrément qui se produit parfois quand, voulant inviter les toons dans la "réalité", on laisse l'humain trop prendre le pas sur le dessiné.
 

Le facteur humain

Il peut en effet être tentant, dans un soucis budgétaire et pratique, "d'humaniser" un cartoon au maximum pour simplifier le travail d'adaptation. Transposer l'action dans une banale ville américaine est une façon de faire. Plus sournoisement, on peut également donner une plus grande importance aux personnages humains, quitte à en inventer de nouveaux sans aucun rapport avec la source d'inspiration... et à la trahir par le fait. Parce ce que ce sera plus facile ainsi. Parce que, sait-on jamais, les spectateurs pourraient être effrayés par un film où leurs congénères ne sont pas au premier plan. Avec entre autre sa Courteney Cox teenager, Les Maîtres de l'univers est de ceux qui se fourvoient en cédant à l'humanisation à outrance, rejoint par plusieurs autres métrages depuis tel un Boris et Natasha qui adaptait The Rocky and Bullwinkle Show en reléguant au caméo son héroïque duo animalier (il faudra attendre la version de Des McAnuff en 2000 pour rattraper le coup). Mais alors, puisqu'on ne peut pas s'en passer dans un film live, comment faire pour que les humains s'intègrent idéalement à une telle hybridation ?


Image Boris et Natasha de Charles Martin Smith

 

Il n'y a pas mille réponses : il faut prendre le problème en sens inverse et s'assurer que les humains deviennent des toons. Pas tous, le contrepoint étant un ressort comique indispensable, mais au moins les personnages principaux. Et quand ils sont directement tirés du dessin animé, il ne faut pas hésiter à en mettre une sacrée couche en commençant par recréer au mieux leur apparence.

Dans Popeye, déjà, le fan du marin mangeur d'épinards ne pouvait ainsi que reconnaître son héros chez un Robin Williams grimé juste ce qu'il faut, même dans les scènes où les prothèses de ses avant-bras surdimensionnés n'étaient pas prêtes et qu'il le cache avec un manteau à manches longues. Dans des proportions toujours plus épiques, il faut également citer le cas du Grinch de Ron Howard où à un Jim Carrey poilu et vert s'ajoutent des dizaines de figurants eux aussi lourdement maquillés, tout ça pour rendre honneur à la version animée de Chuck Jones (préférée ici au livre original du Dr Seuss).

Cependant l'habit ne fait pas le moine et sous les artifices modifiant son apparence, c'est surtout à l'acteur que revient le devoir de se "toonifier". Dans les deux exemples cités plus haut nous avons évoqué Robin Williams ou Jim Carrey et ce n'était pas sans raison : tous deux peuvent véritablement être considérés comme des "toons humains", des acteurs dont le registre et les prouesses physiques sont en droite lignée de Bugs Bunny et consorts.


Image George de la jungle de Sam Weisman

 

Seule sa performance comptant dans le cas présent, le comédien est même capable d'effectuer la transformation sans l'aide d'aucun maquillage, à l'image de Brendan Fraser dans George de la jungle et Dudley Do-Right ou bien de Leslie Nielsen dans Mr Magoo. Il suffit pour cela de payer de sa personne, retrouver la folie dont avaient fait leur les rois du slapstick. Parce qu'en dépit de leur exubérance caractéristique, il ne faut pas oublier quelle est la première source d'inspiration des toons : nous. C'est dire si nous sommes bien placés pour les singer !


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