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Zombie comedy : origines de la contamination [page 1]

Par PitouWH - publié le 23 novembre 2009 à 06h19 ,
MAJ le 24 novembre 2009 à 12h54 - 0 commentaire(s)

Mis au second rang des créatures fantastiques pendant des années, les zombies ont fait un retour en force dans les salles obscures en ce début de 21ème siècle grâce au 28 jours plus tard de Danny Boyle, qui sut réactualiser cette créature aussi bien dans sa forme que son fond. Et c'est toujours en Angleterre que les mangeurs de cervelle trouvèrent par la suite de la chair fraîche puisque, trois ans plus tard, sortit un Shaun of the Dead qui ne tarderait pas à lancer la mode de la "zombie comedy". Soit une brèche fleurant bon la nouveauté et par laquelle se glissèrent très rapidement de nombreux candidats, au nombre desquels nous comptons depuis peu le festif Bienvenue à Zombieland. Mais s'il est vrai que le genre n'a concrètement pris forme que très récemment il se trouve que, faire rire avec des zombies, ce n'est pas si nouveau !
 
Affiche Zombies on Broadway de Gordon Douglas


 
LES ANCETRES
 
On peut en fait remonter assez loin, avant même que Romero ne donne leurs lettres de noblesse aux morts-vivants. A une époque où les zombies hollywoodiens respectaient leur nature première, celle issue des rites vaudou pratiqués aux Caraïbes. D'ailleurs, et parce que le sens commun voulait que de telles abominations ne puissent se produire que dans ces mystérieuses îles, les ancêtres de la zombie comedy y situèrent leur action à chaque fois. Réalisé en 1941 par Jean Yarbrough (proche collaborateur des comiques Abbott et Costello), Le Roi des zombies y fait ainsi s'écraser un avion dont les trois passagers trouvent refuge dans une propriété avoisinante, tenue par un savant fou. Et comme de rigueur le savant fou expérimente, se créant cette fois une armée de zombies. Un rôle que devait tenir un spécialiste en la matière, Bela Lugosi, mais qui incomba finalement à Henry Victor. Pas grave, l'éternel Dracula de Tod Browning ne tardant pas à jouer un personnage similaire dans Zombies on Broadway, qu'emballe quatre ans plus tard le touche à tout Gordon Douglas (Des monstres attaquent la ville, F comme Flint). Mais si l'essentiel du comique était assuré dans le premier par le comédien noir Mantan Moreland, dont les rôles ultra-stéréotypés de serviteur couard rencontraient un vif succès à l'époque, le second fonctionnait plus sur une dynamique de duo rendue populaire dans la comédie fantastique par Abbott & Costello ou Bing Crosby et Bob Hope. Dans le cas présent, ce sont donc Alan Carney et Wally Brown que l'on envoyait sous la menace aux Caraïbes, partis dénicher un zombie devant être l'attraction vedette d'un cabaret appartenant à la mafia. Un de leurs plus francs succès, qui n'empêcha cependant pas ce genre de comédies de disparaître doucement et les zombies de redevenir une source de frayeurs.
 
Photo Le Retour des morts-vivants de Dan O'Bannon


 
REPONSE A ROMERO
 
D'autant que si les zombies continuent de vivoter (façon de parler) sur les écrans après cela, un certain George A. Romero change la donne quand il sort en 1968 La Nuit des morts-vivants. Une refonte complète de la mythologie zombiesque qui plonge ces créatures dans une horreur indicible, dépassant de très loin les marionnettes haïtiennes en faisant d'elles de véritables monstres cannibales. Plus que jamais effrayants, il fallut du temps avant d'oser rire à nouveau des zombies, et on ne s'étonnera donc pas que l'un des premiers à s'y essayer soit une réponse plus ou moins directe au film de Romero. Parce que s'il est bien le père du zombie moderne, son oeuvre séminale s'est néanmoins faite avec la collaboration du scénariste et romancier John Russo, qui lui en contesta la paternité. Toutefois, après une brouille comme tant d'autres, Russo obtint les droits sur tous les titres contenant la mention "Living Dead" et les fit fructifier en publiant Night of the Living Dead en 1974 puis Return of the Living Dead en 1978. Ce qui nous amène à la résurrection de la rigolade zombiesque, l'adaptation de ce second ouvrage devenant contre toutes attentes la première vraie zombie comedy vue depuis longtemps. Prévu au départ pour avoir une approche sérieuse du genre, le film devait être réalisé en 3D par Tobe Hooper qui s'en alla finalement tourner Lifeforce. Et c'est alors au scénariste de ce dernier, Dan O'Bannon (Alien, le huitième passager), que revint en 1985 le poste de réalisateur sur Le Retour des morts-vivants, non sans qu'il obtienne le droit de revoir la copie pour s'éloigner autant que possible du style Romero. Ce qui signifie plus de fesse, des zombies inspirés de l'école EC Comics -entre autres le fameux "Tarman"- et bien sûr l'arrivée d'un humour très second degré. Une recette plébiscitée par le public, récompensant le premier (et avant-dernier) effort derrière la caméra de O'Bannon, et qui ne tarda pas à se décliner en plusieurs suites. La marche des zombies rigolards pouvait commencer pour de bon.

 

Photo Braindead de Peter Jackson
 
MAUVAIS GARNEMENTS
 
Les années 80 furent ainsi particulièrement riches pour le fantastique, qui vit émerger de nulle part de jeunes prodiges parfaitement à-même de renouveler de fond en combles ce cinéma. Débarrassés des traumatismes de la décennie précédente, ces cinéphiles avertis allaient donc s'amuser avec le genre comme de mauvais garnements, cherchant à tout prix à en éclater les contours. Sam Raimi fut l'un des premiers à taper dans la fourmilière quand il réalisa en 1981 Evil Dead, mais ce n'est que plus tard que l'humour s'imposa dans son approche de l'horreur (mettons Mort sur le grill de côté), d'abord avec Evil Dead 2 (1987) et encore davantage avec sa suite, L'Armée des ténèbres (1992). Le seul de ses films pouvant vraiment prétendre à être une zombie comedy, Ash y affrontant cette fois -en plus des cadavéreux- des morts ressuscités dans une cascade ininterrompue de gags. Entretemps, et plus proche de notre thématique, le duo Stuart Gordon/Brian Yuzna lâcha en 1985 sur les écrans Re-Animator, variation gore et paillarde autour d'une nouvelle de H.P. Lovecraft. Au programme : humour noir de chez noir et quelques scènes sexy restées à jamais gravées dans les mémoires, comme cet impayable cunnilingus pratiqué par une tête coupée. Devenu réalisateur, Yuzna remettra le couvert en 1990 et 2003 avec respectivement La Fiancée de Re-Animator et Beyond Re-Animator (et son combat entre un rat et un pénis sectionné), deux autres franches parties de rigolade sanguinolente. Néanmoins, l'un des plus beaux fleurons de cette école demeure le Braindead de Peter Jackson, couronné à sa sortie en 92 comme "le film le plus gore de tous les temps". "Et à juste titre !" diront tous ceux se souvenant de son dantesque final, où le génie de Jackson éclabousse le moindre recoin de l'image. Ceci dit, tous les exemples précoces de la zombie comedy n'étaient pas non plus le fruit de cadors de la caméra et, restés plus confidentiels, il faut noter les efforts en la matière de Troma. Soit les gras et bisseux (tout ce qu'on aime !) Redneck Zombies et Chopper Chicks in Zombietown, tous deux sortis à la fin des 80's et aux titres on ne peut plus explicites. Sans oublier le micro-budget I Was a Teenage Zombie, réalisé à la même époque par un transfuge du studio de Lloyd Kaufman qui ensuite... se fit moine en signe de repentance !


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