Par Vincent Martini/Bart Malo - publié le 01 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 01 octobre 2009 à 15h46 - 0 commentaire(s)
Quatrième jour de compétition à Deauville sous un soleil éclatant, ce qui nous met du baume au coeur aux vues des films du jour pour le moins décevants. Guerre mondiale du côté black, drogues et overdoses dans un lycée huppé, et pétage de plomb à l'américaine auront été les thèmes de la journée, pour le meilleur et pour le pire. Passons en revue les temps forts de la journée dans la suite. Enjoy.

Le premier film ne vous est pas inconnu, fidèles lecteurs de DVDrama, puisqu'il s'agit de Afterschool, déjà chroniqué au dernier festival de Cannes. Pour son passage à Deauville, son réalisateur a décidé de revoir quelque peu sa copie en remontant son métrage qui perd ainsi dix minutes. Soyons francs, ce Afterschool resserré gagne en fluidité tout en conservant ces longs plans séquences au vide malaisant. L'ami Romain Le Vern vous en mitonne d'ailleurs une critique ciné dont il a le secret ici-même.
Cette première oeuvre de Antonio Campos nous aura tous les trois enthousiasmé par ses partis pris formels audacieux et l'extrême rigidité clinique de ses cadres, son rythme. Le malaise est palpable à chaque instant dans une ambiance aux limites de l'autisme. Glaçant ! Mais pour en parler, nous vous proposons l'avis de notre cher et tendre troisième homme ; homme de l'ombre qui ne s'exprime que dans les grandes occasions. Jugez vous-même.



Si vos yeux sont trop habitués a un cadre parfait, des lumières qui caressent la rétine de par leur harmonie de couleurs, la discrétion du montage et des acteurs qui transpirent l’émotion, alors ne cherchez pas l’énucléation nerveuse en regardant Afterschool de Antonio Campos.
Il faut dire qu’un coup d’œil suffit pour perdre la vue tellement la mise en scène excelle par son absence. Ce film relate la fulgurante carrière du plus mauvais réalisateur de tout les temps. Sa source d’inspiration, il la prend dans tous ce qu’Internet a de vidéos graveleuses. Sa filmographie ne se compose que d’une seul œuvre : un film scolaire. Au hasard d’un plan de couloir vide d’intérêt, l’objectif du réalisateur en herbe va croiser le reflet de la mort. Et pourtant même avec l’agonie en direct de deux jolies jeunes filles suivit d’un hommage vidéo aux défuntes comme travaux pratique vidéo, le jeune homme réussi a faire un film qui fait tourner de l’œil par sa médiocrité. Tout est à la limite du regardable, la caméra est toujours ou trop loin ou trop prêt, le cadre est en permanence bancal et semble s’obstiner à laissé au hors champ le privilège d’avoir les éléments dignes d’intérêt du plan. Le montage, le son, l’image : rien n’est épargné. Pourquoi se contenter du meilleur quand on peut faire le pire ? Ce méta film de l’extrême qui pratique ostensiblement l’automutilation est une expérience bien au delà d’une simple œuvre de fiction.


Nous sommes davantage face a une performance visuelle digne d’avoir sa place dans un musée d’art contemporain. Sauf que ce n’est pas une simple provocation arty et que le film a un fond qui va plus loin que les considérations purement esthétiques. Pour se laisser imprégner du message que veut laisser passer le film il faut prendre en compte les conseils d’un certain Pascal Laugier qui préconise d’aller par delà la souffrance pour atteindre l’illumination.
Sans pour autant dire que j’ai été transcendé j’ai trouvé, après une longue période de maturation, que la radicalité de la mise en scène était finalement on ne peut plus juste, car elle se fait le reflet parfait de la psychologie torturée du personnage central. Il faut dire que le jeune Robert est à la limite de l’autisme. Le comédien ne laisse rien transparaître mais c’est la caméra qui va rendre sa folie apparente. Les plans torturés se font l’écho de son esprit tordu. Alors pour peu qu’on mette de coté son confort visuel, on se laisse au bout du compte emporter par le malaise des images et on partage alors toute la souffrance de notre héros qui nous emmène dans les recoins les plus abyssaux de ses tourments. Ainsi, Antonio Campos réussit à nous déconnecter du réel en même temps que son personnage en s’abrogeant lui-même de tous les carcans de la mise en scène.


Votre serviteur reprend la ligne conductrice du jour après un avis original pour vous conseiller de fuir La Théorie du Chaos. Avoir un beau titre ne suffit pas, pas plus que d'avoir Emily Mortimer ou Stuart Townsend dans son cast. Le pitch ? Frank Allen, un auteur à succès, voit sa vie virer au cauchemar car sa femme a eu le malheur de modifier l'organisation calibrée de son mari.


Sur un postulat des plus sympathiques, cette production Warner s'enfonce dans la pudibonderie américaine des pires productions Miramax ! Frank Allen (Ryan Reynolds qui se démène tant bien que mal) va devoir quitter son domicile conjugale (ce qui signifie quitter Emily Mortimer -la jolie brune de Match Point) suite à une succession de quiproquos. C'est alors que cet homme, fanatique de l'ordre en utilisant des fiches pour planifier ces tâches quotidiennes, va installer le chaos dans sa vie étriquée et faire tout ce qu'il n'a jamais pu faire auparavant. Tromper sa femme avec la délicieuse Elliot de la série Scrubs (oui, elle apparaît en petite tenue dans Chaos Theory, mais ce n'est pas une raison suffisante de se déplacer !), s'acheter une Harley rouge, draguer d'autres filles ... oui mais non. Non content d'avoir un sujet très intéressant, le récit freine dès que le rythme s'emballe. Dans les faits, la comédie grinçante rentre dans le rang, la queue entre les jambes, pour arriver vers un épilogue mélo-sentimental ultra-conformiste à vomir. On se plaît alors à rêver ce qu'un Billy Wilder, un Frank Capra, aurait fait d'une matière pareille. La comédie grinçante de moeurs est définitivement un genre sous-exploité dans la production américaine actuelle. Triple-dommage pour ce Chaos Theory, mais voyez le positif, vous ne pourrez pas dire que vous ne le saviez pas en rentrant dans la salle lors de sa sortie française !



A peine remis de nos émotions chaotiques que nous devons déjà nous préparer pour la séance de Miracle à Santa Anna, le dernier Spike Lee. Ses films sont toujours des évènements car il est l'un des cinéastes du « système hollywoodien » à pouvoir exprimer son point de vue personnel au sein de productions calibrées généralement intégralement verrouillées. Il sait en outre jongler d'un film intimiste à un film de commande avec une maîtrise souvent étonnante. Cette projection fut l'occasion de voir du beau monde dans la salle avec la présence du cinéaste Charles Burnett (rétrospective à Deauville cette année), sans oublier Sami Naceri et Anthony Delon.

Comme tout cinéaste, Spike Lee n'est pas à l'abri de ratages. Vous vous souvenez du mauvais She Hate Me ? Et bien ça vous donnera une idée du plantage Miracle à Santa Anna. Soit une fable boursouflée aux lourdes métaphores appuyées par un score mélodramatique hollywoodien exaspérant.


Rappelons tout de même le synopsis. En Toscane, 1944, un bataillon constitué de soldats afro-américains, les « Buffalo Soldiers », lance une attaque contre l'envahisseur allemand. Malheureusement, manquant d'appuis conséquents, ils sont bientôt abandonnés par leurs officiers blancs. Quatre membres de l'unité survivent et se réfugient dans les montagnes, où ils rencontreront un jeune garçon traumatisé par un drame survenu dans le village voisin de Santa Anna.
Plusieurs problèmes nuisent à la qualité de l'ensemble à commencer par une accumulation de poncifs (caractérisation des quatre soldats noirs, les officiers blancs, la famille italienne ...), une durée languissante symptomatique d'une histoire qui s'étire encore et encore (2h40), des choix de tons qui accrochent notre perception (la violence des scènes de bataille opposée à la naïveté juvénile de certains soldats), des personnages à l'interprétation trop faible (Renata incarnée par la sublime Valentina Cervi mais au jeu d'acteur trop juste) ; vous comprendrez à la lueur de ces quelques remarques pourquoi nous avons unanimement rejeté le dernier Spike Lee (étant fair-play, nous vous invitons aussi à lire la critique ciné de notre cher Nicolas Lemâle afin d'avoir d'autres impressions sur le film). Ajoutons que les effets dramatiques sont fortement accentués, l'innocence du jeune garçon atteint des sommets mielleux dont nous sommes très peu friands, on a beau examiner le film sous plusieurs coutures, et hormis la jolie photographie de Matthew Libatique (déjà à l'oeuvre sur Inside Man), on a bien du mal à sauver d'autres facettes du métrage.

Et voici une nouvelle journée qui s'achève sur Deauville, on se donne rendez-vous demain avec de nouvelles découvertes, de nouvelles joies, et on espère, le moins de déceptions possibles ... A suivre
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