En compétition officielle avec son nouveau long-métrage (
Fish Tank), Andrea Arnold a été remarquée à Cannes avec
Red Road, coup d'essai très stimulant. Il faut le découvrir pour appréhender cette cinéaste à l'univers farouche et singulier.
Dans
Red Road comme dans
Fish Tank, l'anglaise Andrea Arnold pose la question ténébreuse du désir féminin dans un écrin sombre, camaïeu et déshumanisé où une femme vit sa vie à travers celle des autres (dans
Red Road, elle est opératrice dans une société de vidéosurveillance ; dans
Fish Tank, elle rêve de devenir une des danseuses de hip-hop qu'elle voit à la télévision).
Red Road fut une révélation. Alors qu’elle emprunte le chemin du thriller (une femme cherche visiblement des noises à un homme), la réalisatrice s’intéresse à un autre sujet : l’ambivalence des désirs chez une femme (elle se sent irrésistiblement attirée par sa virilité). Le film adopte le point de vue de son héroïne brisée et ausculte ses tourments les plus secrets. Plus qu’un hommage aux films de Jane Campion, dont Andrea Arnold est sensiblement une disciple pour ne pas dire une émule,
Red Road lorgne vers Antonioni, ne serait-ce que dans le postulat de base (le rapport trouble aux images, le voyeurisme, les ravages de l’imagination).
On pense notamment à
Identification d’une femme, dont la morale reste que l’homme et la femme ne se comprennent pas et n’arrivent pas à communiquer leurs désirs réciproques, mais surtout au
Désert rouge, qui plonge dans les dysfonctionnements d’un couple en crise : une femme (sublime Monica Vitti), mariée à un industriel et mère d'un petit garçon, est sujette à de fréquentes crises d'angoisse. Elle erre dans la triste banlieue industrielle de Ravenne tout en essayant de donner sens au monde qui l'entoure. Elle recherche le réconfort auprès d’un ami de son mari venu recruter de la main d'oeuvre pour fonder une usine en Patagonie. Mais celui-ci se révèlera également incapable de la comprendre et elle retournera à ses interrogations sans réponse. Accessoirement, on retrouve ici toutes les obsessions souterraines du cinéaste italien, alors au sommet de son art : l’incapacité de communiquer ce que l’on pense ou ce que l’on ressent, le malaise indicible, le sens de la vie, le mystère du désir féminin, le néant existentiel, la poisse affective, la misère sexuelle. Les références de Arnold sont plus humbles : Ken Loach et Mike Leigh, désormais héritiers d'un style hérité du Free Cinema britannique des années 1960. Dans
Fish Tank, elle confirme tous les espoirs placés en elle. Bonne nouvelle, elle est au festival de Cannes en compétition, et on ne serait pas surpris que le jury pense à elle lors des délibérations.