Par La Rédaction - publié le 31 octobre 2001 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 16h42 - 1 commentaire(s)
Actuellement à l'affiche de son premier long-métrage Grégoire Moulin Contre l'Humanité, l'acteur-réalisateur-scénariste Artus De Penguern prend de force le haut de l'affiche après deux décennies à jouer les seconds couteaux (de Frantic à Amélie Poulain). Une expérience qu'il compte bien renouveller avec son prochain film La Polyclinique de L'amour qui s'inspirera de son remarqué et remarquable court-métrage du même nom...

DVDRAMA : Vous avez eu du mal à réunir les fonds pour le film...

Artus De Penguern : Le problème, c'était moins le financement proprement dit que l'écriture du film, qui s'est étalée sur 3 ans. Il y a eu 27 moutures du scénario. J'ai fait ça un peu comme les Monthy Python qui écrivaient un long métrage sur plusieurs années. Le projet était réactivé régulièrement. Une autre difficulté est venue de mon producteur précédent avec qui je suis très, très fâché. En gros, il a fallu que je lui rachète mon scénario 400 000 francs, alors qu'il l'avait acquis nettement moins cher, pour pouvoir ensuite le remettre en chantier. Mais dès que j'ai rencontré mon producteur, le film s'est fait très vite. Nous nous entendons très bien, il est probable qu'on travaille ensemble encore quelques années.

DVDRAMA : Est-ce que vous avez le sentiment que votre notoriété d'acteur vous a aidé pour monter le film ?

Artus De Penguern : Pas du tout. J'ai toujours tenu des seconds rôles. Si vous n'êtes pas parmi les 2 têtes d'affiches, personne ne vous recontacte, pour un rôle ou autre chose. Amélie Poulain, par exemple, n'a pas du tout changé ma vie. Si vous prenez un acteur très talentueux comme françois Berléand, ce n'est que cette année qu'il tient un premier rôle (dans La Fille de son Père, NDLR), alors qu'il a près de 20 ans de carrière et pas mal de très bon,s films derrière lui. J'ai du tout baser sur mes courts-métrages qui remportent souvent un franc succès quand ils sont projetés en salle. C'est en voyant l'enthousiasme des gens dans une salle de province qu'on a compris qu'un long métrage était envisageable.


DVDRAMA : Pourtant, vous avez tenu des rôles très marquants, notamment dans Des Nouvelles du Bon Dieu et Une Affaire de Goût.

Artus De Penguern : Pour Des Nouvelles du Bon Dieu, j'ai aidé Didier Le Pêcheur à l'écriture, donc c'est un peu normal que je me sois taillé un rôle sur mesure. A l'origine, le ton du film était plus noir, un peu trop pessimiste à mon goût. J'ai ressenti le besoin d'y injecter de la comédie, et je me suis notamment façonné ce personnage de flic, mi-triste, mi-drôle. Mais ça restait un second plan. Vous savez, j'aurais nettement préféré jouer le personnage campé par Christian Charmetan. Pour Une Affaire de Goût, je me suis un peu éloigné du registre humoristique, ce qui n'est pas pour me déplaire non plus. Je me suis particulièrement bien entendu avec Bernard Rapp qui m'avait apprécié dans Belle-Maman. C'est quelqu'un qui sait très bien diriger les acteurs.

DVDRAMA : Cela veut-il dire que vous réalisez des films pour tenir enfin le premier rôle ?

Artus De Penguern : J'aime réaliser des films, c'est ma passion, même si j'adore aussi jouer. Pour l'instant, je fais des comédies, peut-être que plus tard j'aborderai des thèmes graves, mais ce n'est pas à l'ordre du jour. Il se trouve que je ne peut pas m'imaginer tourner un film sans jouer dedans, ça ne m'amuserais pas du tout. Alors c'est une façon de mettre en valeur ce personnage lunaire que j'incarne depuis longtemps. Il y a forcément aussi une question d'ego.

DVDRAMA : Diriez-vous que Grégoire Moulin est une compilation des gags et scènes de vos courts-métrages, ou autre chose ?

Artus De Penguern : Non, ce n'est pas une compilation. L'esprit général est le même, c'est un peu méchant, burlesque, mais tout s'articule autour d'un concept bien particulier, consciemment repris de After Hours de Martin Scorsese : un type à qui il arrive tous les emmerdes possibles en un temps limité.


DVDRAMA : Vous pensez que les gens vont se reconnaitre dans le personnage de Grégoire Moulin ?

Artus De Penguern : Absolument. Je pense que tout le monde, à un moment donné, quand la journée était vraiment catastrophique, s'est dit "tout le monde est contre moi, ils m'en veulent tous, c'est un complot !". Bien sûr, le trait est appuyé dans le film, mais ce n'est qu'une exagération de situations que tout le monde a vécu.

DVDRAMA : Et les fans de foot ne risquent pas de vous en vouloir ?

Artus De Penguern : Non, pas du tout. Le film a été projeté à des supporters de foot et ils étaient morts de rire, ils l'ont très bien pris. Les gens sont plus ou moins conscients , malgré leur amour du foot, que tout ça est un peu ridicule, ou en tous cas peut être caricaturé sans être insultant. D'ailleurs, l'image que je donne du foot, de son espèce de dictature sur les masses, est inspirée d'anecdotes réelles. C'est un ami qui m'a raconté avoir dis à son bureau que ce sport ne l'intéressait. Et on l'a dévisagé, on lui a même demandé s'il n'était pas pédé. Le foot, comme rempart entre tout le monde et le héros solitaire, est peut-être ce qu'il y a de plus universel. Si c'était l'histoire d'un type qui ne s'intéresse pas à la politique le soir des élections, la portée serait moindre. Il ya beaucoup de gens que ça ne touche pas, et il ya aussi beaucoup de camps en politique, beaucoup de partis. Alors qu'en foot, il ya deux camps. Si vous n'êtes ni pour l'un ni pour l'autre, vous êtes contre tout le monde. Bien sûr, il ya beaucoup de gens qui ne s'y intéressent pas, mais il faut voir l'hystérie que c'était le soir de la Coupe du Monde. Les rues étaient désertes. Personnellement, je n'ai jamais réussi à m'y intéresser. Quand j'étais môme, des copains m'ont invité, et on s'est retrouvé devant la télé. Moi, je croyaius qu'on allait voir Au Nom de la Loi, un truc comme ça, et on met du foot ! Au bout d'un quart d'heure, je me suis barré !


DVDRAMA : Vous donnez des parisiens une image pas très flatteuse.

Artus De Penguern : Le but, c'atait avant tout de montrer la solitude des grandes villes, une certaine monstruosité, ce n'est pas spécialement dirigé contre les parisiens, même si, il faut le savoir, Paris est régulièrement élue par les Provinciaux et les touristes comme la capitale la plus antipathique du monde, où les gens sont les moins acceuillants. Je n'ai d'ailleurs pas cherché à filmer Paris comme une ville touristique, en cadrant la Tour Eiffel ou des trucs comme ça. Par son immensité, son rythme, ses habitants, elles n'est que la représentation de toutes les capitales du monde. Le but était de rendre le film accessible à tout le monde. Un type qui a vécu à Rome, à Tokyo ou n'importe où ailleurs devrait pouvoir comprendre les épreuves que traverse le héros.

DVDRAMA : Une fois de plus, après La Polyclinique de l'Amour, vous tournez en ridicule le romantisme à l'eau de Rose.

Artus De Penguern : Oui. A ceci près que je déteste les sitcoms hospitaliers, c'est vraiment de la guimauve insupportable, alors que j'admire profondément Flaubert. Mais c'est vrai que parodier ce genre de situation me plait assez. Je compte d'ailleurs y revenir puisque mon prochain long métrage sera ... La Polyclinique de L'Amour-Le Film !

DVDRAMA : Ce sera à nouveau très premier degré ?

Artus De Penguern : Pas tant que ça. Ca n'aurais pas d'intérêt si j'étalais sur 1h30 les mièvreries de ce genre de programme. Je ne peut pas me passer de vrais personnages, il faut avant tout qu'il y ait une certaine authenticité. Je prendrais don cun peu de recul avec le sujet, je pense. Mais il est probable que le film ne se fera pas avant longtemps. J'écris toujours très lentement.


DVDRAMA : On retrouve dans Grégoire Moulin vos acteurs habituels, comme Pascale Arbillot.

Artus De Penguern : Je ne peux pas me passer des acteurs qui me suivent depuis des années. Et puis, ce serait vraiment vache de les remplacer alors que je commence dans le long-métrage. Je pense qu'il faut rester fidèle aux gens avec qui le travail se fait sans problème, qui comprennent vos idées et vous apportent quelque chose. La plupart des acteurs de Grégoire Moulin, comme Serge Riaboukine ou François Berland, font de véritables compositions. J'adore les acteurs, et il est temps de donner leurs chances à de nouvelles têtes, des gueules qui nous changent un peu des stars à la Bruce Willis qui monopolisent tous les rôles. C'est aussi valable pour moi que pour eux.

DVDRAMA : Vous avez toujours un certain goût pour la violence. Le film se clôt sur un carnage...

Artus De Penguern : Oui, mais ce n'est pas brutal. Il n'ya pas de sang. Comme je le disais, j'aime exagérer pour mieux souligner la situation du personnage. Ca se termine violemement, mais tout ça n'est pas sérieux. Mais je pense aussi que la violence est en chacun de nous. Si on donnait une arme à tout le monde, ce serait une hécatombe.

DVDRAMA : Et la chèvre qui se fait shooter par le train ?

Artus De Penguern : Elle n'est pas heurtée pas le train, c'est le souffle qui l'arrache, en fait... Ben, on reste dans le domaine de l'allégorique. C'est l'irruption sauvage de la technologie, de la société conformiste qui débarque et qui fauche tout sur son passage. C'est le foot, c'est l'uniformisation. Si vous n'êtes pas dans le système, vous êtes écrasé.


DVDRAMA : Quelles sont vos références revendiquées?

Artus De Penguern : Il y en a énormément... Tous les grands comiques anglais, les Monthy Python évidemment, et certains cinéastes géniaux comme les frères Cohen dont Arizona Junior m'a beaucoup inspiré pour Grégoire Moulin. Le plan final, qui renvoie à O'Brother, est en fait une coïncidence. J'avais imaginé ce plan il ya des années, et voilà que je découvre au cinéma qu'ils l'ont fait. Merde ! Et puis je me suis dit, après tout, c'est eux qui ont copié, j'y avais pensé avant, alors je l'ai fait quand même. La même chose est arrivée à Alain Chabat qui s'est fait griller une idée par Woody allen !

DVDRAMA : Grégoire Moulin tombe amoureux d'un femme qui lui ressemble en tous points. Timide comme lui... N'est-ce pas un peu conformiste, genre ''qui se ressemble s'assemble'' ?

Artus De Penguern : Oui et non. Au fond, c'est un peu cliché, mais c'est vrai. On ne peut pas bien s'entendre avec quelqu'un pour qui on a aucune affinité.

DVDRAMA : D'où viens le nom de Grégoire Moulin ? Une référence à Don Quichotte, il lutte seul contre tous ?

Artus De Penguern : Non, en fait je voulais un nom très commun, qui fasse français moyen, mais avec un prénom un peu inhabituel, la touche de personnalité qui survit dans l'uniformisation ambiante.

DVDRAMA : Vous sortez le même jour que A.I. de Steven Spielberg . Inquiet ?

Pas vraiment, on ne concours pas dans la même catégorie. Cette semaine , nous sommes la seule comédie à sortir avec Reines d'un Jour, qui n'est pas du tout dans le même registre. Par contre, la semaine prochaine, contre Wasabi, ça aurait été beaucoup plus dur. Mais on va les niquer !

Entretien réalisé par Frédéric Ambroisine et Denis Brusseaux
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