Par Gwenael Tison - publié le 29 janvier 2009 à 08h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 21h44 - 0 commentaire(s)
Réalisé en 1993, The Untold Story fait partie de ces rares films hongkongais classés dans la célèbre Catégorie III a se démarquer nettement de ses petits frères de l'extrême. Son géniteur n'est autre que Herman Yau, qui cristallisera quelques années plus tard en 1996 un sommet de répugnance glauque et de mauvais goût avec Ebola Syndrome. Tous deux mettent en scène l'impressionnant Anthony Wong adepte dans un premier temps des rôles excessifs. Il n'est pas étonnant que sa tétanisante interprétation de cuisinier psychopathe dans The Untold Story lui valut le prix du meilleur acteur au Hong Kong Film Awards.

Titre international : The Untold Story
Titre Original : Baat Sin Faan Dim Ji Yan Yuk Cha Shiu Baau
Date de réalisation : 1993
Durée : 95 mn
Réalisateur : Herman Yau
Acteurs : Anthony Wong, Danny Lee, Emily Kwan, Parkman Wong, Julie Lee

Au cœur de l'industrie hongkongaise, The Untold Story voit le jour sous la bannière triangulaire frappée du chiffre romain III qui catégorisait les bobines "pour adultes" en marge des productions habituelles. D'innombrables films virent le jour, convoquant le plus souvent une surenchère d'images extrêmes afin d'aguicher nos plus bas instincts. Une compétition hors norme, dans laquelle les réalisateurs cherchèrent à mettre en scène le film le plus abominable possible. Hélas, le plus souvent, les films accusaient d'une piètre qualité artistique, plombée par des acteurs calamiteux, des effets spéciaux ratés et une intrigue minimaliste et ridicule. Heureusement, une poignée de films se démarquèrent indéniablement, surtout par la qualité de l'horreur graphique qui les animait. Le réalisateur hétéroclite Herman Yau fait partie de ceux à avoir offert certains des meilleurs longs métrages et paradoxalement des plus insoutenables que la catégorie III a enfantés.

Glauque à souhait, l'histoire de The Untold Story relate un fait divers réel qui s'est déroulé en 1978. Wong Chi Hang fuit la police de Hongkong qui le recherche pour meurtre. Il finit par se réfugier à Macao où il prend l'identité d'un paisible restaurateur. Mais sous cette apparente reconversion se cache une réalité des plus sordides lorsque l'on découvre sur la plage des restes humains. L'inspecteur Lee et son équipe de joyeux drilles vont alors mener l'enquête. Rapidement, les soupçons se portent sur notre sympathique Wong Chi Hang dont le nombre d'employés ne cesse mystérieusement de diminuer. Le succès de ses petites brioches fourrées n'y est pas étranger. La farce qui compose ces petites douceurs dont raffole sa clientèle est réalisée avec un mélange de viande spéciale dont seul Wong Chi Hang a le secret. Personne ne se doute alors de la provenance de ce qu'il mange.

Le réalisateur Herman Yau nous dévoile les secrets funestes de fabrication de ces petites douceurs dont la répugnance et le réalisme marquent les esprits même de nos jours. Notre apprenti cuisinier Wong Chi Hang regorge d'inventivité dans la manière d'assassiner ses victimes et celle de leur cuisiner. Les meurtres sont très graphiques mettant à contribution de nombreux ustensiles de cuisine qui trouvent une fonction mortifère assez réjouissante pour les amateurs en mal de sensations fortes.
Là où d'autres réalisateurs se seraient amplement contentés d'un postulat de départ comme celui-ci, à la moitié de son récit Herman Yau fait basculer sa trame narrative dans le film de prison. Alors qu'il tentait de fuir Macao, notre cuistot psychopathe se fait finalement prendre. L'univers carcéral devient un véritable purgatoire pour Wong Chi Hang : envers ses semblables il n'est plus un dangereux prédateur, mais une pathétique victime. Ses codétenus s'en donnent à cœur joie, surtout le frère du restaurateur des "Huit Immortels" assassiné dont Wong Chi Hang a usurpé l'identité. Ce retournement de situation nous dévoile les travers d'une humanité carcérale peu reluisante où seule règne la loi du plus fort, enclin à une violence de tous les instants, de jours comme de nuit. Refusant d'avouer ses crimes, Wong Chi Hang subit des tortures répugnantes et humiliantes à souhait, prenants à partie le spectateur. En dehors de toute morale, le sort de notre pauvre psychopathe ne nous est plus aussi indifférent. Pourtant, au lieu de fléchir en avouant ses crimes, Wong Chi Hang reste impassible : la froideur et le mépris qu'il exprime envers ses tortionnaires glacent littéralement le sang.

Catégorie III oblige, Herman Yau ne s'arrête évidemment pas là. Pour une montée crescendo dans l'horreur, le réalisateur fait à nouveau basculer son récit dans le dernier tiers du film : Wong Chi Hang sait qu'il risque de mourir s'il reste plus longtemps en prison. Alors, il décide un matin de se cisailler les veines, puis, tout en regardant droit dans les yeux son tortionnaire, il s'arrache les veines à pleines dents. Direction l'hôpital, mais pour un bref moment, les policiers profitant de l'occasion pour user de drogues afin qu'il avoue enfin ses crimes. L'apothéose atteint son sommet avec un final ultra-gore où l'homme passe aux aveux : sous forme d'un flashback insoutenable on assiste au massacre de la famille de Cheng Lan du restaurant des "Huit Immortels" : le père et la mère, les cinq jeunes enfants, sans oublier la grand-mère, tous sont massacrés à coup de hachoir de boucher ou de tesson de bouteille. L'interprétation hallucinée et hallucinante d'Anthony Wong fulmine dans l'abjecte, tant la barbarie et la froideur nous transissent d'effroi. Le réalisateur Herman Yau accule la capacité du spectateur à endurer pareille horreur, dont l'impact nauséeux imprègne la rétine sur le long terme. Une séquence si marquante qu'elle trouvera une superbe relecture dans Ebola Syndrome, le cynisme en plus. The Untold Story reste une expérience extrême destinée à tous les curieux avides de sensations fortes.
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