Près de quinze ans après
Boxing Helena, Jennifer Lynch repasse derrière la caméra et réalise un thriller original, barré et plutôt inquiétant. Il faut néanmoins avouer que l’on en attendait un peu plus de la part de la fille du cinéaste le plus atypique de ces vingt derrières années... Là où son père avec
Lost Highway, livrait une réflexion passionnante sur l’image, le voyeurisme et la schizophrénie, Jennifer Lynch se contente de faire un pur divertissement bien ficelé sans grandes ambitions. Malgré ce petit bémol, le film reste parfaitement maitrisé de bout en bout et accroche le spectateur pendant près d’une heure quarante, c’est déjà pas mal…
Surveillance Un film de Jennifer Chambers Lynch
Avec Bill Pullman, Pell James, Julia Ormond
Durée: 1h38
Date de sortie : ProchainementDeux agents du FBI arrivent dans une petite ville perdue pour enquêter sur une série de meurtres. Ils retrouvent sur place trois témoins : un policier à la gâchette facile, une junkie complètement déconnectée et une petite fille de huit ans encore sous le choc.
Au cours des interrogatoires, les agents découvrent rapidement que les témoins donnent chacun une version différente des faits, dissimulant manifestement une partie de la vérité.
Thriller construit dans la tradition de
Rashomon d’Akira Kurosawa,
Surveillance raconte l’histoire de trois personnes ayant vécu un traumatisme commun et subissant un interrogatoire. Chacun de ces êtres, pensant à se sauver lui-même avant tout, se perdent dans de profonds puits de mensonges qui vont peu à peu se retourner contre eux. La première partie du film, sorte de huit clos étouffant, parvient à rapidement capter notre intérêt et titiller notre curiosité… Grâce à deux excellents personnages joués par Bill Pullman et Julia Ormond, les deux agents du FBI chargés de l’affaire, l’interrogatoire du film prend une direction déroutante et inhabituelle assez originale et efficace. En tentant de comprendre l’ensemble de la situation en morcelant le tout, ils vont alors interroger tous les suspects afin de comprendre ce qu’il s’est réellement passé. Pullman, observateur averti, scrute les interrogatoires depuis une salle dotée d’écrans de contrôles et tel un être omnipotent, surveille le bon déroulement de ces séances. Figure divine, ayant main basse sur les trois individus, il est au courant de tout et rien ne semble lui échapper.

Pendant près d’une heure, le film reconstitue ingénieusement le puzzle lié à la fameuse scène du meurtre. Si l’on sent par moments les premiers signes de quelques ambitions de mise en scène afin de créer une véritable atmosphère et une tension quasi palpable, Jennifer Lynch ne parvient pas toujours à ses fins et il faut se contenter de quelques balbutiements empêchant parfois le film de réellement décoller. Notons néanmoins une certaine maîtrise du cadre (n’est pas fille de… pour rien) quelque peu entachée par un manque cruel de fantaisie visuelle. La froideur glaçante du récit ne parvient donc pas toujours à nous faire dresser les poils. Nous avons ici affaire à de la simple illustration à l’instar des séquences consacrées à un couple rock’n’roll sniffant de la coke et buvant de la bière où la réalisatrice surexpose son image.
La vraie force du film provient d’avantage de son scénario (bien qu’un peu prévisible) mais surtout de sa construction. Ne faisons pas la fine bouche, le genre du polar américain ne nous avait pas servi une histoire aussi sympathique et sinueuse depuis un bon bout de temps. Ainsi, Jennifer Lynch arrive à capter l’attention grâce à des personnages complexes, souvent détestables parfois admirables et ce qu’il y a de certain c’est qu’ils ne laissent pas le spectateur de marbre. On assiste alors à un véritable spectacle de divertissement, aussi effrayant que ludique durant lequel la cinéaste joue avec nos émotions et nos attentes. Si l’on démarre avec une scène franchement flippante mise en scène avec beaucoup de retenue par le biais d’une suggestion inquiétante, le film prend par la suite une tournure plus grand guignolesque où les membres se font déchiquetés et les têtes explosées. Du fun selon les dires de la réalisatrice.

Surveillance est donc un thriller très sympathique, divertissant, judicieusement construit et surtout extrêmement bien joué. Bill Pullman est impressionnant et trouve ici l’un de ses meilleurs rôles depuis
Lost Highway, son personnage de Sam Hallaway pouvant presque être un frère caché de Fred Madison. On regrettera cependant que le film ne s’interroge pas plus sur l’idée de « surveillance », sur la perte progressive de nos libertés les plus fondamentales et sur la présence asphyxiante et croissante d’un Big Brother invisible… Si les premières minutes du métrage esquissaient cette réflexion qui aurait certainement amplifié le propos du film, l’ensemble prend une tournure plus convenue et se tourne vers le thriller percutant dans sa première partie, plus décevant dans son évolution.
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