Plus rapide que son ombre, aussi prolifique qu’un Woody Allen, James Gray revient un an après
La nuit nous appartient, déjà présenté sur la croisette, avec un drame amoureux sobrement intitulé
Two Lovers. Cette histoire de sentiments d’une simplicité apparente qui devrait surprendre les purs amateurs du cinéaste est une œuvre pure et complexe sur la difficulté d’aimer et d’être aimé. Mené avec maestria par un réalisateur en retrait et plutôt discret,
Two Lovers recèle en son cœur un individu torturé campé par un Joaquin Phoenix épatant, en première ligne pour le prix d’interprétation masculine. Surprenant, farouchement sentimental, le nouveau James Gray brouille les pistes et fascine…
TWO LOVERSUn film de James Gray
Avec Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw
Durée : 1h40
Date de sortie : 26 Novembre 2008A New York, un homme revenu vivre chez ses parents depuis quelques mois doit choisir entre deux destins. Entre épouser la femme que ses parents lui ont présenté et aller jusqu’au bout de ses sentiments pour sa nouvelle voisine dont il est tombé éperdument amoureux, cet homme complexe et terriblement malheureux décide finalement de prendre sa vie en main.Rien ne pouvait réellement nous préparer au nouveau film de James Gray. Comédie romantique ? Dramatique ? Récit sentimental plus torturé qu’il n’y paraît ? Les intentions de départ sont multiples et le résultat proprement inattendu. D’une sobriété exemplaire, touchant aux émotions les plus pures avec une douce et réconfortante délicatesse,
Two Lovers s’embarque dans une histoire sur l’amour où les personnages badinent sur un thème éculé. Et pourtant, la magie opère. Parvenant à ne jamais sombrer dans le ridicule, James Gray paraît très à l’aise pour raconter une histoire des plus banales et la rendre cruelle, émouvante, bouleversante, avec toute la pudeur que nous lui connaissons. Reprenant son thème de prédilection, celui de l’héritage familial, et ouvrant une nouvelle fenêtre plus sentimentaliste que dans ses précédents ouvrages, le cinéaste semble conclure ici ce qu’il avait commencé à esquisser dans
La nuit nous appartient. On se souvient en effet du fougueux amour entre Eva Mendes et Joaquin Phoenix qui trouve ici son écho dans la force des sentiments et leur justesse.
Si le texte paraît souvent incroyablement dépassé voire très fastidieux, la performance de Joaquin Phoenix transcende littéralement les mots et lorsque nous l’entendons dire les phrases d’amour les plus triviales, la force de son corps et l’intensité de son regard viennent donner une dimension nouvelle à un verbiage cinématographique entendu des milliers de fois. James Gray rend ici hommage aux films d’amour avec un grand A en traçant un portrait de ce sentiment si complexe. L’étudiant dans ses moindres recoins et pointant du doigt les travers de nos tristes existences en quête perpétuelle de bonheur et de tendresse, Gray fait passer ses comédiens par tous les stades et dévoile au fil des minutes une affection touchante. S’il est aussi très cruel avec son héros, il est nécessaire de voir ici une vision objective de l’amour, une œuvre qui s’attache à cerner nos actions, à comprendre l’essence de nos ardeurs qui nous poussent parfois à agir de manière égoïste et irréfléchie. Mais cet égoïsme amoureux n’est-il pas le plus beau des sentiments ?

Two Lovers est une œuvre d’1h30 qui retrace la quête du bonheur par un homme décidé à prendre en main son avenir et ses amours. Mais aveuglé par des sentiments, rongé par les non-dits et habité par une rage de vivre aussi intense que sa volonté de mourir, le personnage semble évoluer les yeux fermés et se noie dans une mer d’états d’âme qui ne peuvent, au final, l’aider à avancer. Tout simplement apprécier l’amour que vous portent les autres suffit cependant à rendre un homme heureux. Mais il faut néanmoins qu’il prenne le temps d’ouvrir les yeux et d’accepter cette affection, peu importe sa provenance… Qui sait ? A être aimé, on risque bien d’aimer à notre tour.
Kevin Dutot