Le premier long-métrage de l’espagnol Daniel Sanchez Arevalo clôt ce mois de février en toute beauté. Sur fond de bleu optimiste, Jorge, Paula, Antonio et Israel luttent contre leur destin et se délivrent d’une vie tracée qui ne leur convenait pas. Le réalisateur et les deux acteurs principaux, Marta Etura et Quim Gutierrez, se livrent avec générosité et simplicité au jeu de l’interview. Notons l’excellent niveau de Français de la belle Marta qui pratiqua avec grand plaisir la langue qu’elle avait jadis apprise…
Pouvez-vous commenter le titre du film « AzulOscuroCasiNegro » ?Daniel Sanchez Arevalo : C’est pour moi un seul et même mot, une couleur. C’est une métaphore du film, une couleur qui varie suivant la lumière. Elle peut à la fois être optimiste et plus sombre. C’est vraiment la métaphore de ce que vit Jorge, le personnage principal. Il pense en effet qu’il a une vie très obscure et au fur et à mesure, cela évolue. Il réalise que certaines personnes et certaines actions peuvent le rendre heureux. Sur l’affiche française, le mot Azul est vraiment mis en avant, et je trouve que c’est une très bonne idée d’avoir fait ça.
Vous avez réalisé beaucoup de courts-métrages. Avez-vous le sentiment que la route fut longue avant ce premier long ?Daniel Sanchez Arevalo : En termes d’années, cela représente du temps, oui. Mais cela ne m’a pas paru long. J’avais besoin de ce temps pour me sentir vraiment à l’aise dans la peau d’un réalisateur. C’est un métier qui implique beaucoup de responsabilités. Je voulais être sûr que l’aventure de mon premier film se passerait bien et je devais bien me préparer pour cela. Je savais qu’il fallait être patient et surtout très exigeant avec moi-même et je travail que je fournissais. Une fois que j’ai jugé le script prêt, j’ai attendu que toutes les conditions soient favorables avant de me lancer.
Que représente l’écriture pour vous ? Daniel Sanchez Arevalo : L’écriture est essentielle pour moi, c’est une phase primordiale à laquelle j’attache la plus grande importance. Un film est une histoire et il faut prendre le temps de bien la raconter ! Mais cela ne veut pas dire que mon script ne peut pas évoluer. Je pense qu’il faut faire confiance aux acteurs et les laisser apporter un peu d’eux-mêmes dans le personnage qu’ils incarnent. Parfois, je change certains passages, certaines caractéristiques. Par exemple l’acteur Raoul Arevalo qui joue Israel/ Sean, ressemble beaucoup à Sean Penn. C’est doncun élément dont j’ai pris compte lorsque nous avons tourné. Pour en revenir au sujet de l’écriture, je ne suis pas non plus obsessionnel et j’aimerais beaucoup réaliser le film de quelqu’un d’autre, un jour. Mais pour mon premier film, j’avais besoin de raconter des choses très personnelles.
Marta Etura, vous jouez généralement des rôles de jeunes femmes sympathiques et souriantes. Pour incarner Paula, Daniel Sanchez Arevalo vous avait demandé de ne pas trop sourire, d’être dure. Comment avez-vous travaillé ce personnage ?Marta Etura : J’ai une amie qui a passé quelque temps en prison et qui m’a donné beaucoup d’informations précieuses. J’ai aussi passé un peu de temps dans une prison et j’ai pu remarquer combien les personnes que j’ai rencontrées ne montraient pas leurs sentiments. C’est une manière de se protéger et d’éviter que les autres ne repèrent une faille et l’utilisent comme une arme pour blesser psychologiquement. Chaque détenu avait érigé un mur autour de lui et ne laissait rien passer, rien transparaître. Paula, mon personnage, a elle aussi bâti une forteresse autour d’elle. Pour se défendre, car elle vit dans un cadre très violent. Mais aussi pour se protéger car elle a été trahie par l’homme qu’elle aimait et en qui elle faisait confiance. C’est à cause de lui qu’elle a été enfermée. Elle n’a aucune envie d’être blessée une autre fois et se barricade.
Entre le cinéma, la télévision, le théâtre… votre cœur balance ?Marta Etura : J’ai fait du théâtre quand j’étais à l’école d’interprétation et j’ai tourné dans une série télévisée argentine. J’ai surtout de l’expérience au cinéma. C’est dans cet univers que je me sens donc le mieux. Mais je vais jouer dans une pièce de théâtre, qui abordera le sujet des tortures qui ont eu lieu sous la dictature argentine. Je pense que c’est très important pour un acteur d’être sur scène. L’interprétation est totalement différente. Au cinéma, il n’y a pas de véritable chronologie lorsqu’on tourne, on peut revenir en arrière et les prises durent souvent moins d’une minute, ce qui est très court. Alors qu’au théâtre, le temps est différent et on vit une expérience très éloignée du cinéma.
Quim Gutierrez, vous avez joué pour la première fois à l’âge de douze ans, dans la série télévisée catalane Poble Nou. Etait-ce un rêve de petit garçon ou plutôt une coïncidence ?Quim Gutierrez : Il est vrai que depuis tout petit, j’ai toujours aimé être en représentation, attirer l’attention. Mais c’était aussi une pure coïncidence qui m’a mené devant une caméra. Pour mon premier rôle, j’étais jeune et je n’avais pas vraiment l’impression de travailler mais plus de jouer. Cette expérience m’a vraiment fait grandir car je fréquentais des personnes plus âgées que moi. Ma popularité m’a aussi beaucoup décontenancée. Quand vous êtes adolescent et que tout le monde vous observe, c’est vraiment troublant. Lorsque la série s’est arrêtée, j’ai vécu comme un adolescent normal puis j’ai intégré une école d’art dramatique car je voulais vraiment en faire mon métier.
Qu’avez-vous ressenti la première fois que vous avez lu le script ?Quim Gutierrez : Au départ, je n’aimais pas mon personnage. Je pense que c’était parce que je projetais sur lui tout ce que je n’acceptais pas chez moi, tous les complexes, mon sentiment d’insécurité.
Daniel Sanchez Arevalo : Je pense que c’est une bonne chose si les acteurs sont très différents de leurs personnages. Cela leur permet de composer totalement.
Quim Gutierrez : Daniel Sanchez Arevalo parvient très bien à faire comprendre à l’acteur ce qu’il veut. Il savait exactement ce qu’il fallait me dire et ce qu’il devait toucher en moi pour obtenir ce à quoi il pensait.
Daniel Sanchez Arevalo, vous avez quelques points communs avec le personnage de Jorge que Quim Gutierrez interprète. Et avec Antonio ? Daniel Sanchez Arevalo : J’ai mis des parts de moi dans chacun des personnages, à la fois dans Jorge, Antonio, Paula. C’était vraiment une manière de les rendre uniques. Il ne faut pas avoir peur de se dévoiler et d’exposer ses propres malheurs.
Quels sont vos derniers coups de cœur cinématographiques ?Marta Etura : Babel
Daniel Sanchez Arevalo : Little miss sunshine
Quim Gutierrez : Babel
Propos recueillis par Lili Dujardin