Babylon A.D. nous a été projeté ce matin dans une copie définitive et c’est le visage souriant que votre serviteur est sorti de la salle. Le film à la production pour le moins compliquée (5 ans de gestation difficile) était enfin diffusé devant nos yeux impatients, et le verdict est, contre toute attente, plutôt bon. Avec cette transposition du vaste roman de Maurice G. Dantec, Mathieu Kassovitz prend le parti-pris de donner sa vision des choses avec toutes les coupes et modifications de la matière littéraire initiale, ce qui ne manquera sans doute pas d’exaspérer les fans trop extrêmes, mais il serait pourtant bien dommage de s’en tenir à ses reproches. Babylon A.D. au cinéma, c’est une expérience visuelle et auditive, et la représentation de ce monde éclaté, au bord du chaos, prend dès les premières images une troublante sensualité désespérée. Porté par un mercenaire bodybuildé qui en a trop vu (Vin Diesel, impeccable de bout en bout), les premières images suivent le quotidien d’un homme en errance, sans but, dont la vie se résume aux contrats crapuleux qu’il commet. Cet excellente entrée en matière prend le temps d’ancrer habilement l’ambigu anti-héros du film.

Sa rencontre avec Aurora (Mélanie Thierry bouleversante avec cette sensibilité à fleur de peau), un « colis » à livrer jusqu’à New-York, va troubler son existence faîte de sang, de morts, et de méfiance absolue des hommes.
La mise en scène de Mathieu Kassovitz fait preuve d’une belle efficacité tant pour filmer les décors dégradés de l’Est que dans la retranscription de la mégalopole new-yorkaise surpeuplée. Le travail photographique du fidèle Thierry Arbogast est remarquable pour capter des nuances colorées expressives sans être envahissantes durant les péripéties de Toorop et Aurora.
Dans le même ordre d’idée, la bande son joue habilement des cordes et des chœurs féminins alors que les compositions de RZA rythment judicieusement de leur présences les séquences musclées.
Le grand récit apocalyptique et fragile n’évite pas certains raccourcis scénaristiques trop évidents, une intrigue peut-être trop limitée (on en souhaiterait tellement plus !) et pourtant, il ne nous reste, en sortie de projection, que cette impression d’avoir vécu un fascinant voyage dans un film d’anticipation carré et efficace n’oubliant pas d’exhiber sa part de sensibilité trouble. Action-movie, sans doute (plusieurs séquences de combat à main nu se montrent plutôt jouissives), avec des thèmes abordés avec passion (clonage, religion, monde au bord de l’explosion …). L’expérience vaut le coup d’être tentée.
Vincent MartiniLes rumeurs n’étaient guère encourageantes, les photos et divers reportages n’étaient guère enthousiasmants, le casting peu alléchant, en dehors de Michelle Yeoh, c’est donc sans grande conviction que nous nous sommes levés ce matin pour assister à la projection du nouveau film de Mathieu Kassovitz,
Babylon A.D., et là très bonne surprise, nos préjugés se sont envolés. Le cinéaste nous projette dans une histoire qu’il maitrise parfaitement, le récit nous tient en haleine, les comédiens apportent à leur personnage une vraie sincérité par laquelle nous sommes souvent touchés, le trio formé par Michelle Yeoh, Vin Diesel et Mélanie Thierry fonctionne, la jeune comédienne française peu charismatique, qui jusqu’alors n’avait jamais réellement réussi à s’imposer, apporte au film une réelle luminosité et ne se laisse absolument pas étouffer par la présence imposante de ses ainés.

On entre dans cet univers sombre, très bien campé, ce futur dévasté par l’homme, par la guerre, un futur qui pourrait très bien être le nôtre, ce qui le rend terriblement dérangeant, on suit le cheminement de ces êtres s’aventurant vers une mystérieuse chute, un cheminement que le réalisateur met en scène avec une énergique fougue. Seules les dernières minutes déçoivent avec une conclusion hâtive et manquant de piquant, une fin qui n’est pas à la hauteur du film, dommage.
Sophie WittmerIl aura fallu plus de cinq ans à Mathieu Kassovitz pour accoucher de son adaptation tant attendue de Dantec. Le projet fleurait bon l’avorton, découpé par ci, remonté par là pour un résultat qui ne laissait rien augurer d’excellent.
C’est pourtant une bonne surprise qui vient de nous être dévoilée avec ce long-métrage d’une efficacité redoutable et bourré d’idées visuelles fascinantes. Alliant ingénieusement l’exigence d’un cinéma d’auteur à la dynamique explosive d’un blockbuster hollywoodien, Kassovitz parvient à ses fins sans soucis.
L’action se porte bien, le rythme est soutenu et le casting étonnement parfait. Evitant le contre-emploi et assumant tous ses choix artistiques et scénaristiques, le jeune cinéaste réalise un film de genre dans le sens le plus noble. Dans la veine des films d’anticipation contemporains et agrémentés d’une touche d’aventure pétaradante,
Babylon A.D. a finalement tous les atouts d’un bon et grand divertissement. On en attendait pas tant.
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