Par - publié le 16 février 2008 à 02h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h07 - 15 commentaire(s)
Bug, film monstrueux, furète dans tous les registres (comédie, horreur, mélodrame) et possède tous les éléments requis d'une expérience barrée et inestimable qui flingue les conventions et détonne miraculeusement dans son contexte. Traqué n’était donc pas que le simple revival d’un cinéaste, c’était surtout les belles prémisses d’un réal qui renouvelle sa grammaire cinématographique avec ce film présenté à la Quinzaine des spectateurs au festival de Cannes où il a fait sensation. La bande-annonce est enfin disponible.


Cinéaste ambigu parce que fasciné par l'ambiguïté morale (il a monté deux versions du Sang du châtiment - une pro et une anti-peine de mort), William Friedkin est friand de films ténébreux qui autopsient la frontière, ténue, entre le bien et le mal, et laissent le spectateur réfléchir par lui-même. Outre l'intensité des rebondissements, la complexité de ses personnages et le canevas faussement tranquille de ses intrigues, les dénouements de certains de ses opus les plus controversés (Rampage reste l'archétype Friedkien par excellence) tendent généralement des miroirs face à des situations souvent extrêmes. Ceux qui étaient présents lors de son hommage à la Cinémathèque ont pu s'en rendre compte. Notamment en redécouvrant quelques uns de ses sommets célèbres (Sorcerer, relecture flamboyante du Salaire de la peur, de Clouzot, ou L'exorciste, film d'horreur diabolique dans lequel les acteurs étaient aussi éprouvés que les personnages - Ellen Burstyn s’en souvient encore) mais aussi, et hélas, oubliés à l'instar du rarissime Cruising, peut-être l'un de ses meilleurs opus, du moins l'un de ses plus tortueux, où Pacino se perdait littéralement devant la caméra du cinéaste dans une descente aux enfers, singulière de profondeur et épatante de liberté artistique dont la choquante beauté se passe de commentaires.


On avait laissé Willy, le cinglé, il y a trois ans avec Traqué, film de studio rudement efficace après les tristes Jade et L'enfer du devoir, qui avait tous les éléments adéquats pour rassurer sur la vitalité filmique de son auteur (prologue impressionnant qui plongeait dans le chaos délétère de la guerre, expression des sentiments à travers le seul langage de la violence, relation père-fils spirituel, enquête policière tordue sur fond de jeu de chat et de souris, courses-poursuites terribles, zestes de Predator et de Rambo...). En somme, un survival roboratif. Dans son nouveau long métrage où les incestes ne sont pas forcément ceux qu’on croie, on le retrouve transcendé par une histoire à travers laquelle il a projeté un univers très fort. Ceux qui connaissent William Friedkin savent à quel point ce cinéaste est imprévisible et grand. Avec Bug, il est à la quintessence de son art: il mue ce qui aurait pu ressembler à un énième drame lambda sur fond de révélations de démons intérieurs en un charivari filmique d’une intensité peu commune. Progressivement, au gré de séquences étendues et opaques, naît ce qui s’appelle le chaos Friedkien des plus belles heures. Un tumulte qui rivalise d’idées formelles et d’audaces narratives.


Serveuse solitaire au passé tragique, Agnès loge dans un vieux motel et vit dans la peur de son ex-mari violent qui vient d’être libéré sur parole. Pourtant quand Agnès commence une relation sentimentale avec Peter, un homme excentrique et instable, elle retrouve espoir… jusqu’à ce que les premiers insectes arrivent. Dès les premières images, la virtuosité stylistique se cogne à des enjeux dramatiques très robustes qui donnent envie d’en savoir plus. La réussite du film ne tient pas qu’à l’intelligence du cadre, une finesse de montage, des mouvements de caméra hallucinants (dont le premier en hélico) mais également à une façon de laisser l’acteur libre de ses mouvements et les personnages libres de leurs actes. En somme, Friedkin concilie ce qu’il sait faire de mieux (l’exigence et le divertissement) et signe une délicieuse dérive dont l’aboutissement laisse béat d’admiration. C’est aussi et surtout une putain d’histoire d’amour où le fantasme érotique cohabite avec un humour noir glacial et une délicieuse folie paroxystique.

Sortie française : 21 février 2007
Bande-annonce de Bug
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