Par Kevin Prin - publié le 07 juin 2004 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h07 - 12 commentaire(s)
Bowling for Columbine acclamé à travers le monde entier, brûlot dénonçant l'utilisation des armes aux Etats-Unis et l'absurde mentalité sécuritaire locale au passage, réussissait par dessus tout à ressusciter l'intérêt du grand public pour les documentaires. Il fallait à ce titre reconnaître chez Michael Moore un grand sens du spectacle passant par son humour, sa maîtrise du montage, son "rentre dedans", sa mise en scène dans un sens dépassant celui de la fiction. Oui cette volonté de créer un divertissement suivant les règles du cinéma ont fait de Michael Moore un artisan du documentaire original et populaire. Doit-on alors s'étonner qu'il remporte des récompenses destinées en temps normal aux fictions ?


Combien de voix se sont levées lorsqu'il remporta le césar du meilleur film étranger, le grand prix à Cannes en 2002 ou encore la Palme d'Or en 2004 pour cette fois-ci Fahrenheit 9/11 ? (et même le "DVDRAMA d'or du meilleur film" en 2002) Combien de ces voix prendront tout de même autant de plaisir à voir ce documentaire qu'un véritable film ? Sans doute tout autant. Même si Bowling For Columbine et Fahrenheit 9/11 sont des documentaires montrant des images non-fictionnelles, celles-ci sont assemblées selon la grammaire du cinéma. Il ne s'agit pas d'un simple reportage montrant un fait sous toutes les coutures et se concluant sur un journaliste au brushing parfait parlant micro à la main à la caméra : Michael Moore a indéniablement un talent de narration s'approchant d'avantage de celui d'un cinéaste, ne s'adressant pas à nous mais se mettant en scène mais dans des situations non-fictionnelles. Doit-on le dénigrer pour autant ? Les festivals dont celui de Cannes ne sont heureusement pas de cet avis... Tarantino avait assuré récompenser à Cannes le "meilleur film" : les observateurs du monde entier ont vu en cette annonce un non parti-pris politique. N'était-ce pas plutôt un moyen de faire comprendre que Michael Moore devait être reconnu à l'égale d'un metteur en scène de fiction ? La réponse coule d'elle même : sans aucun doute !


Après un parcours du combattant pour trouver un distributeur aux Etats-Unis (c'est finalement Lions Gate qui s'y colle), Fahrenheit 9/11 sortira donc sur les écrans américains le 25 Juin prochain... et le 07 Juillet en France.

Michael Moore se plonge avec Fahrenheit 9/11 dans ce qu'il avait à peine effleuré dans Bowling For Columbine, en s'attaquant cette fois ci directement à George W. Bush, président des Etats-Unis depuis 2000, qu'il accuse principalement de ne pas avoir été élu par le peuple américain (Al Gore son rival avait en effet recueilli plus de votes), d'avoir protégé et laissé échappé délibérément des Etats-Unis les membres de la famille de Ben Laden dans les jours suivants les attentats contre le World Trade Center, et d'avoir envoyer ses troupes envahir l'Irak sans aucun motif si ce n'est se réapproprier son pétrole en dupant le peuple entier des Etats-Unis avec les fameuses "armes de destruction massive" dont on cherche toujours l'ombre d'une trace un an après.


Cette première (et sans doute définitive) bande-annonce donne en tout cas le ton : enchaînant les vérités douloureuses (un membre du congrès : "Asseyez vous fiston : nous ne lisons pas la plupart des lois que nous votons"), les moments jouissifs ( Michael Moore demande dans la rue aux membres du congrès d'enrôler leurs propres enfants dans le conflit en Irak), ou encore plus drôle (toujours devant le congrès il passe en camionnette en lisant le fameux "Patriot Act" au haut parleur pour qu'enfin les sénateurs prennent connaissance de ce qu'ils ont voté), on reconnaît ici tout de suite la patte du réalisateur de Bowling For Columbine. Les récentes et nombreuses images d'archives ressorties pour l'occasion tournent évidemment autour du même personnage, la tête de turc depuis trois ans de Michael Moore : George W. Bush. Et à la vue de ces quelques images, sa prestation promet de rester dans les mémoires. Un oscar du meilleur rôle masculin en 2005 pour avoir duper le monde entier ?

Retrouvez la bande-annonce ici et la critique de Sophie Wittmer à Cannes ci-dessous :
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