Par - publié le 28 septembre 2006 à 11h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h10 - 8 commentaire(s)
Après avoir brillamment clôt sa trilogie sur la vengeance, Park Chan-Wook qui fera partie du jury de la 63ème Mostra de Venise, revient avec I’m a cyborg, but that’s OK, une comédie sentimentale produite par Moho Pictures qui en dépit d’un registre plus soft et accessible n’en transpire pas moins une vraie étrangeté. Une première bande-annonce exclusive est disponible.



L’affaire The President’s last bang a été un frein pour Park Chan-Wook. Ce film sud-coréen, basé sur l’assassinat de Park Chung-hee (président de la Corée du Sud de 1963 à 1979), a été victime de la censure et a littéralement découragé le cinéaste de s’atteler au sujet. À la place, Park Chan-Wook a préféré tourner en haute définition pour le compte du studio CJ Entertainment I’m a cyborg, but that’s OK où, comme son titre l'indique, le personnage principal féminin pense qu’elle est un cyborg.
I’m a cyborg but it’s OK va être un tournant dans la carrière de Park Chan-Wook parce qu’on ne le reprendra pas avec les histoires de vengeance. Mais cela ne signifie pas qu'il fera désormais des films plus accessibles. Si, certes, I’m cyborg but that’s OK est décrit comme une comédie romantique, il ne tombera pas, foi de Park, dans les travers du genre. Depuis que l'actrice Kang Hye-Jung a laissé tomber le projet, il a trouvé une nouvelle muse en Lim Soo-Jung que l’on a vu dans Deux sœurs et récupéré au passage la star Rain, très connu en Asie comme chanteur de KPop mais il n’a aucune expérience dans le monde du cinéma. A l’origine, il aurait dû faire ses premiers pas dans Fighter in the Wind, de Yang Yoon-Ho mais il n'y a pas eu de suite.


Old boy


Evacuons deux craintes : certains ont déjà peur que Park succombe au piège que Hur Jin-Ho n’avait pas su éviter avec son April Snow (objet tellement fasciné par ses acteurs qu'il en oublie le reste), mais c’est le même problème que l’on rabâche sur tous les films de Park depuis JSA. Dans ses films, les acteurs ont pour habitude de se fondre et de se taire. On l’a bien vu, la présence de stars coréennes dans ses films ne constitue en rien une anicroche à l’inspiration. Au contraire. Sinon, fait presque rassurant, beaucoup de gens n’ont rien compris à la lecture du script. Mais la plupart des acteurs qui ont tourné avec Park ont eu besoin d’un résumé par le cinéaste pour ensuite accepter de signer avec lui et trouver que ses idées étaient brillantes.


L’idée de I’m a cyborg but that’s OK a germé au moment où Park Chan-Wook travaillait sur le mixage de Lady vengeance, juste avant les projections de presse. C’est un revirement complet puisque pour la première fois, le cinéaste ne travaille pas avec des acteurs confirmés mais de jeunes presque inexpérimentés. Le film s’annonce clairement dans la lignée de Save the green planet : l’ambiguïté sur le personnage principal (est-elle un cyborg ou non ?) sera conservée jusqu’à l’épilogue. Le film s’inspire de deux mangas Battle Angel Alita et Saikano. Park Chan-Wook n’est pas friand du genre même si son cinéma s’apparente à cette mouvance. OldBoy était déjà l’adaptation d’un manga de Tsuchiya Garon qu’il a su par ailleurs transcender. Mais Park était conscient des difficultés à monter ce genre de film d’autant que James Cameron aurait été intéressé pour mettre en scène Battle Angel Alita. Il a opté pour une alternative plus personnelle en situant l’action dans un asile. Le film vacille entre réalité et onirisme, plonge dans le monde intérieur de ces patients pathologiques et montre la cruelle réalité du monde hospitalier. Sur ce film, il avait également envie d’être frugal et de moins miser sur l’emphase afin de doser les émotions. De quoi lorgner vers Vol au-dessus d’un nid de coucou ou Schock Corridor ?


Old boy


Au moment de passer à la description de l’asile, Park Chan-Wook voulait éviter de rendre le monde dit réaliste plus sinistre qu’il ne l’est. L’idée était de contrer cette image selon laquelle les aides soignants sont des gens ignobles et incapables de faire montre d'indulgence ou de compréhension, et accentuer la dimension sacrificielle de leurs actes. Contrairement aux autres cinéastes qui peignent ce lieu afin d’établir de sombres métaphores, Park ne compte pas user d’artifices démonstratifs mais au contraire veut montrer un endroit enjoué où la dévotion est la règle première. La raison pour laquelle son film peut être qualifié d’histoire d’amour vient du fait qu’un homme et une femme pénètrent dans les mêmes mondes intérieurs et parviennent à communiquer entre eux (la femme s’imaginant que le bellâtre est capable de voler l’âme des autres). C’est là qu’intervient la métaphore sur l’amour: comprendre l’autre, c’est avant tout l’aimer.



Sur ses autres films, Park Chan-Wook a effectué une foultitude de story-boards pour déterminer l’esthétique générale. Cette fois-ci, il n’en est rien. Ce qui ne rend pas l’expérience plus confortable. Dans I’m a Cyborg but that’s ok, tout a été travaillé de manière éminemment instinctive et les arrangements se sont faits sur place à la dernière minute, essentiellement pour coller à la spontanéité des acteurs. Après le tournage de I’m a cyborg but that’s OK, Park Chan-Wook enchaîne avec celui de Evil Live, un film de vampires au féminin. Les premières images de ce film qui s’apprête à sortir en Corée au mois de décembre et certainement au début de l’année prochaine dans l'Hexagone sont suffisamment intrigantes pour donner envie de le découvrir mais malgré un sujet différent, on retrouve le même style visuel dans cet opus qui s'annonce certainement plus soft mais non moins autant stylisé qu'une Lady Vengeance. Les amateurs apprécieront.

Bande-annonce de I'm a cyborg but that's ok
Vos réactions


logAudience