Par - publié le 19 décembre 2007 à 11h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h33 - 1 commentaire(s)
Débarrassé de split screen et de plans-séquences qui constituaient les prémisses du style De Palma au profit de l'esthétique de la laideur, s’hasardant dans le Grand Guignol avec des acteurs qui jouent presque séparément dans leur bulle (Chloë Sevigny qui n’est jamais aussi belle lorsqu’elle fait la gueule, les yeux fatigués, le regard dans le vague), le Soeurs de sang version Douglas Buck, schizo jusque dans son interprétation, shooté et neurasthénique au dernier degré, n’appartient qu’à son auteur. Accueil glacial au festival de Gérardmer et controverses à venir lors de sa sortie française, pour l'heure non déterminée (aux alentours d'Octobre 2007).



Une journaliste enquête sur le mystérieux docteur Lacan. Son investigation la mène au coeur de la clinique Zurvan, lieu de traitements psychanalytiques expérimentaux pour enfants. Là, elle rencontre une bien étrange jeune femme, un cobaye humain dont l'innocence fragile cache de dangereux secrets. A quelques détails près (notamment la fin qui est très différente), c'est la même trame que celle de l'original signé Brian de Palma. Les deux films, celui de Brian de Palma en 1973 et celui de Douglas Buck en 2007, doivent être vus comme les deux membres d’une même famille bâtarde : la sœur selon De Palma était un film rutilant, consistant, visuellement sublime ; celle, enfantée par Douglas Buck, se révèle pathologique à l’excès. Deux versions d'un même traumatisme, deux points de vue opposés qui se confrontent, comme dans un tribunal, et les réalisateurs deviennent des avocats. Le juge, c’est le public.



Les dispositifs formels très appliqués du naguère jeune Brian De Palma ne deviennent que des postiches (les lunettes de Stephen Rea, les perruques de Lou Doillon). Le fil narratif flirte dangereusement avec un autisme volontariste. Le pastiche retors s’insinue perversement jusque dans la trame originelle : certains éléments comme le cadavre du pigeon encombrant, cette fois-ci planqué dans la télévision et non plus dans un fauteuil, trahissent une dimension parodique tellement assumée qu’elle en devient presque inconfortable pour ceux qui s’attendaient à un remake classique. S’il peut ressembler à une douche froide pour ceux qui avaient placés de hauts espoirs en ce jeune prodige, Sisters cherche de manière infiniment personnelle à plaquer les obsessions propres à Douglas Buck (le rapport au corps meurtri en dedans, mutilé à l’extérieur) avec une sortie de l’enfer par le paradis anxiogène de Innocence, de Lucile Hadzihalilovic. On aura le temps d'en reparler incessamment sous peu.

BANDE-ANNONCE
Vos réactions


logAudience