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Bande-originale : Da Vinci Code

Par Sylvain Rivaud - 06 juin 2006 - 2 commentaire(s)

En 2001, après avoir séduit des millions de spectateurs avec sa partition pour GLADIATOR (2000), Hans Zimmer retrouvait Ridley Scott sur HANNIBAL, où il introduisait choeurs et séquences opératiques étonnantes au sein d'une partition lyrique et torturée (savemment mixée occasionnellement avec l'inquiétante voix de Sir Anthony Hopkins), signant ici l'une de ses meilleures partitions. La même année, il retrouve Micheal Bay avec PEARL HARBOR, accouchant d'une partition désespérément lisse et mièvre, tout en expérimentant un style plus cru et minimaliste avec THE PLEDGE pour le film de Sean Penn avec Jack Nicholson (composé avec Klaus Badelt). Une année d'expériences et de variété de styles qui amèneront le compositeur vers une certaine musique-fusion qu'il recherche depuis des années, sur des films de genre tels que THE RING (Gore Verbinski, 2002), BATMAN BEGINS (Christopher Nolan, 2005) et DA VINCI CODE (Ron Howard, 2006).


DA VINCI CODEMusique de Hans Zimmer
Decca Records (9 mai 2006)

TRACKLIST
01. Dies Mercurii I Martius
02. L'esprit Des Gabriel
03. The Paschal Spiral
04. Fructus Gravis
05. Quodis Arcana
06. Malleus Maleficarum
07. Salvete Virgines
08. Daniel's 9th Cipher
09. Poisoned Chalice
10. The Citrine Cross
11. Rose of Arimathea
12. Beneath Alrischa
13. CheValiers De Sangreal
14. Kyrie for the Magdalene

Durée du CD : 68:10


La fusion, voilà certainement le mot clé de la musique de Hans Zimmer, lui qui toute sa carrière n'a pas cessé d'expérimenter les couleurs instrumentales, mariant le synthétiseur à l'orchestre, puis le synthé à la voix, puis le synthé à la musique traditionnelle et ethnique, puis petit à petit, tout cela à la fois. La musique de DA VINCI CODE s'inspire particulièrement de chants religieux et liturgiques, créant la dose de mysticisme nécessaire au film de Ron Howard adapté du roman de Dan Brown.


"Dies Mercurii I Martius" qui ouvre le disque rappelle les nappes ascendantes et descentantes de BATMAN BEGINS, instaurant dès les premières minutes une atmosphère inquiétante et mystérieuse, qui se développe ensuite dans "L'esprit des Gabriel" avec l'introduction de choeurs répétitifs oppressants, le compositeur n'hésitant à en rajouter une couche avec des cordes denses et rythmées comme on avait pu l'entendre au début de sa brillante partition pour KING ARTHUR (musique incomprise beaucoup plus audacieuse que le film, hélas). Dans "The Paschal Spiral", on retrouve le son de THE RING avec le violoncelle doublé d'une nappe orchestrale sombre et discrète, prouvant que le compositeur n'est jamais meilleur que pour créer des atmosphères, oubliant la synchronisation à l'image pour mieux envelopper le spectateur dans un univers cohérent sur l'ensemble du film. Un parti pris qui dévaforise la thématique facilement mémorisable, bien qu'elle soit présente dans DA VINCI CODE, avec l'apparition du thème principal dans "Fructus Gravis", qui se démarque du reste du score grâce à une mélodie aérienne et optimiste.


Plus tard, avec "Malleus Maleficarum", Hans Zimmer développe une ambiance sombre avec une écriture de corde de plus en plus complexe et profonde. Mais c'est surtout avec "Salvete Virgines" qu'on est surpris du virage effectué par le compositeur sur cette partition, avec un morceau choral audacieux (malheureusement écarté du montage du film), rythmé de percussions moyen-âgeuses d'un bel effet. "Daniel's 9th Cipher" rappelle lointainement "Patricide" de GLADIATOR, pièce clé de l'écriture orchestrale zimmerienne qui laissait entendre un style de plus en plus complexe, pour notre plus grand plaisir. Hans Zimmer reste cependant proche d'un minimalisme progressant lentement plutôt que de prévilégier l'emphase et le rythme, notions plus présentes vers la fin du disque. Avec "Poisoned Chalice", il se confronte une fois de plus à l'écriture chorale, aidé à la direction par Nick Glennie-Smith, son complice du ROI LION ou de ROCK (oeuvrant désormais pour les spectacles du Puy-du-Fou). Le thème s'y développe un peu plus clairement, au sein d'un chant solo féminin doublé de choeurs d'hommes du plus bel effet, tandis que l'orchestre lorgne du côté de Holst (LES PLANÈTES), influence dont Zimmer ne s'est jamais caché (on entendant déjà "Mars" dans GLADIATOR).


Avec "The Citrine Cross", Zimmer écrit un morceau choral dantesque, où les voix semblent progressivement modifiée numériquement pour se fondre à l'orchestre afin de produire une étonnant effet maléfique. Quand on parlait de fusion, il s'agit bien ici du mariage entre le bien et le mal, entre le sacré et le profance, entre l'ombre et la lumière : alliances que Hans Zimmer introduit au fur et à mesure dans sa partition avec subtilité et intelligence. Jamais la fusion des genres n'aura été aussi justifiée au sein d'une musique de film, la voix soutenant l'orchestre et vice versa. Dans "Rose of Arimathea", la présence de choeurs masculins graves renforce le côté malsain et sombre de la partition, suivi juste après d'un solo de piano éthéré : Hans Zimmer aime les contrastes et joue avec, c'est l'un de ses nombreux points forts. Après l'étonnant minimalisme d'une pièce comme "Beneath Alrischa", où un violon atonal percute l'orchestre comme dans une partition de Bernard Herrmann pour un film d'Hitchcock, Hans Zimmer nous gratifie d'un morceau ample et lumineux dans l'exceptionnel "CheValiers de Sangreal", morceau de dénouement du film et du disque, où toute la tension accumulée resurgit, laissant enfin transparaître le thème principal dans toute sa splendeur, nous rappelant par la même occasion pourquoi on aime Hans Zimmer. Pour finir, Hans Zimmer laissant le soin à Richard Harvey de clôre en beauté un disque mémorable, avec "Kyrie for the Magdalene" qui prolonge agréablement cette expérience entre ombres et lumières, de la même manière qu'on avait pu entendre le talent de Patrick Cassidy à la fin du disque de HANNIBAL avec un somptueux morceau d'Opéra inspiré de l'oeuvre de Dante. Comme dans GLADIATOR ou HANNIBAL, le disque de DA VINCI CODE est conçu comme un "album de Hans Zimmer", où les morceaux s'enchaînent les uns aux autres avec une progression minutieusement calculée, l'ensemble créant un tout cohérent et bien construit.


Si Hans Zimmer ne tape pas franchement dans l'originalité (mais à quoi bon ?), la musique de DA VINCI CODE synthétise pourtant l'ensemble de ses expériences passées et apparaît comme un instantané de son style actuel, fusionnant la voix et l'orchestre avec des nappes atmosphériques synthétiques, tantôt minimalistes et répétitives, tantôt grandioses et épiques. Une recette à succès qui n'en demeure pas moins bourrée d'idées, tout en privilégiant l'ambiance et l'émotion à l'action. Il ne fait nul doute que cette partition fera date dans la carrière déjà éclectique du compositeur, qu'on espère retrouver tout aussi inspiré de nombreux prochains films, pour peu qu'Hollywood lui offre la matière première nécessaire pour exprimer son talent, chose malheureusement de plus en plus rare. En attendant, la musique de DA VINCI CODE se savoure comme un bon livre (pas forcément celui de Dan Brown...), l'écoute en boucle étant recommandée pour en apprécier les subtilités.

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