
Débutant sur un thème sombre et mystérieux, à l'orchestration subtile et généreuse, le score de
The Brothers Grimm s'adapte tout de suite au ton du film, avec par la suite des morceaux plus légers, rappelant par moments les délicates excentricités de Danny Elfman pour certains films de Tim Burton, avec la folie en moins. Jouant à fond la carte de l'atmosphère du conte de fée, avec des morceaux qui se développent longuement (le thème d'ouverture revenant souvent, parfois doublé d'une mystérieuse voix lointaine), Marianelli ne rechigne pour autant devant aucune occasion de faire du bruit avec l'orchestre : les morceaux d'action sont nombreux et d'excellente facture, aux rythmes déchaînés ("The Forest Comes to Life", "Muddy", "A Slice of Quiche Would Be Nice"), même si c'est parfois assez poussif et maladroit. Un écueil facilement pardonnable compte-tenu de la qualité de l'orchestration et des idées (les cordes, les percussions et la voix étant judicieusement utilisées), Mariannelli pouvant se vanter d'avoir été quand même particulièrement inspiré par les images de Terry Gilliam (à défaut d'avoir été inspiré par le scénario - et ça s'entend).
Le compositeur n'hésite pas, par moments, à utilisé d'étranges sonorités (grincements de portes, cordes pincées, clochettes, etc...) pour évoquer musicalement l'inquiétant univers de contes de fées mis en place par Terry Gilliam dans le film ("The Eclipse Begins" en propose un large panel), en nous prouvant par la même occasion qu'il sait aussi bien écrire avec un style classique qu'avec des idées issues de la musique contemporaine, tout en restant adapté au film. A propos de classique, Marianelli n'hésite pas à citer ouvertement ses prédécesseurs : on pense parfois aux "Planètes" de Gustav Holst (1918) - éternelle source d'inspiration des compositeurs de musique de film - mais aussi, plus récemment, à certaines partitions du grand Michael Kamen, qui avait déjà musicalement illustré
Brazil et
Les Aventures Du Baron De Munchaüsen pour le même cinéaste. On pense aussi parfois aux nappes glauques d'Howard Shore (
Seven,
Le Seigneur Des Anneaux), notamment dans le morceau "Inside the Tower", et bien sûr à Danny Elfman (
Batman Le Défi,
Sleepy Hollow), par exemple dans "The Queen Awakens". Pour autant, Marianelli arrive à se détacher de ces diverses influences pour développer un style qui lui est propre, bien que ce dernier ne soit pas encore très mûr et bien défini. Mais des morceaux tels que "Burning The Forest", aux rythmes effrénés, avec une utilisation somptueuse du thème (donnant un caractère épique au morceau) sont très prometteurs quant aux facultés de ce nouveau compositeur.

Une musique inventive et efficace, très adaptée à l'esprit du film et aux images, parfois un peu conventionnelle dans son approche mais qui demeure d'excellente facture. Si le CD est un peu lourd à digérer (plus d'une heure dix de musique orchestrale plutôt dense), on apprécie tout de même l'interprétation sans faille des musiciens anglais qui ont enregistré la musique. Donc, ça passe. Et puis le thème est somptueux, on s'en souviendra un moment. A défaut de nous délivrer un chef d'oeuvre, le tandem Gilliam / Marianelli nous propose une oeuvre mémorable, dans la droite lignée de l'époque du tandem Gilliam / Kamen. Et c'est déjà beaucoup. On en redemande !