Par Arnaud Olzeski - publié le 19 juillet 2006 à 11h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h04 - 2 commentaire(s)
Que serait le cinéma sans la musique de film ? Des premiers pianos qui accompagnaient les films muets aux symphonies sublimes composées spécialement pour mettre en valeur les images et les émotions, la musique est devenue un maillon essentiel de la perception des films. Cependant, nombre de compositions s’écoutent avec le même plaisir sans le support de l’image pour prolonger l’univers du film, retrouver les émotions qu’il a communiquées, imaginer à nouveau ou simplement réentendre ces morceaux qui nous ont plu. Avec ce nouveau rendez-vous, Excessif vous propose de revenir sur les musiques de film que nous avons aimé. Aujourd’hui, bande originale de Mon nom est Tsotsi.



Une musique de film, c’est d’abord une musique qui colle à l’univers du film, qui en crée l’ambiance et ainsi le particularise. Gavin Hood, le réalisateur de Mon nom est Tsotsi, l’a bien compris, et utilise abondamment la musique kwaito pour ajouter une note d’authenticité à la vie du ghetto de Johannesburg. Mais le kwaito kézako ? Musique moderne des townships d’Afrique du Sud, le kwaito est une forme de house music accompagnée de basses puissantes sur laquelle des chants sont scandés en rythme. Cette musique typique s’est façonnée une touche locale à partir du mixage de morceaux de house, en ralentissant le tempo et en ajoutant un peu de piano, des percussions et des mélodies africaines. Mariant plusieurs rythmes de différentes époques, le kwaito a fait son apparition dans le courant des années 90 et est l’équivalent sud-africain du rap. Profondément ancré dans la culture jeune d’Afrique du Sud, il exprime et valide à la fois le mode de vie urbain et moderne des townships en mélangeant l’argot des rues, l’anglais, le zulu, le sesotho et l’isicamtho. Le kwaito incarne ainsi la voix de la jeunesse Noire d’Afrique du Sud et raconte la colère des townships avec ses paroles très colorées. Symbole authentique de la jeunesse sud-africaine post-apartheid, le kwaito est écouté d’un bout à l’autre du pays, des taxis collectifs aux clubs, des radios aux fêtes privées.

Ancrant son film dans un ghetto de Johannesburg, Gavin Hood a ajouté aux images des townships cette musique typique d’Afrique du Sud, exprimant la colère de son personnage Tsotsi par son jeu d’acteur, sa mise en scène mais aussi le kwaito, musique pétrie de colère. A l’instar du rap pour un film de banlieue américain ou français, le kwaito symbolise les townships mais évoque aussi en filigrane les gangsters qui y vivent. En effet, le terme « kwaito » viendrait, selon le South African Concise Oxford Dictionary, de l’abréviation de « amakwaito », nom désignant un groupe de gangsters des années 50 originaires de Sophiatown, un township de Johannesburg, et nom lui-même dérivé du mot afrikaans « kwaai » qui signifie en « colère » ou « vicieux ». Ainsi, ce n’est pas un hasard si Tsotsi, dont le nom signifie aussi « gangster », « voyou », traîne sa rage dans les townships de Johannesburg sur fond de musique kwaito. La plupart des musiques kwaito de Mon nom est Tsotsi sont interprétées par la superstar du kwaito en Afrique du Sud, Zola Bonginkosi Dlamini, connu sous le nom de Zola car il a grandi à Soweto dans le ghetto appelé Zola. Poète, acteur et musicien, il a sorti trois albums de kwaito salués par la critique dont on retrouve plusieurs titres dans la bande originale de Mon nom est Tsotsi, et joue également dans le film le rôle de Fela.



Editée chez Milan Music à partir du 17 juillet 2006, la bande originale de Mon nom est Tsotsi reprend les titres de kwaito du film et les morceaux plus lyriques, et s’adjoint quatre titres supplémentaires inspirés directement du film. Une bonne occasion de (re)découvrir ces chansons scandées mais mélodieuses, pleines de colère et d’énergie, cette musique kwaito originaire d’Afrique du Sud et qui sied si bien au film.
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