Par Gwenael Tison - publié le 16 octobre 2008 à 04h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 18h39 - 0 commentaire(s)
Une poignée de cinéastes coréens cherche à sortir de l'ornière représentée par des films sans saveur ni âme, mettant en scène les histoires de fantômes. Dans un genre tellement éculé, Terra Shin avec son Black House relève le défi. Sans être original, il arrive à mettre en scène un film d'horreur honnête et efficace, dont le final est gore à souhait.

BLACK HOUSE
Un film de Terra Shin
Avec Jeong-min Hawng, Shin-il Kang, Seo-hyeon Kim, Seon Yu
Durée : 1h44
Date de sortie : Inconnue



L'histoire dépeint le quotidien de Jun-oh, un jeune agent d'assurance qui passe son temps à enquêter sur les clients de la compagnie pour laquelle il travaille. Une poignée d’entre eux profite du système : de vils scélérats capitalisent sur la mort de leurs proches en toute impunité. Un jour, Jun-oh reçoit un bien étrange coup de fil : un client cherche à se renseigner sur les conditions d'assurance en cas de suicide. Emu par le coup de téléphone, Jun-oh va commettre un faux pas irréparable en abandonnant son rôle d'agent d'assurance pour parler de sa vie privée, se confiant à son interlocuteur. Jun-oh avoue avoir connu la douleur du suicide d'un proche. En outre, il confirme que la société couvre bien ce type de mort. Plus tard, il sera invité au domicile du même client, situé dans une banlieue reculée. À peine arrivé, il découvre que le fils de celui-ci vient de se suicider faisant remonter en lui les souvenirs traumatisants de son passé. Jun-oh reste pourtant lucide et commence à soupçonner sérieusement son client d'avoir maquillé un meurtre en suicide. Il va mener une enquête sur ce père indifférent face à la mort de son propre enfant, pendu sous ses yeux. Une fraude à l'assurance qui va faire basculer le jeune Jun-oh dans les griffes d'un dangereux client qui devient de plus en plus déviant.



En apparence, le film prend des accents de thriller angoissant, mettant en scène le monde de la fraude à l'assurance. Un traitement scénaristique fort original qui fonctionne étonnamment bien. Le cinéaste Terra Shin prend le temps de planter son décor ainsi que son ambiance, angoissante et délétère. La construction de ses différents protagonistes est travaillée avec finesse et il décortique bien la psychologie de chacun d'eux. S'ajoute à cela la qualité d'interprétation des acteurs principaux : Hwang Jeong-min est impeccable en agent d'assurance et Kang Shin-il parfait en dangereux psychopathe digne d'un Hannibal Lecter en moins raffiné et plus "craspec". La dichotomie est bien pensée entre les locaux clinquants de la compagnie d'assurance et la maison poisseuse et délabrée du père faussement endeuillé.


Tout cela contribue pour beaucoup à donner de l'épaisseur au film. Avec un rythme posé, presque lancinant, l'atmosphère de Black House enveloppe le spectateur et imprime sa rétine. Mais, tout ceci n'est qu'un faux-semblant oppressant, l'horreur va surgir de manière totalement inattendue, saisissant le spectateur à la gorge. Derrière le mystérieux client se cache un dangereux psychopathe qui fera basculer le film dans l'horreur graphique avec un final hardcore qui éclabousse l'écran sans la moindre concession. Une dernière demi-heure ultra gore aussi saisissante que fortuite. On assiste à une véritable boucherie. Les amateurs apprécieront la cruauté de certaines séquences parfois insoutenables comme celle d'une clef enfoncée dans un œil en gros plan.



Pourtant, le film n'est pas exempt de défauts. À commencer par l'esprit roublard de certains rebondissements scénaristiques qui jalonnent l'enquête du héros sur son client, souvent trop téléphonés. Mais surtout, le public sera divisé par la dernière demi-heure qui vire au grand n'importe quoi. Le film bascule dans le slasher bas du front, enlevant tout le sérieux, la crédibilité du scénario et surtout l'atmosphère angoissante mise en place avec minutie. Terra Shin accumule les clichés du genre, basculant volontiers dans des délires gores gratuits. Le vil psycho-killer a beau se faire larder de coups de couteau ou défoncer la tête, il se relève à chaque fois, comme s'il était invulnérable. On se retrouve devant un tout autre film, proche de la série B totalement décomplexée où les fantaisies les plus folles peuvent avoir lieu, accumulant les situations invraisemblables.



À l'inverse, on peut y voir un savant exercice de style, où le réalisateur s'est amusé à déconstruire sciemment les codes d'un thriller ambitieux pour devenir un film de slasher dans un esprit de série B. Même si l'exercice peut déplaire, il a au moins le mérite d'être ambitieux et savamment réalisé. Une audace qui, au final, procure un capital sympathie à Black House, et qui, aux côtés de films comme Epitaph (précédemment chroniqué dans nos colonnes), contribue au renouveau du cinéma de genre coréen qui en a bien besoin.

Gwenael Tison
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