En compilant les acteurs de renom comme d’autres enfilent des perles sur un collier, Alexi Tan réussit une première prouesse, celle de nous offrir un
Blood Brothers plus alléchant que tant d’autres projets. Ensuite, en situant la destinée de ses héros dans la Shanghai mythique des années 1930, il prend le pari de nous offrir un film « bigger than life » comme seul le cinéma américain peut en faire. Cependant, faut-il voir dans ces deux critères des éléments suffisants pour goûter au plaisir que
Blood brothers semble vouloir nous dispenser ?
BLOOD BROTHERS Tian Tang Kou ou Gate to Heaven
Un film d’Alexi Tan
Avec Shu Qi, Daniel Wu, Ye Liu, Tony Yang, Lu Lu
Sortie le 16 août 2007 en Chine, sortie inconnue en France
S’inscrivant par son titre dans la lignée de films d’exception, de Chang Cheh à John Woo,
Blood Brothers n’a pourtant aucune intention référentielle ni ne souhaite reproduire ou revisiter un standard pour lui rendre un quelconque hommage. Ici, le métrage déploie une histoire simple d’apprentissage et d’émancipation par le crime, que seuls l’Amour et la morale contrecarreront jusqu’à l’extinction dans le sang de toute ambition. En effet, en nous proposant de suivre la montée dans la capitale économique chinoise de l’époque de deux frères paysans et de leur meilleur ami, en quête d’argent et de respectabilité, Alexi Tan nous sert un récit des plus communs. Celui d’une progression délicate puis d’une chute d’autant plus inexorable que les péripéties qui y mènent, croissent en difficulté à mesure que les sommets semblent accessibles. En somme,
Way to Heaven évoque déjà par son seul titre anglophone, le résultat même des velléités de ses personnages.
En soi, par conséquent,
Blood Brothers ne se compose que d’une trame classique qui pourtant emprunte aux deux maîtres ci-dessus évoqués leur goût des groupes et des héros maudits. Mais plus sûrement encore, ce nouveau film d’Alexi Tan réalise le projet d’être un film qui regarde en arrière et surtout là où l’on ne l’attend pas. En effet, les références ici utilisées et reprises sont toutes plus anglo-saxonnes que spécifiquement asiatiques et chinoises. Tout le choix de monstration et d’incarnation qui est fait semble dans les faits dériver jusque dans les choix de costume et d’angle de prise de vue, des grands métrages américains mettant en scène la période des
Incorruptibles,
Scarface jusqu’à la naissance coppolassienne du Parrain. Faisant plus que s’inspirer de tous ses métrages et des dress code de l’époque,
Blood Brothers frise le mimétisme et cherche à reproduire en Asie, une période déjà visitée localement par Wong Kar Wai et le dernier
Lust Caution d’Ang Lee.
Ainsi, influencé et orienté, Alexi Tan compose un film où la reine « imagerie » recompose à la manière chinoise, sa matière historique. Cela tout en donnant à l’effet de style toute sa pesanteur et parfois l’impression d’une signature soit trop ourdie, soit trop soignée. En somme, sorte de variation esthétisante sur plusieurs thèmes déjà présentés ensemble ailleurs,
Blood Brothers dévoile autant sa splendeur plastique que la froide construction scénique de sa mise en place. De fait, l’impression qu’il dégage restera fonction du degré d’adhésion au registre d’imagerie proposé. Ici, point de réalisme cru établi à coup de lumière naturaliste ou de performances d’acteurs. Tout
Blood Brothers repose sur la vampirisation de tant de références, les réarticulant dans un même creuset. Mais plus encore, se nourrit-il de notre perception à voir l’écart entre l’un et l’autre, à rapprocher le personnage de gangster inflexible d’un acteur qui est en situation d’action ou pis celui d’une autre comédie qu’il singe. Dès lors,
Blood Brothers par sa froide mais attirante plasticité revendique son côté formaté au point qu’il glorifie sous la gangue de tels choix, le fait de simplement pouvoir jouir d’une forme efficace.
Ainsi, sous des dehors de superproduction magnifiquement orchestré et rythmé,
Blood Brothers se destine aussi bien à l’international qu’au marché local pour témoigner au monde d’une vitalité et d’une envie, conquérir le haut de gamme et rivaliser avec les standings des plus exigeants. En cela, le dernier film d’Alexi Tan se place aisément dans la lame de fond des films à gros budgets venus d’Asie et surtout de Chine. Cependant, s’il se distingue des Warlords,
Forbidden Kingdom et autre
Flashpoint par sa maestria visuelle, il lui manque encore cette chair qui le séparerait des autres et le ferait exister au-delà du tout venant. Sans originalité creusée, sans véritable personnalité,
Blood Brothers est un film visuellement surprenant dans le cadre d’une histoire qui ne l’est pas et qui laisse à penser qu’il lui manque ces anfractuosités, ce sens de la difficulté qui en aurait fait un film étalon ou une première référence contemporaine venue de Chine dans le domaine d’un genre trusté par les Etats-Unis. Forbidden Kingdom Forbidden Kingdom
Présenté au Festival International de Pusan fin 2007, à Toronto mais plus encore à la Mostra vénitienne,
Blood Brothers reçut un avis mitigé alors qu’il est plus que regardable et sincèrement appréciable. Certes, il manque de caractère et plus encore de cette voix unique qui en aurait fait un
Parrain à la chinoise et plus sûrement un grand film. Néanmoins, le visionner est un plaisir simple et surprenant par le jeu de très belles séquences alanguies ou simplement très et trop posées. On ne saurait donc que trop instruit de nous aviser des prochaines productions d’Alexi Tan parce qu’il y a plus que du Ang Lee en lui. A suivre donc et à déguster pour voir ce que la Chine actuelle peut produire en termes de qualité aujourd’hui et pour saisir ce qu’elle nous enverra à mesure qu’elle revisite les temps forts de son histoire, notamment criminelle.