Par - publié le 16 février 2008 à 02h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h55 - 3 commentaire(s)
Alors que la Cinémathèque Française lui a récemment rendu hommage en diffusant l'intégralité de sa filmographie, William Friedkin reçoit les honneurs du festival de Cannes. Son nouveau Bug sera présenté à la Quinzaine des réalisateurs.



Cinéaste ambigu parce que fasciné par l'ambiguïté morale (il a monté deux versions du Sang du châtiment - une pro et une anti-peine de mort), William Friedkin est friand de films ténébreux qui autopsient la frontière, ténue, entre le bien et le mal, et laissent le spectateur réfléchir par lui-même. Outre l'intensité des rebondissements, la complexité de ses personnages et le canevas faussement tranquille de ses intrigues, les dénouements de certains de ses opus les plus controversés (Rampage reste l'archétype Friedkien par excellence) tendent généralement des miroirs face à des situations souvent extrêmes. Ceux qui étaient présents lors de son hommage à la Cinémathèque ont pu s'en rendre compte. Notamment en redecouvrant quelques uns de ses sommets célèbres (Sorcerer, relecture flamboyante du Salaire de la peur, de Clouzot, ou L'exorciste, film d'horreur diabolique dans lequel les acteurs étaient aussi éprouvés que les personnages - Ellen Burstyn se souvient encore de ses courbatures) mais aussi, et hélas, oubliés à l'instar du rarissime Cruising, peut-être l'un de ses meilleurs opus, du moins l'un de ses plus tortueux, où Pacino se perdait littéralement devant la caméra du cinéaste dans une descente aux enfers, singulière de profondeur et épatante de liberté artistique dont la choquante beauté se passe de commentaires.



On avait laissé Willy, le cinglé, il y a trois ans avec Traqué, film de studio rudement efficace doublé d'un stimulant revival après les tristes Jade et L'enfer du devoir, qui avait tous les éléments adéquats pour rassurer sur la vitalité filmique de son auteur (prologue impressionnant qui plongeait dans le chaos délétère de la guerre, expression des sentiments à travers le seul langage de la violence, relation père-fils spirituel, enquête policière tordue sur fond de jeu de chat et de souris, courses-poursuites terribles, zestes de Predator et de Rambo...). En somme, un survival roboratif aux intersections du Fugitif et de French Connection dans lequel on retrouvait le grand Friedkin des années 80. Gageons qu'il en sera de même avec Bug, son nouveau long métrage.



Alors qu'on le croyait définitivement reconverti dans la mise en scène de pièces de théâtre et d'opéras, Friedkin devrait surprendre avec Bug, un thriller psychologique adapté d'une pièce de Tracy letts (qui a également écrit le scénario) dans lequel un vétéran très timide de la guerre du Golfe, divorcé solitaire, vit dans une chambre de motel dans l'Oklahoma et reçoit les visites non désirées de l'ex-mari de son ex-femme, un homme libéré sur parole. Le récit s'articule autour d'un thème qui lui est cher (la paranoïa). Dans les rôles principaux, on retrouve Lynn Collins, Ashley Judd, Michael Shannon et Harry Connick Jr. Le synopsis évoque L'échelle de Jacob mais on est prêts à parier que Friedkin réalisera une oeuvre infiniment personnelle. D'après les sélectionneurs de la Quinzaine, il s'agirait d'un grand film. On attend de le voir avec une impatience non feinte. Par la suite, Friedkin devrait également diriger le film The Man Who Kept Secrets (sa collaboration avec James Ellroy), sur la vie du célèbre avocat hollywoodien Sidney Korshak. Depuis ses débuts à Chicago dans les années 40 jusqu'à sa mort dans les années 90, Korshak a été un homme de pouvoir à Hollywood. Il était l'ami de nombreux dirigeants de studios et négociait des fusions entre sociétés, des contrats politiques et autres arrangements en coulisse. Il était un lien entre des titans du business et des hommes de l'ombre très importants qui tenaient à rester inconnus. Et, par la suite, un autre film : The Book of Skulls (littéralement Le livre des crânes), un film d'horreur dans lequel quatre étudiants découvrent un étrange manuscrit qui révèle l'existence d'une secte, aujourd'hui située dans le désert de l'Arizona, dont les membres peuvent accorder l'immortalité à ceux qui peuvent survivre au rituel d'initiation. Et à la grande surprise de ces étudiants, la secte existe réellement. Les membres de ladite secte sont prêts à les accepter comme candidats. Seulement, pour chaque groupe de quatre postulants, deux doivent mourir pour que les deux autres soient acceptés. Friedkin est définitivement de retour. On connaît des nouvelles moins réjouissantes.
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