Par - publié le 08 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 08 octobre 2009 à 21h14 - 1 commentaire(s)
J’en rêvais depuis des années, croiser Brad Pitt. Nous l’avons attendu près de trois heures, piétinant le long du tapis rouge dressé à l’entrée de la soirée organisée sur l’une des plages de la Croisette pour Inglourious Basterds. Nous devions l’interviewer, une attente fiévreuse s’installe, nous étions terriblement excitées, un brin angoissées, serions-nous à la hauteur, Delphine derrière sa caméra, moi derrière le micro. L’attachée de presse nous fait signe que la projection vient de se terminer, qu’ils arrivent, la pression monte, nous percevons les cris de la foule, les fans s’animent. Le long des barrières qui les retiennent, les agents de sécurité s’agitent, nous retenons notre souffle, ils arrivent… En l’espace de quelques minutes nous assistons à un véritable défilé de stars devant notre micro, des stars venant répondre avec une extrême gentillesse, avec jovialité et bonne humeur à nos questions maladroites et confuses tant l’ambiance est exaltée, Eli Roth adorable, Michael Fassbender délicieux, Diane Krüger enthousiaste, Mike Myers débonnaire, Bob Weinstein rassuré après cette première projection officielle du film, Omar Doom et… Quentin Tarantino, drôle, enjoué, prenant le temps de nous écouter, d’échanger quelques mots avec nous, on est sous le charme… et l’attente recommence, Brad Pitt et Angelina se font désirer… finalement, ils ne viendront pas. Désappointées, nous allons noyer notre chagrin sur la piste de danse aux côtés d’un Quentin Tarrantino en grande forme.



La Croisette se verra endeuillée ce soir par l’absence d’une étoile filante trop vite disparue et rendra un ultime hommage au comédien Heath Ledger qui illumine le dernier film de Terry Gilliam. Cinéaste maudit, après l’abandon de L’homme qui tua Don Quichotte, il a vu le tournage de L'imaginarium du Docteur Parnassus brisé par la mort soudaine d’Heath Ledger, sur lequel reposait le film. Effondré le cinéaste, secouru par un trio charismatique, a imaginé un diabolique subterfuge scénaristique pour sauver son film. Après avoir été déçu par Les frères Grimm et Tideland, on espère retrouver au fil de ce conte lyrique toute la folie visuelle du grand Terry Gilliam, ces ambiances cauchemardesques qu’il sait mettre en scène avec intelligence et son humour cynique. Après Brad Pitt, ce sera donc au tour de Jude Law et Colin Farrell de saluer un parterre de fans hystériques, Johnny Depp répondant absent aux dernières nouvelles.

Du côté de la compétition officielle, c’est l’un des films les plus redoutés de ce festival qui sera présenté aujourd’hui, celui de Gaspar Noé, Soudain le vide. Cinéaste français atypique, il se retrouve dès 1991 sélectionné dans le cadre de la semaine de la critique pour Carne, puis en 1998 pour Seul contre tous. En 2002 il sème le trouble sur la Croisette avec un film particulièrement controversé, Irréversible. S’il était resté en retrait depuis quelques années, son nouveau film risque de provoquer un dernier scandale. S’inspirant à la fois du Livre des morts tibétains, d’Au-delà du réel de Ken Russell et de L'échelle de Jacob d’Adrian Lyne, Soudain le vide se présente comme un trip expérimental onirique autour de la mort. 2h40 d’images décalées, une recherche esthétique qui devrait déranger dans son traitement.



Cette année le Festival s’est vraiment axé sur des films déconcertants dans leur mise en scène, novateurs, des films s’extirpant d’une configuration classique, sombrant pour exprimer la force des sentiments dans une imagerie fantastique, reposant plus sur une violence visuelle provocatrice que sur une violence ancrée dans un quotidien d’une réalité sociale et politique très sombre.

Le deuxième film de la compétition officielle sera ce soir celui de Elia Suleiman. Il fut le premier cinéaste palestinien à fouler les marches en 2002 pour Intervention Divine. Il est de retour ce soir avec un film engagé, aux contours politiques affirmés, une réflexion sur le statut des Arabes israéliens depuis 1948. Un récit s’inspirant de sa propre histoire, de notes laissées par son père, écrites alors que la ville de Nazareth est envahie par l’armée israélienne, de lettres envoyées par sa mère à ses proches ayant dû fuir leur pays. La sélection de ce film insuffle une brise politique sur la Croisette, on attend avec impatience de découvrir cette œuvre personnelle et existentielle en espérant y retrouver le comique absurde qui caractérisait son dernier film.

Alors que nous sentons déjà se profiler la fin de parenthèse virevoltante, cette journée s’annonce pleine de surprises.
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