Par Gwenael Tison - publié le 12 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 12 octobre 2009 à 00h29 - 0 commentaire(s)
En compétition au dernier festival du cinéma asiatique de Deauville, Claustrophobia est une œuvre à la fois déconcertante et envoûtante, réalisée par Ivy Ho. Avec ce premier long-métrage atypique, la réalisatrice nous plonge dans le quotidien engoncé d'une poignée de citadins travaillant dans le département marketing d'une "PME" hongkongaise. Elle met en scène la conséquence des rendez-vous manqués et l'enlisement affectif qui s'en suit. La sphère du marketing devient un terreau idéal pour brosser un portrait désenchanté et touchant de cadres moyens en proie aux difficultés de leur quotidien. Le ton est très social et urbain et la structure du film elle-même est construite à l'envers en remontant le temps à chaque séquence. Un processus qui désarçonne dans un premier temps, mais finit par imprégner le spectateur d'une lancinante torpeur qui semble habiter chacun des personnages à l'écran.

CLAUSTROPHOBIA
Un film de Ivy Ho
Avec Karena Lam, Ekin Cheng, Felix Lok, Derek Tsang, Chucky Woo, Eric Tsang



Dans Claustrophobia, on suit le quotidien de la jeune et frêle Pearl (Karena Lam) qui travaille depuis près d'un an au sein du département marketing d'une entreprise située dans la péninsule hongkongaise. À mesure qu'elle prend ses marques et qu'elle fait connaissance avec ses collègues de travail, elle tombe de plus en plus sous le charme de son supérieur hiérarchique, Tom (Ekin Cheng), marié et père de famille. Il se présente comme un homme doux et gentil, qui a le sens de l'écoute et tolère certains excès caractériels de ses collègues. Mais derrière cette façade, que se cache-t-il ? Comment va faire Pearl pour maîtriser ses sentiments qui deviennent de plus en plus obsessionnels ? Tom va-t-il se rendre compte de ce qu'éprouve Pearl à son égard ?

Sur fond de mélodrame amoureux, Claustrophobia se caractérise par une construction scénaristique formée de très longues séquences sans grandes actions, basées essentiellement sur les échanges verbaux entre les différents personnages présents à l'écran. D'une durée avoisinant le quart d'heure, chaque séquence se focalise sur un lieu précis, introduit par un intertitre qui nous prévient qu'on remonte le temps, de 1 mois, 2 mois, 3 mois, etc. jusqu'à l'arrivée de Pearl au sein de la société. Une manière d'emprisonner, de cloisonner chaque destin, ne pouvant laisser aucune place à un libre arbitre ou à un champ des possibles. On sait donc par avance qu'il ne pourra jamais rien se passer entre Pearl et Tom. Cependant, la réalisatrice joue adroitement avec cela en créant un suspense sur ce qui a eu lieu entre les deux personnages dans le passé, remontant ainsi jusqu'au moment fatidique où Pearl s'est éprise de Tom.

Pour approfondir et enrichir sa mise en scène, la réalisatrice Ivy Ho nous offre des séquences qui fonctionnent donc de manière autonome sous forme de saynète dont la mise en scène est spécifique à chaque lieu. Et contrairement à ce que l'on aurait pu soupçonner, le lieu prépondérant de la rencontre amoureuse n'est pas celui dans les bureaux du service marketing, mais dans la voiture qui raccompagne chaque protagoniste principal après leur journée de travail. De manière récurrente et presque aliénante, on se retrouve à bord du véhicule à de nombreuses reprises, dans lequel chaque personnalité se dévoile de manière subtile. Ivy Ho pousse le vice en étirant les séquences, accentuant l'enfermement comme dans son introduction de plus d'un quart d'heure uniquement filmée dans la voiture entre les cinq personnages principaux. La réalisatrice prend un malin plaisir à distendre le temps sans pour autant que l'on ressente la moindre lassitude grâce à un sens du rythme procuré par les échanges verbaux. Chacun évoque les banalités de son quotidien sans jamais que le moindre temps mort ne puisse s'installer.



On peut cependant trouver que le film s'essouffle dans la dernière demi-heure, manquant d'homogénéité et peinant à se renouveler. On finit par être décontenancé par les origines des actes manqués du personnage de Pearl à l'encontre de son supérieur hiérarchique Tom qui s'avèrent très anecdotiques et désamorcent, en partie, la construction dramatique du film. Tout de même, Claustrophobia est une jolie découverte, qui a le mérite de distiller une atmosphère éthérée qui enivre et nous dévoile avec subtilité et justesse une poignée de travailleurs hongkongais contemporains. Leurs préoccupations ne sont pas si éloignées des nôtres atteignant une certaine universalité.
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