Par Arnaud Mangin - publié le 16 juin 2006 à 11h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h00 - 2 commentaire(s)
Jeudi 20 avril 2006, une date importante pour la carrière promo de Scary Movie 4 en France. Le film attendu se révèle enfin à la presse avant d'enchaîner immédiatement sur une rencontre avec ses protagonistes principaux. Bien que bénéficiant du budget assez conséquent de 45 millions de dollars, essentiellement dû à un déferlement d'effets spéciaux numériques convaincants, c'est en très petit comité que David Zucker, accompagné des charmantes Anna Faris, Carmen Electra et une bouteille de Coca Cola, a accepté de parler du film. Une vingtaine de personnes dans l'assistance, soit autant que de spectateurs réunis trois heures auparavant dans une petite salle de projection privée, comme si le résultat était attendu d'un mauvais œil, ou le pari perdu d'avance. Grossière erreur puisque en l'état, Scary Movie 4 demeure assez rigolo et son héroïne particulièrement charmante.

Extrait vidéo exclusif de la conférence


Il est donc très réjouissant de voir apparaître à quelques centimètres de vous la petite amie idéale qu'est Anna Faris, suivie de près par David Zucker camouflant une quelconque attitude de rockstar alors qu'on lui doit tout de même les comédies en béton armé que sont Y a-t-il un pilote dans l'avion ? et Y a-t-il un flic pour sauver la reine ? Et pourtant, la star du jour – en apparence - c'est Carmen Electra. Véritable pastiche de Pamela Anderson ayant survécu à son modèle. Carmen n'a bien entendu pas grand-chose à baragouiner ni en anglais, et encore moins en français, pas plus qu'elle n'aura grande note à prendre sur le carnet laissé devant sa place vacante accompagné d'un crayon quelques minutes auparavant. Engagée par son bon sens, l'attachée de presse aura pris soin d'enlever de la table ces ustensiles de griffonnage pour y installer des micros avec un regard amusé vers l'assistance avant de nous lâcher un " De toute manière si Carmen Electra se met à prendre des notes, moi je deviens bonne sœur !" Rire général, bien évidemment, et une caricature bien loin de son modèle puisque non contente de perdre un gloussement avec la voix de Nelly Oleson en s'asseyant, Carmen n'aura d'yeux que pour le Coca Cola pendant trois quarts d'heure.


Pour rester sur la pin up, une journaliste nous aura rappelé qu'elle fêtait ce jour même son anniversaire. L'assistance étant ravie d'apprendre que pour ses 34 ans la jeune femme visitait la plus belle ville du monde, c'est un autre de mes confrères qui lui posa la question piège en guise de cadeau. En effet, demander à cette dernière quel pourrait être le vrai premier rôle au cinéma dont elle rêve revient approximativement à chercher le saint Graal. Mais Carmen ne se démonte pas, et comme elle n'aura eu cet après-midi là que trop peu d'occasion pour s'exprimer, c'est tout sourire qu'elle nous annonce que son rêve le plus cher serait d'être l'héroïne d'une comédie musicale. Il paraîtrait que tout bout de chou qu'elle fut jadis, elle chantait et dansait déjà pour amuser sa famille. En voilà un bel argument illuminant les nombreux visages amusés. Mais on préférait nettement ses rires aigus soudains et ses confidences quant à sa propre image qu'elle prend à contre-pied dans les films Scary Movie. Le tout en prenant soin d'ajouter que tout le monde a des problèmes gastriques… Voilà qui rend les photos de Carmen un poil moins glamour.


On s'intéressera ensuite tout naturellement à un David Zucker bien plus réservé que l'ambiance tarte à la crème de ses films le laisse croire, et qui nous ouvrira légèrement la porte des cuisines ZAZ. L'homme n'aura alors qu'un seul mot d'ordre à la bouche : analyser ce qui doit être pris au sérieux, et son contraire. On sera alors ravi d'apprendre que tout petit déjà, David aimait à se moquer gentiment de ses professeurs avant d'apprendre concrètement que si les frères Wayans ne font plus partie de la série, c'est simplement parce qu'ils n'étaient pas satisfaits du cachet qu'on leur proposait. Voilà pour le cassage d'ambiance ! En revanche, pour réussir son propre ZAZ movie, il y a quelques règles à respecter : ne jamais se prendre au sérieux dans les thèmes que l'on aborde parce que l'on risque souvent de devenir involontairement ridicule comme à Hollywood, mais il faut en revanche travailler très sérieusement et s'entourer d'acteurs confirmés pour être sur que les gags fonctionnent. Le réalisateur ajoute que n'être entouré que des gens qui font les fous sur un tournage l'empêcherait tout simplement de travailler. C'est ensuite peine perdue de demander à l'intéressé s'il a eu des réactions de la part des acteurs ou des réalisateurs tournés en dérision dans Scary Movie 4, puisque tout le monde semble avoir suffisamment d'humour, et surtout de bons coachs pour ne pas faire de scandales publics dans un pays où la parodie est une liberté.


C'est pour des raisons certes primitives que tous les yeux de l'assistance seront tournés vers la rayonnante Anna Faris, mais la jeune femme au visage ensoleillé restera assurément la plus intéressante du trio. Non contente d'être jolie et drôle, l'actrice aborde les points essentiels d'une entreprise aussi légère que Scary Movie avec une grande pertinence. Elle témoigne de sa chance d'être l'une des seules femmes – ou peut-être même la seule – du marché américain à pouvoir autant se tourner en dérision dans un domaine normalement réservé aux acteurs en prenant soin de préciser (et en abondant dans le sens de son ami David) qu'un personnage comme le sien serait grotesque dans un film d'horreur sérieux. Visiblement, son premier rôle important au cinéma dans Lovers Lane où elle se fait poignarder lui en a laissé un souvenir précis. Anna Faris trouve donc un plaisir fou en tant qu'actrice à s'en prendre plein la poire chez Zucker, autant qu'à tourner en dérision sa propre libido dans les deux premiers Scary Movie.


Une occasion rêvée pour Carmen de rebondir partiellement sur l'aspect sexuel de son personnage avant de se rendre compte que son discours n'aura pas autant de fond que celui de sa collègue. Les coups de poignard dans les seins siliconés n'amusent effectivement pas grand monde. C'est en approchant de la fin de la conférence qu'une mauvaise blague lancée dans l'assistance fera un bide assez monumental, refroidissant un tantinet l'ambiance. A la question "Votre président idiot est-il plus proche du vrai président ou de Frank Drebin (héros des Y a-t-il…) ?", non seulement personne ne rira, mais en plus Zucker ne jouera pas le jeu en avouant avoir voté pour George Bush de toute façon… Non, comme image de fin, on préférera décidément voir Carmen exécuter ce qu'elle sait faire de mieux. A savoir défiler avec cette sensation qui s'appelle coke à la main.
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