ATTENTION PETITE PERLE !Élodie Ly Tri est quelqu'un à suivre. À la rédaction, la découverte de son premier court métrage fut un choc. Visiblement inspiré par le cinéma Hong Kongais et le monde mafieux sauce Scorsese, il nous fait croire et apprécier un univers de la nuit à la fois
hard boiled et terriblement humain. Sincère, simple et touchant, VINCENT est un premier court métrage à l'univers riche.
- Quel est votre parcours et votre formation ?J'ai commencé par étudier à
l'Institut International de l'Image et du Son pendant deux ans et ensuite j'ai continué en fac de cinéma à l'université de Marne la vallée en master d'audiovisuel. J'ai toujours travaillé en même temps que mes études. C'est comme ça que j'ai débuté en tant qu'assistant-monteur pour la télé, puis en monteur pour de l'institutionnel. Aujourd'hui, je travaille dans la restauration pour le cinéma.
- comment êtes-vous arrivée à faire ce court métrage ? Quelles étaient vous envies ?Vincent était un court métrage de fin d'études pour obtenir mon master 2. Le film est né d'un TP de réalisation. Notre thème était le portrait. À partir de là, je décide de faire le portrait d'un tueur dans un Paris proche de Hong-Kong. Je suis une grande fan des films de Wong Kar Wai, Tsui Hark et Jonnie To entre autres. Ceci explique tout. Je n'avais pas envie d'une histoire originale, mais d'une histoire racontée avec de belles images. Le choix du chef opérateur a été déterminant pour que le film fonctionne. Je voulais faire ce film pour revivre les moments de cinéma qui m'ont donné envie de faire de la réalisation.
Vincent, c'est aussi une belle histoire entre
Vincent Quach (le rôle principal) et moi. Tous les deux on se connaît depuis la maternelle. Un jour je lui ai promis qu'on allait tourner un film ensemble. 5 ans plus tard, je lui envoie le scénario du court métrage. Il accepte immédiatement le rôle. Et puis tout bonnement, il fallait que je décroche une bonne note pour valider mon diplôme !
- Est-ce qu'il a été difficile à réaliser ?Le film a été difficile à faire parce qu'il fallait tout trouver dans l'urgence, très vite. Le scénario avait 10 décors différents (dont un billard), 10 acteurs à trouver et surtout 6 jours de préparation étalés sur 3 semaines parce que tout le monde travaillait à côté. Autant dire que la facture de portable a explosé ! J'ai pris 3 jours de congé pour tourner le film. L'équipe était composée de bénévoles trouvés à la dernière minute sur internet. Tout le monde était de bonne composition malgré les 16 heures de tournage par jour. Fin décembre, le film était en boite et il ne restait que la post production. J'ai monté le film en 4 jours sur
final cut pro, ensuite on a fait une semaine de mixage. Pour finir, l'étalonnage a pris 4 jours entiers étalés sur 2 semaines. En tout la post production a duré un mois et demi. Le film fut fini à temps pour ma soutenance fin janvier. Mi-février, j'ai réussi à organiser une projection à
l'Asian Bar pour présenter le court métrage à toute l'équipe du film, ma famille et des amis.
Coôté budget, j'ai financé le film à 98% avec mes économies et les 2 % ont été donné en nature de la part de
WARPZONE CREATION, l'association qui m'a aidé à produire le film. Comme
VINCENT devait être fini très rapidement (on a commencé la préparation fin novembre pour un tournage fin décembre et une livraison fin janvier), nous n'avons pas pu demander des aides de financement ailleurs.
Une autre difficulté du court métrage c'est de dépendre de la bonne volonté des gens et de savoir optimiser le temps. J'ai eu beaucoup de chance sur tout ce projet. On a tourné sans autorisations, quasiment tous les acteurs étaient bénévoles. Tout aurait pu mal se passer, mais j'étais très bien entourée et mon producteur a géré toute la logistique de plateau. Je tiens aussi à tirer mon chapeau à toute l'équipe qui a su être efficace dans des conditions difficiles de tournage (lieux étroits, tournage en extérieur de nuit à -12 degrés).
Pour finir, ma principale frustration a été de ne pas pouvoir me consacrer à cent pour cent sur le court métrage parce que je travaillais à côté.
- Quelles sont vos références, et votre univers ?Mes références sont Wong Kar Wai, Tsui Hark, Jonnie To,
Wai Keung Lau/Siu Fai Mak, John Woo, Chang Cheh. Les films de Hong-Kong ont bercé mon enfance. J'aime beaucoup le côté chevaleresque dans un cadre costume noir/gun fight. Pour l'instant, mon univers est plutôt de ce côté, mais je suis aussi une grande fan de (en vrac) Kevin Smith, des
frères Coen, Tom Tykwer, Pedro Almodovar,
Hitchcock, Scorsese,
Gurinder Chadha, James Cameron, Ernst Lubitsch, Billy Wilder, Roberto Rodriguez, Quentin Tarantino, Tim Burton. Comme vous pouvez le constater, les références n'ont rien à voir...
- Nous avons beaucoup aimé votre court métrage, et vous avec le recul qu'en pensez-vous ? Je pense que c'est un premier court métrage.
Plus sérieusement, je pense que le scénario est léger et un peu fourre tout, mais il m'a permis d'aborder des thèmes que je voulais exploiter depuis longtemps.
Aurélien Grand, mon chef opérateur, a fait un travail formidable avec très peu de matos lumière et un matos camera qu'il ne connaissait pas. Il a passé tout le tournage à cadrer à l'envers à cause du mini 35. Pareil, Raphaël Pelissou, mon producteur, a été très réactif pour réunir les gens nécessaires au tournage à temps.
La révélation du film c'est surtout les acteurs. Vincent Quach crève l'écran et chacun des seconds rôles est juste.
En terme de réalisation, je pense que je me suis limitée à cause du manque de temps et de préparation. Je trouve que le film a une réalisation efficace, sans fioriture, et très basique. Le prochain sera mieux ! Promis.
- Quels sont vos futurs projets ?Pour mon prochain court métrage, j'ai envie de rester dans l'univers de
Vincent mais avec un scénario qui tient mieux la route. Cette fois-ci, je l'aborde côté mafia avec rites d'initiation et tout le folklore.
Je suis en phase d'écriture et j'espère en voir le bout assez tôt!
Propos recueillis par Sylvain PERRET aka SLY.