Son flou artistique est devenu mythique. Au panthéon des photographes les plus populaires des années 70 et 80, David Hamilton est aussi celui qui a offert à Emmanuelle Béart son premier rôle au cinéma. Un an après la fameuse couverture d’Elle, la sortie en DVD de
Premiers plaisirs n’étonnera guère et nous offre l’occasion de rencontrer ce grand maître de l’esthétisme à l’eau de rose.
Pourquoi n’avoir fait que 5 films ?Je n’aime pas le métier de réalisateur. Vous êtes à la tête d’une trentaine ou quarantaine de personnes, contre la montre, parfois sans scénario…Il est très difficile de trouver des jeunes filles talentueuses car évidemment, elles n’ont pas d’expérience. On travaille huit à dix heures par jour pour avoir trois minutes en boite. Cela n’a rien à voir avec la photographie telle que je la pratique ! Alors bien sûr, je suis sensible à la beauté de l’image, mais rien de plus. Sur
Bilitis, Henri Colpi, vainqueur de la Palme d’Or en 1961 avec
Une si longue absence, s’était chargé de la mise en scène me laissant le soin de me concentrer sur l’aspect visuel. L’ennui est qu’il ne parlait pas anglais et que les filles ne parlaient pas français !
Alors qu’est-ce qui vous amené au cinéma ?Les producteurs me couraient après pour que je projette mon style sur grand écran. L’idée n’était pas si mauvaise, mais encore fallait-il avoir un scénario. C’est probablement pour cette raison que mes films n’ont pas très bien marché.
Comment avez-vous ressenti la sortie de Premiers désirs ?L’accueil avait été tiède. Il y a quelques jours, je suis allé dans une boite parisienne où le film était projeté sans le son, à l’occasion d’une fête. Je préfère garder ce souvenir !
Emanuelle Béart dans PREMIERS DESIRS Vous avez travaillé avec de jeunes comédiens qui ont parfois connu de belles carrières !Il y eu en effet Emmanuelle Béart avec qui je n’ai aucun contact aujourd’hui. Elle renie
Premiers désirs. Peut-être parce qu’elle n’était pas la plus belle ! Stéphane Freiss était aussi dans ce film. Bernard Giraudeau a joué dans
Bilitis.
Et Anne Fontaine, dans Tendres Cousines.Je ne vois pas. Qui est-elle ?
Elle est aujourd’hui réalisatrice. Nathalie est son dernier film avec Emmanuelle Béart justement !On ne peut pas se rappeler de tout le monde ! (sourire)
Premiers désirs se passe près de St Tropez où vous vivez depuis de nombreuses années... Je n’ai pas besoin de studio là-bas, la lumière extérieure et la nature sont si belles… Dès mon arrivée en 1962, j’ai vu toutes ces femmes nues sur la plage…Le jour même j’y achetais une maison ! Même si ce village n’est pas parfait et qu’il ressemble à un zoo en août, je n’ai jamais trouvé mieux. Pourtant j’ai fait plusieurs fois le tour du monde. Le Midi est une région superbe.
D’où viennent vos mannequins ?De Scandinavie. Toute ma vie, j’y suis allé régulièrement pour y trouver les plus belles blondes aux yeux bleus. Ma carrière ne se résume pas pour autant à ces photos de jeunes filles.
PREMIERS DESIRS Contrairement à de nombreux photographes, vous avez fait peu de publicité.La pub est trop liée à la mode, elle est jetable, n’a pas de vie. Pour Nina Ricci, la marque avait choisi des photos déjà faîtes ; dans ce cas, cela ne me dérange pas.
Votre travail est-il perçu de la même manière qu’il y a vingt ans ?J’ai eu la chance de pouvoir travailler à une époque moins violente. Hélas le monde a changé. La France a tendance à suivre l’exemple anglo-saxon avec sa presse à scandale qui nous inonde de faits divers plus morbides les uns que les autres. Les journalistes ont pressé le citron plus qu’il ne fallait avec l’affaire Dutroux, en 1992. J’ai ressenti une cassure à ce moment-là, après avoir profité de plus d’une vingtaine d’années où ma vision artistique de l’innocence a pu s’exprimer. Aujourd’hui, mes livres de photos ne pourraient plus être édités. Résultat, leur côte ne cesse de grimper sur e-bay. J’en ai vendu des millions, mais on ne les trouve plus.
David Hamilton, photographe et réalisateur de PREMIERS DESIRS Etes-vous en rapport avec d’autres photographes prestigieux ?Non, mais j’ai entendu récemment que Peter Lindbergh avait dit "David Hamilton est le seul parmi nous dont on parlera encore dans cinquante ans." C’est très gentil de sa part mais comme je le disais plus tôt, la mode en est la principale cause. Les photographes dans ce milieu ne font pas de photos pour eux.
Que pensiez-vous d’Helmut Newton ?Selon moi, Newton n’aimait pas les femmes, cela se ressent dans les poses qu’il leur imposait, son noir très noir… Nous étions très opposés, il n’y a aucun point commun dans notre travail. Il a eu une très belle carrière, je ne comprends pas pourquoi Paris n’a rien fait pour recueillir ses archives, finalement envoyées à Berlin.
Avez-vous aussi des archives ?Oui, une collection colossale, qui est à vendre pour deux millions d’euros. Cependant, je ne veux pas la céder à un voyou spéculateur, mais à une université ou quelqu’un qui pourra la gérer pendant au moins un demi-siècle tout en respectant sa valeur artistique.
Actuellement deux expositions de collections privées David Hamilton ont lieu dans les galeries suivantes :
Galerie Benchaïd, 64 rue Mazarine 75006, exposition jusqu'à fin juillet
Galerie Monpensier, au Palais-Royal, 25 galerie Monpensier 75001, exposition permanente