Yuri Ohara, une jeune lycéenne, tombe un matin inconsciente alors qu’elle arrosait sa fleur. A son réveil sa famille lui apprend qu’elle est déclarée cliniquement morte par le médecin. En effet une cicatrice commence à suppurer et, au fil des jours, une odeur pestilentielle envahit l’appartement. Alors que le couple désire régler le problème en voulant l’embaumer, la jeune fille s’enfuit et commence à errer dans les rues de la ville, son corps se décomposant un peu plus à chaque heure qui passe.
DEAD GIRL WALKING(Kaiki! Shinin shôjo)
Un film de Koji Shiraishi
Avec Ayaka Maeda, Kansai Eto, Moe Karasawa, Yoshiyuki Morishita, Katsumi Nagashio
Durée : 44 min
Année : 2004
Pays : Japon
Date de sortie : indéterminéeMoyen-métrage de la série des
Theater of terror produit par le milieu du
V-cinema au Japon,
Dead girl walking est un parfait exemple du manque de moyens chronique dont souffre ce type de sous production nippone et du statut de tâcheron dont sont souvent affublés leurs réalisateurs. Au départ une idée simple mais originale d’une jeune fille frappée par la mort mais qui pourtant continue à vivre. Son corps pourrissant, sa famille, ses parents et sa jeune sœur mais aussi ses amis la rejettent parce qu’elle n’a plus sa place dans la société. Allégorie même de la désintégration du lien social, Yuri est le monstre à chasser ou à exhiber, c’est à dire le mouton noir de la société qu’il faut fuir ou dont il faut se moquer. La référence à David Lynch et son
Elephant man n’est pas loin, le noir et blanc très contrasté du film et la figure fantomatique dissimulée sous un épais vêtement en attestent.
Pourtant voilà, le film ne convainc guère à cause d’une mise en scène d’une platitude et d’une paresse insoutenables. Pas une seule bonne idée de plan, ni de montage, pas une séquence véritablement étonnante. Quand le sujet est justement la forme du corps qui se désagrège, se putréfie, la conception visuelle même du film est alors le support tout trouvé pour développer cette fois une allégorie picturale de la décomposition. Le jeu des acteurs n’aide pas non plus à s’imprégner de l’atmosphère lugubre et funeste du récit, tous les rôles souffrant d’un amateurisme flagrant entre stoïcisme et déclamation outrancière. Cette mauvaise qualité générale est typique des productions du
V-cinema, pourtant un véritable vivier pour découvrir de nouveaux talents. Koji Shiraishi tournera en effet ensuite
Dark tales of Japan puis
Ju-rei, sorti en DVD en France, s’exprimant donc exclusivement dans le cadre de la J-Horror.
Le film de Koji Shiraishi a pourtant le mérite d’exploiter l’élément du grotesque dans le contexte du cinéma gore, un grotesque du récit beaucoup plus qu’un grotesque de l’effet. Par là il convoque l’un des auteurs majeurs de la littérature d’épouvante du Japon, Edogawa Ranpo, dont ce subtil mélange était lisible dans l’une de ses courtes nouvelles,
La chenille. Relatant l’existence miséreuse d’un ancien lieutenant devenu estropié au point de ramper à la suite de blessures de guerre, le corps réduit en charpie de la jeune lycéenne fait sensiblement écho à l’ancien soldat désormais rejeté par ses compatriotes ayant pourtant obtenu le statut de héros de guerre. Dans
Dead girl walking, il ne s’agit bien sûr pas d’une critique du militarisme, mais d’une critique sociale du noyau familial qui se délite. La plante que Yuri arrose chaque jour n’est ni plus ni moins que l’image de son corps qui en tant qu’adolescente grandit et se féminise mais qui en tant que femme, commence à se désagréger. Adulte elle doit quitter le giron parental par une rupture douloureuse. Bien sûr, par le langage de l’horreur et de l’absurde, cette nécessaire évolution sociale est ici caricaturée à outrance par un flot d’hémoglobine et un corps purulent. Toujours aussi avide d’étrange et de pulsions malsaines, le cinéma japonais investit sans honte et sans retenue les territoires les plus ignobles des récits horrifiques. Tous ces films ne proposent pas forcément une qualité cinématographique exemplaire, néanmoins nous pouvons leur faire confiance pour secouer énergiquement et systématiquement le politiquement correct.
David A.